Le français à luniversité

La traduction professionnelle aux multiples visages : français — maltais

James Archibald

Référence de l'oeuvre:

Seychell, Laurent, (2008), La traduction professionnelle aux multiples visages : français — maltais, Gutenberg Press, Malte, 543 pages.

Texte intégral

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1Malte, 2004. L’année marque l’adhésion à l’Union européenne de cet archipel sis entre l’Italie et l’Afrique du Nord, ainsi que l’ajout d’une nouvelle langue à la panoplie de langues administratives de l’UE. En se mettant à l’heure de l’Europe élargie, les Maltais se sont lancés dans une aventure de traduction juxtaposant les langues hypercentriques de l’UE à une langue périphérique parlée par environ 365 000 personnes. Dans sa préface traductosophique, le professeur Friggieri explique que les maltophones ont dû, à partir de cette date, croire en la traduisibilité des langues humaines ou accepter de se marginaliser dans le nouveau contexte socioéconomique. Le choix a été évident : non seulement la traduction était possible, mais elle était nécessaire. Le besoin de former une nouvelle classe de langagiers maltais s’est vite fait sentir : il fallait « éviter les erreurs » et promouvoir la clarté dans les textes administratifs européens traduits dans la langue nationale de l’île.

2Laurent Seychell relève ce défi dans le présent volume. Inspiré directement du manuel du didacticien Jean Delisle, La traduction raisonnée (2003), cet ouvrage destiné aux apprentis traducteurs maltais se divise en deux volets. Le premier — de loin le plus étoffé (290 pages) — présente les assises de la traduction professionnelle, tandis que le second (180 pages) propose des exercices de traduction du français et de l’anglais vers le maltais.

3Ce manuel de traduction français-maltais comprend aussi des traductions anglais-maltais. Dans un espace géographique marqué par un chassé-croisé historique de langues — maltais, arabe dialectal, italien et anglais —, auxquelles s’ajoute le français administratif de l’UE, le livre a ceci d’original : il présente aux apprentis des situations concrètes de traduction triglossique. En effet l’apprenti maltais traduit souvent d’une langue de départ (l’anglais ou le français) vers une « langue d’arrivée 1 » (le français, l’anglais ou l’italien), puis il poursuit l’exercice jusqu’à en arriver à une « langue d’arrivée 2 » (le maltais). Autrement dit, il ne peut se contenter d’un bilinguisme français-maltais, en raison de l’omniprésence de l’anglais, lingua franca en cette Europe élargie, de l’influence socioculturelle de l’italien et de l’histoire du maltais. En effet, cette langue unique est fidèle en partie à ses origines sémitiques, mais elle est envahie par un lexique moderne emprunté à l’italien et (surtout) à l’anglais. Les traducteurs maltais avaient besoin de cette approche axée sur les langues intermédiaires pour résoudre les problèmes survenus après 2004.

4Dans ce volume peut-être trop ambitieux, l’étudiant trouvera une liste exhaustive de traquenards, de multiples exemples de traductions triglossiques et des références aux grands travaux des traductologues connus du monde francophone. Cette large visée s’entache toutefois de plusieurs maladresses de style.

5Bien que l’auteur renvoie de temps en temps à la linguistique comparée du maltais, il aurait fallu consacrer quelques pages à l’histoire fascinante de cette langue trop peu connue pour mieux comprendre le foisonnement des italianismes, les doublets sémitiques et romans, de même que la dynamique des emprunts lexicaux à la deuxième langue officielle de l’île (l’anglais).

6Malgré ses lacunes, cet ouvrage contribue de manière pragmatique à la formation d’une nouvelle classe de traducteurs maltais. Il a aussi l’avantage de familiariser le lecteur francophone avec les difficultés de la traduction en contexte maltais et de l’inciter à en savoir plus à ce sujet.

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Pour citer

James Archibald, La traduction professionnelle aux multiples visages : français — maltais
Le français à l'université , 14-03 | 2009
Mise en ligne le: 24 janvier 2012, consulté le: 16 janvier 2019

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Auteur

James Archibald

Université McGill (Canada)

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