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Le français à l’université est un bulletin trimestriel d’information et de liaison qui s’adresse aux enseignants et chercheurs des départements d’études françaises, filières francophones, centres de langue et centres d’études ou de recherche sur la francophonie. Faudra-t-il sauver les langues dominantes ?Quel sera le monde des langues en 2050 ? Après la sociolinguistique descriptive, qui a constitué et développé un savoir sur les formes ainsi que la densité des échanges dans telle ou telle langue dans tel ou tel espace, des travaux [1] tentent depuis une quinzaine d’années d’établir des schémas prospectifs sur le poids des langues, en se fondant sur des déterminants variables : la démographie et les flux de population, la globalisation des échanges économiques et culturels, l’impact technologique dans un contexte de développement inégal qui se situe entre le laisser-faire et l’adoption de politiques linguistiques volontaristes. Si le nombre de locuteurs d’anglais hors pays anglophones est supérieur à celui des locuteurs de cette langue dans les pays de langue officielle anglaise (ce qui n’est le cas pour aucune autre langue), les États-Unis sont devenus le cinquième pays hispanophone du monde en un temps record. En rapportant le PIB des pays au nombre de locuteurs de chaque langue, on obtient un indicateur de puissance économique de la langue [2] qui place l’anglais en première place, mais si l’on rapporte une part de ce PIB aux 41 millions d’hispanophones des États-Unis, l’espagnol change de place dans le classement. De la même manière, les communautés transnationales, « composées d’individus ou de groupes établis au sein de différentes sociétés nationales, qui agissent à partir des références et des intérêts communs (territoriaux, religieux, linguistiques), et qui s’appuient sur des réseaux transnationaux pour renforcer leur solidarité par-delà les frontières nationales » [3] (cas des communautés franco-israélienne, franco-libanaise, franco-sénégalaise, franco-québécoise et autres), modifient elles aussi ce rapport. Pourquoi mesurer la présence des langues ? La valeur de ces biens publics mondiaux, « hypercollectifs » pour reprendre le terme d’Abram de Swaan [4], augmente, pour leurs locuteurs, avec leur diffusion. Et cette richesse potentielle provoque des comportements individuels et collectifs irrationnels (« Aprenda inglês definitivo ! » [5], « Buscamos vendedora con idioma » [6] ), comme si une langue pouvait être apprise de manière définitive, comme si une langue pouvait se substituer à toutes les autres, voire au langage même, comme si l’on pouvait imaginer une vendeuse « sans langue » ! Faut-il penser que, dans le monde marchand, la quête effrénée de certaines langues pour devenir des produits d’apprentissage les expose à être broyées dans la machine globale ? Le français a lui aussi son avenir [7]. L’ouvrage qui vient de paraître à l’initiative de nos réseaux de chercheurs en témoigne. C’est la première étape collective d’un projet d’observatoire international où l’on tenterait de construire un système de déterminants permettant de mesurer les niveaux d’usage et les niveaux de statut du français, sa valeur économique, scientifique, culturelle, son impact écolinguistique dans ses rapports avec les autres langues. La langue, le questionnement du nombre et des identités linguistiques francophones, on en parlera beaucoup au XIIe Congrès mondial de la Fédération internationale des professeurs de français, à Québec (du 21 au 25 juillet). Dans ce numéro, Dario Pagel, Président de la Fédération internationale des professeurs de français, répond à nos questions, et le Réseau des centres de français langue étrangère d’Afrique nous explique ses projets. Onze notes de lecture nous présentent les ouvrages reçus par la rédaction. Patrick CHARDENET [1] D. Graddol, 1997, The Future of English
(www.britishcouncil.org/learning-research-futureofenglish.htm). [2] U. Ammon, 2001, L’anglais, puissance mondiale ? (www.leforum.de/artman/publish/article_166.shtml). [3] R. Kastoryano, 2000, « Immigration, communautés transnationales et citoyenneté », Revue Internationale des Sciences Sociales. [4] A. De Swaan, 2001, « La constellation mondiale des langues », Terminogramme, no 99-100 (Géostratégies des langues), p. 47-68. [5] Annonce pour un cours de langue au Brésil. [6] Annonce de recrutement d’une vendeuse en Argentine. [7] L’avenir du français, ouvrage collectif dirigé par Jacques Maurais, Pierre Dumont, Jean-Marie Klinkenberg, Bruno Maurer et Patrick Chardenet, EAC-AUF, Paris, 2008 (www.lettre-reseaux-langues-cultures.auf.org/spip.php ?article115). |