Le français à luniversité

La revue Cultures Sud : soutenir et valoriser les littératures francophones du Sud

Anne Du Parquet

Texte intégral

1Cultures Sud, anciennement Notre Librairie, est une revue de référence, d’actualité et de critique sur les littératures d’Afrique, des Caraïbes et de l’océan Indien. Comment cette revue a-t-elle évolué depuis sa création, il y a près de 40 ans ? Quels sont les défis auxquels elle doit aujourd’hui faire face ? Entretien avec les responsables du département des publications et de l’écrit de CulturesFrance, l’opérateur délégué des ministères des Affaires étrangères et européennes et de la culture et de la communication pour les échanges culturels internationaux.

2FAUN : Qu’est-ce qui a mené à la création de cette revue ?
ANNE DU PARQUET
 : Cultures Sud, anciennement Notre Librairie, est une revue qui a aujourd’hui près de 40 ans. Créée à la fin des années 1960 à l’initiative du ministère de la Coopération, elle avait pour vocation essentielle d’aider les bibliothécaires d’Afrique et de Madagascar à constituer et à actualiser leurs fonds. À l’origine, il s’agissait d’un bulletin; dans la décennie suivante, et sous l’impulsion de sa fondatrice et rédactrice en chef d’alors, c’est devenu une revue de référence et d’actualité des littératures du Sud. Chaque trimestre était alors l’occasion de faire le point sur les littératures des pays d’Afrique francophone, lusophone et anglophone. C’est ainsi que s’est mise en place une véritable collection sur les littératures « nationales », du Congo — deux volumes y ont été consacrés  au Cap-Vert, en passant par le Bénin et le Togo. Cela a permis de révéler des auteurs congolais comme feu Sony Labou Tansi, Sylvain Bemba et Tchicaya U Tam’si, ou encore le Béninois Olympe Bhêly Quenum ou, plus récemment, le Sénégalais Boubacar Boris Diop, etc.

3FAUN : À quel lectorat s’adresse Cultures Sud ? Combien d’abonnés compte la revue, dans combien de pays ?
ADP
 : La revue s’adresse essentiellement aux étudiants, enseignants et spécialistes en littératures francophones. Elle compte de nombreux abonnés, dont beaucoup d’universités se répartissant dans le monde comme suit : France/DOM-TOM : 45 %, reste de l’Europe : 20 %, Amérique du Nord (États-Unis et Canada) : 26 %, et Afrique/océan Indien : 9 %. Elle est également diffusée, via le réseau diplomatique français à l’étranger, dans le monde entier.

4FAUN : Qui forme l’équipe de rédaction de la revue ? Comment sont composés chacun des numéros ? ADP : L’équipe de la revue est constituée de la rédactrice en chef, Nathalie Philippe, d’une secrétaire administrative et d’un assistant-stagiaire. Les sommaires des numéros sont proposés et amendés deux fois par an à l’occasion de comités de rédaction avec une vingtaine d’universitaires spécialistes en littératures et sciences humaines et sociales. La programmation de chaque sommaire se fait avec un coordonnateur scientifique qui travaille avec la rédactrice en chef. Ensemble, ils affinent les intitulés des articles et déterminent les collaborateurs potentiels, qui sont par la suite contactés par la rédaction.

5FAUN : La revue existe depuis près de 40 ans. Comment cette publication a-t-elle évolué au cours des années ?ADP : En 2000, la collection dédiée aux littératures nationales s’est achevée avec deux volumes consacrés aux littératures (anglophones) du Nigeria et du Ghana. La littérature africaine n’était pas encore, comme elle l’est aujourd’hui à grands renforts de prix littéraires et de marketing, mise sur le devant de la scène, mais, grâce à des auteurs talentueux comme Alain Mabanckou, Jean-Luc Raharimanana, Florent Couao-Zotti, Sami Tchak, Kangni Alem ou Ananda Devi, qui publiaient alors leurs premiers textes, c’était déjà dans l’air du temps. La « relève » était assurée et il fallait s’interroger sur ces littératures autrement, d’autant plus que le phénomène de « décentrement » s’accentuait véritablement: beaucoup d’écrivains exilés au Nord se réappropriaient leurs racines par l’écriture. Nous sommes passés alors à une formule beaucoup plus transversale, dans la pure logique du débat d’idées avec une dynamique d’échanges des savoirs « Nord-Sud ». C’est ainsi qu’ont vu le jour des numéros comme « Littératures insulaires du Sud », « La question des savoirs » ou, beaucoup plus récemment, « Caraïbes : un monde à partager » ou encore « Maghreb-Afrique noire : quelles cultures en partage ? ». C’est à ce moment-là que la revue a dépassé le champ strict de la littérature pour s’ouvrir à des disciplines connexes relevant notamment des sciences humaines et sociales.

