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Éditorial

Le français à l’université est un bulletin trimestriel d’information et de liaison qui s’adresse aux enseignants et chercheurs des départements d’études françaises, filières francophones, centres de langue et centres d’études ou de recherche sur la francophonie.

L’insécurité linguistique du chercheur

Les enjeux linguistiques sont de différentes natures, mais ils convergent tous vers le même débat fondamental entre la domination et l’alliance des langues, ou plutôt entre une domination exercée par des êtres sociaux locuteurs, l’économie et la culture avec laquelle ils organisent les échanges à leur avantage sur des territoires réels et virtuels, appauvrissant ainsi l’ensemble, et une alliance qui devrait voir converger les activités de ceux qui ont pris conscience des enjeux. L’ouvrage commenté de Claude Truchot propose une géopolitique des langues. Les États et les associations d’États savent mettre en place des plans d’action pour préserver l’intégrité et la pérennité de leurs groupes sociaux ; c’est ce qu’on appelle une politique de sécurité. Il est temps de prendre en compte l’insécurité linguistique comme problème à résoudre dans un monde ouvert. Cela va de la disparition de certaines langues à l’hyperdomination d’autres, mettant chacun des locuteurs dans une situation d’insécurité. Les étudiants de langue première nahuatl, tagalog, papiamentu ou wolof ont dû faire d’énormes efforts pour franchir les étapes de l’accès au savoir mondial, car l’insécurité linguistique a son pendant cognitif. Riches de leur plurilinguisme, les chercheurs que certains deviennent ne parviennent que rarement à transmettre leurs connaissances du monde. Les étudiants de langue première anglaise, voire française ou espagnole, doivent fournir de moindres efforts, ce qui les empêche souvent de communiquer avec le monde dans une autre langue que la leur. L’apprentissage des langues étrangères n’est pas obligatoire après l’âge de 14 ans en Grande-Bretagne, et un rapport [1] publié le 3 juin 2009 par l’Académie britannique s’inquiète pour l’avenir de la qualité de la recherche, susceptible d’être appauvrie par le déclin d’un tel enseignement. Notre responsabilité académique est grande. Les enjeux linguistiques et culturels aussi : le nouveau collectif Littératures au Sud interroge justement la construction de la notion de littérarité là où la richesse linguistique est dense. L’édumétrie, autre question abordée dans ce numéro, s’inscrit dans la nécessité d’équiper les langues d’outils efficaces quant à leur apprentissage et à leur usage : peut-on mesurer et qualifier les récurrences d’erreurs pour en faciliter l’évitement ?

/ PATRICK CHARDENET

[1] The British Academy, Language Matters. A Position Paper [en ligne], www.britac.ac.uk/reports/language-matters (page consultée le 31 août 2009).

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