Le français à luniversité

L’Observatoire européen du plurilinguisme : naissance, fonctionnement, perspectives

Christian Tremblay et Astrid Guillaume

Texte intégral

1Les rapports de force à l’échelle internationale et la mondialisation font peser sur les langues et les cultures des pressions fortes qui s’exercent sur toutes les sphères de la vie politique, économique, sociale et culturelle.

2L’Observatoire européen du plurilinguisme (OEP), organisme issu de la société civile, entend favoriser une prise de conscience des enjeux et promouvoir des politiques publiques pour le plurilinguisme dans tous les domaines.

3Après une brève présentation de l’OEP, nous esquisserons les grandes questions que l’idée de plurilinguisme sous-tend : les enjeux personnels, sociétaux, de civilisation et géostratégiques. Nous dégagerons enfin les éléments d’une stratégie pour le plurilinguisme en Europe.

Présentation de l’OEP

4Chronologie
L’OEP est le fruit de l’initiative de plusieurs associations et d’une fondation, qui se sont regroupées pour former, en novembre 2004, un comité de lancement des Assises européennes du plurilinguisme. Celles-ci se sont tenues pour la première fois un an plus tard, les 24 et 25 novembre 2005, à Paris.

5Elles ont réuni des chercheurs, des enseignants, des syndicalistes, des associations, des décideurs publics et de simples citoyens en provenance d’une dizaine de pays.

6Elles ont abouti à trois actions principales :

  • la réalisation de la Charte européenne du plurilinguisme, publiée en 19 langues, soumise à signature, qui a été solennellement présentée lors des 2e Assises, qui ont eu lieu à Berlin les 18 et 19 juin 2009 ;

  • la mise en place de l’Observatoire européen du plurilinguisme et de son site Internet dédié à la documentation et à la communication sur le plurilinguisme en Europe ;

  • la réalisation d’une Lettre mensuelle dinformation électronique.

7Structures
L’OEP est une association de droit français dont les membres peuvent être des personnes morales ou physiques de toutes nationalités. Outre ses organes statutaires classiques (Assemblée générale, Conseil d’administration, bureau), il comprend un Comité scientifique, un Comité d’initiative et des partenaires.

8Missions
L’OEP a cinq missions fondamentales :

  • la veille stratégique ;

  • la mutualisation des moyens avec ses membres et ses partenaires ;

  • la communication ;

  • la médiation (l’OEP établit des relations avec les décideurs afin d’influer sur les choix politiques) ;

  • l’organisation d’événements.

9Conception de la langue
Pour défendre et promouvoir le plurilinguisme, l’OEP s’appuie sur une conception de la langue qu’on peut exprimer sous la forme de trois oppositions.

10Langue outil – langue milieu
Selon l’opinion commune, la langue est un outil dont on se sert pour décrire la réalité extérieure.

11Cela relève de l’illusion. Dans les faits, la réalité se trouve dans la langue, car seule cette dernière permet de la concevoir et de la décrire. Ce qui n’est pas conçu dans la langue est inexistant pour l’individu parlant. Par conséquent, la langue est un milieu, non un outil.

12Langue de service – langue de culture
On doit à Heinz Wismann et à Pierre Judet de La Combe d’avoir, dans Lavenir des langues1, conceptualisé l’opposition entre langue de service et langue de culture.

13La langue de service, en tant que modalité particulière d’une langue, se limite à décrire des réalités dites objectives, perçues comme extérieures au monde de la langue ; tout le monde peut les partager. Quant à la langue de culture, elle intègre tout un système d’interprétation qui reflète la manière de chacun de se mouvoir dans le monde. Bref, la langue de service correspond à un usage dénotatif, tandis que la langue de culture correspond à un usage connotatif.

14Langue de communication – langue historique
La langue de communication est faite pour transmettre et échanger de l’information, tandis que la langue historique inclut tous les apports culturels qui y ont été déversés au fil de siècles d’histoire, de vie en commun et d’évolution lexicale et sémantique. La langue possède au moins trois dimensions fondamentales : la communication et la négociation, l’expression, et, enfin, la transmission.

Stratégie

15L’OEP considère que, pour établir une stratégie européenne du plurilinguisme, il faut actionner quatre leviers essentiels : le symbolique, l’éducatif, l’économique et le culturel.

16Le levier symbolique
Les pratiques linguistiques des organes du pouvoir ne dépendent pas seulement de contraintes techniques ; elles ont aussi une portée symbolique forte. Du point de vue de la citoyenneté, les pratiques linguistiques des institutions européennes, et plus particulièrement de la Commission européenne, mettent en jeu la légitimité de ces dernières. Elles représentent donc un enjeu majeur pour l’OEP.