6FAUN : Depuis peu, Cultures Sud met également l’accent sur la création littéraire. Qu’est-ce qui a incité la revue à suivre cette voie ? ADP : Cultures Sud s’est toujours attelée à sa mission première : celle de « découvreur » de talents, ce par quoi elle a toujours su créer l’événement : ce fut le cas en 2000, par exemple, quand nous avons publié un numéro consacré aux écrivains du Sud « nouvelle génération ». Depuis, celui-ci a fait école et a même été repris comme concept par la critique littéraire. Nous avons présenté une vingtaine de talents prometteurs qui n’étaient pas en rupture, mais plutôt dans le prolongement des « ténors » de la littérature africaine qui avaient ouvert la voie, de Senghor à Césaire, en passant par Henri Lopes ou Sylvain Bemba. Par la suite, ces talents ont, pour la plupart, acquis leurs lettres de noblesse, qu’il s’agisse de la Sénégalaise Ken Bugul, du Congolais Alain Mabanckou, de l’Algérien Yasmina Khadra ou encore de la Mauricienne Ananda Devi, etc. Nous avons réitéré l’expérience en 2006 avec « Plumes émergentes », en 2007 avec « Nouvelle génération, 25 auteurs à découvrir », et très récemment avec « Découvertes : 20 auteurs du Sud », présentant exclusivement des auteurs inédits en France.

7FAUN : La critique publiée et diffusée sur les littératures d’Afrique, des Caraïbes et de l’océan Indien est souvent le fait d’auteurs et de revues du Nord. Quel rôle joue la revue en ce qui a trait à la promotion du corpus des textes seconds produits dans le Sud ? ADP : Depuis toujours, la revue met un point d’honneur à donner la parole aux universitaires du Sud, sans pour autant faire de la « discrimination positive ». Ceux-ci collaborent majoritairement. Par notre positionnement, nous avons la chance de pouvoir bénéficier des informations du réseau culturel français à l’étranger ; de ce fait, les centres culturels français et les services de coopération et d’action culturelle des ambassades de France nous font passer de nombreuses informations quant aux activités éditoriales de tel ou tel pays. Cela facilite notre travail d’identification des éditeurs locaux, qui nous font confiance et nous font parvenir volontiers leurs nouveautés pour recension. C’est sur cette base de confiance que nous avons pu créer un numéro comme « Découvertes : 20 auteurs du Sud », qui est une véritable illustration de la « bibliodiversité » ; il valorise le travail plus ou moins artisanal des petites et moyennes maisons qui pratiquent le plus souvent la coédition et/ou le livre équitable.

8FAUN : Quels sont les défis auxquels doit faire face le développement d’une telle revue dans le contexte éditorial global ?ADP : Nous continuons bien sûr notre principale mission, qui est de faire découvrir des expressions culturelles singulières souvent moins privilégiées que celles des pays du Nord, et nous entendons sortir davantage du champ strictement francophone grâce à une ouverture privilégiée vers les littératures du Machrek et du Moyen-Orient. Enfin, l’affirmation de la diversité et de la différence culturelles ne peut se faire sans notre souci constant d’interroger d’autres disciplines, qu’il s’agisse du cinéma comme de la musique, de la danse comme des arts graphiques, etc.

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Pour citer

Anne Du Parquet, La revue Cultures Sud : soutenir et valoriser les littératures francophones du Sud
Le français à l'université , 13-04 | 2008
Mise en ligne le: 03 février 2012, consulté le: 25 mars 2019

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Auteur

Anne Du Parquet

Département des publications et de l’écrit, CulturesFrance

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