Le français à luniversité

Parles-tu français ? Ça dépend… Penser, agir, construire son français en contexte plurilingue : le cas de Douala au Cameroun

Martin Lemotieu

Référence de l'oeuvre:

Feussi, Valentin, (2008), Parles-tu français ? Ça dépend… Penser, agir, construire son français en contexte plurilingue : le cas de Douala au Cameroun, coll. « Espaces discursifs », L’Harmattan, Paris, 288 pages.

Texte intégral

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1Le titre de cet essai introduit d’emblée le français parlé en Afrique, et particulièrement à Douala, dans une problématique bipolaire. L’enquêteur implique le locuteur et se met à son écoute. De cet échange pourrait se dégager une tentative de clarification de l’objet d’étude, le français, aussi fluctuant que ceux qui le parlent. Ainsi se construit progressivement, dans un contexte interactionnel, le corpus d’étude, que le locuteur identifie comme son français.

2Des 77 entretiens réalisés, 55 ont été retenus. Cela représente près de 110 heures d’enregistrement, en plus des dialogues de la presse écrite, parlée ou audiovisuelle et des propos recueillis en cachette dans des lieux publics. Cette technique d’« observation participante » implique autant le chercheur que son interlocuteur, directement intégré au processus de la recherche du savoir. Suivant une « approche constructiviste et altéroréflexive », le chercheur mène une étude sur une pratique sociale en constante évolution selon les contextes, les enjeux, les intervenants et, surtout, l’intentionnalité des différents locuteurs. Ainsi, tout en épousant la dynamique de la sociolinguistique, il aborde la dynamique ethnographique, la psychologie sociale et la vie communautaire ; il suit le locuteur, le fait parler, lui demande de définir la langue utilisée. Il s’agit donc d’une analyse interprétative faite à partir des données fournies par la contextualisation de la langue dans le vécu quotidien. À l’encontre des interactionnistes, V. Feussi estime que l’énoncé ou le discours ne suffit pas pour saisir l’essence d’une langue. Il faut entrer dans le non-dit, ensemble d’inférences culturelles, sociales, interpersonnelles et situationnelles. L’analyse s’inscrit ipso facto dans une logique de l’instabilité, voire du désordre, puisque les acteurs se transforment et font varier leur français selon des situations concrètes. L’exemple du camfranglais est là pour l’illustrer.

3En somme, le français parlé à Douala n’est point une entité en soi ; comme toute langue, c’est un discours qui varie en fonction des locuteurs, des contextes immédiats ou lointains et de l’expérience des acteurs de l’interaction langagière. Parles-tu français ?… est un essai original où l’auteur, dans une sorte de maïeutique linguistique, laisse ses interlocuteurs accoucher du savoir sans se laisser immerger complètement par eux. En effet, il garde la distance nécessaire à l’analyse, au jugement et à la synthèse, qu’on aurait souhaités plus ordonnés. Il ouvre aux recherches sur la langue française hors de l’Hexagone une nouvelle voie épistémologique débarrassée de tout a priori. Il approfondira et affinera sans doute ses concepts dans des études ultérieures.

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Pour citer

Martin Lemotieu, Parles-tu français ? Ça dépend… Penser, agir, construire son français en contexte plurilingue : le cas de Douala au Cameroun
Le français à l'université , 14-03 | 2009
Mise en ligne le: 24 janvier 2012, consulté le: 17 avril 2014

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Auteur

Martin Lemotieu

Université de Yaoundé 1 (Cameroun)

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