17Le levier éducatif
Le système éducatif agit sur la masse des générations. L’éducation au collège, au lycée et à l’université forme, voire formate, les générations futures sur le plan linguistique.

18L’OEP considère donc la question de la diversification de l’offre linguistique d’enseignement comme un enjeu majeur, aussi important que le précédent.

19Le levier économique
Selon une vision très réductrice du problème, on est porté à penser que, par souci d’efficacité et d’économie, il vaut mieux adopter une langue vernaculaire et l’imposer comme langue unique dans les entreprises.

20La réalité nous enseigne au contraire que l’efficacité requiert l’optimisation de la communication interne dans l’entreprise et de posséder les langues du personnel, des clients, des fournisseurs et des partenaires. Dans ces conditions, on devrait voir la dimension communicative et culturelle des langues comme une ressource plutôt que comme une contrainte. Les langues doivent être prises en compte dans la stratégie des entreprises, à la fois comme facteurs de cohésion sociale et comme vecteurs d’adaptation aux contextes internationaux et locaux.

21Le levier culturel
L’Europe a besoin qu’on facilite la circulation horizontale des savoirs et des idées, de manière à nourrir un imaginaire fait de diversité. Cette circulation nécessite une meilleure connaissance des langues européennes et une politique active de traduction.

22L’OEP a aujourd’hui quatre priorités stratégiques :

  • poursuivre son internationalisation (traduction des supports, du site et de la Lettre dinformation, accroissement de son réseau international de correspondants, tenue des Assises dans de grandes villes européennes) ;

  • informer et convaincre la classe politique ;

  • toucher le grand public ;

  • enrichir ses réseaux et les actions de son pôle Recherche.

Le pôle Recherche

23Les problèmes complexes des sociétés modernes nécessitent d’être éclairés par la recherche. Sur ce plan, l’objectif de l’OEP est triple : d’abord, l’organisme veut appuyer son action sur les résultats de la recherche ; ensuite, il souhaite contribuer à faire ressortir le plurilinguisme comme un champ interdisciplinaire à part entière ; enfin, il désire susciter des études nouvelles et influer ainsi sur l’orientation de la recherche.

24Voilà pourquoi on a implanté, au sein de l’OEP, un pôle Recherche dont l’action s’oriente selon deux axes.

  • L’OEP s’est engagé dans un référencement des colloques et des manifestations traitant de près ou de loin du plurilinguisme, de la traduction et du pluriculturalisme à l’échelle européenne. Ce référencement touche aussi la bibliographie spécialisée.

  • L’OEP a adopté une politique de partenariat avec les centres et les laboratoires de recherche, ainsi qu’avec les écoles doctorales qui le souhaitent. Les formes de ces partenariats sont multiples (publications, organisation de séminaires, mise en place de diplômes de Master et Doctorats) .

25L’organisme a établi des coopérations de ce type avec les Universités Paris Sorbonne (Paris IV), Paris V–René Descartes, Paris VII–Denis Diderot, Paris X–Nanterre, ainsi qu’avec les Universités de Genève et de Bretagne Sud. Il a aussi conclu des partenariats avec d’autres réseaux universitaires européens.

26Pour tout établissement de partenariats avec le pôle Recherche de l’OEP sur les questions de traduction, de plurilinguisme et de pluriculturalisme, contacter Astrid Guillaume, maître de conférences à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV) et vice-présidente de l’OEP, en charge du pôle Recherche : astrid.guillaume@live.fr.

27Les chercheurs intéressés par ces questions sont conviés à prendre part aux travaux du pôle Recherche de l’OEp. De manière plus large, les citoyens qui se sentent concernés par le maintien de la diversité linguistique en Europe sont invités à joindre l’OEP (http://plurilinguisme.europe-avenir.com/).

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Notes

1  Heinz Wismann et Pierre Judet de La Combe, L’avenir des langues, Éd. Le Cerf, 2004.

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Pour citer

Christian Tremblay et Astrid Guillaume, L’Observatoire européen du plurilinguisme : naissance, fonctionnement, perspectives
Le français à l'université , 15-01 | 2010
Mise en ligne le: 06 décembre 2011, consulté le: 26 juin 2019

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Auteurs

Christian Tremblay

Président de l’OEP

Astrid Guillaume

Vice-présidente de l’OEP

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