Le français à luniversité

Enjeux. Revue de formation continuée et de didactique du français, no 80

Nawal Boudechiche

Référence de l'oeuvre:

(2011), Enjeux. Revue de formation continuée et de didactique du français, no 80, Presses universitaires de Namur, Namur, 127 pages.

Texte intégral

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1La diversité et la richesse des points abordés par ce numéro de la revue Enjeux accueilleront les intérêts les plus hétérogènes en matière de formation et de recherche.

2Les réflexions sur les séquences didactiques mettent en exergue la nécessité de construire des démarches d’enseignement fondées sur une analyse préalable de la tâche de travail assignée aux apprenants et de leurs représentations initiales, en tant que repères construits de par leurs expériences antérieures, scolaires, familiales, culturelles, et qui conditionneraient l’évolution de l’apprentissage (Develay 19941 ; Famose, Fleurance et Touchard, 19912 ; Ghiglione, Richard et Bonnet, 20013). L’article de Dumortier et van Beveren, dont l’incipit s’ouvre sur une définition des termes clés de cette réflexion, nous incite à une attention particulière sur les méthodes pédagogiques à conduire en classe, à l’éclairage de la refonte des contenus notionnels qu’ont suscités les développements de la didactique en général, des sciences de l’éducation, de la psychologie, de la sociologie et des sciences cognitives durant le vingtième siècle. L’ouverture de l’école et de la formation universitaire au monde du travail ne peut passer sous silence « la doxa des compétences » (Crahay, 20064). Cette optique inscrit, théoriquement, la formation des maîtres dans une perspective dynamique de la construction active des savoirs et du décloisonnement de l’enseignement/apprentissage. Néanmoins, ces changements ne sont pas encore perceptibles dans les faits. La preuve en est la description détaillée de la pratique de classe, où l’assemblage des séquences d’enseignement renvoie encore, du côté des apprenants, à les concevoir en tant que personnes neutres par rapport à la situation à laquelle les confronte l’école ; et, du côté des enseignants, à l’absence de démarche procédurale explicite d’organisation et de réflexion sur les savoirs, savoir-faire et attitudes à mettre en place. Par voie de conséquence, les apprenants s’inscrivent dans ce que les auteurs nomment « la logique des tâches », ce qui fait perdre tout bénéfice d’apprentissage de savoir-faire généraux et de savoirs disciplinaires, à court et à long terme, dans un cadre motivant. À ce niveau, il convient de noter les développements récents des études interrogeant les relations entre les émotions humaines et les activités cognitives (Channouf, 20065). Nos émotions sont une mémoire individuelle et collective, une source d’informations permettant à notre système cognitif de raisonner. Ajoutons à cela le facteur chronologique (deux séances hebdomadaires), qui ne favorise nullement une vision cohérente des apprentissages. En effet, la séquence d’apprentissage (suite de séances organisées en vue de l’atteinte d’un objectif déterminé et de la maîtrise de diverses compétences), à ne pas confondre avec la séance d’apprentissage (conçue en termes temporels pour atteindre un micro-objectif sous-jacent aux objectifs de la séquence didactique), nécessite une réflexion préalable sur les ressources, les contraintes, les opérations mentales et les conditions d’exécution de la tâche. Enfin, si le manuel scolaire propose des modèles pédagogiques, il conviendra à l’équipe de formation de les inscrire dans le cadre d’une réflexion sur les démarches de construction de sens et les processus d’apprentissage, pour un développement optimal des compétences et une prise en charge des obstacles cognitifs (Perrenoud, 20086). La recherche d’un équilibre entre une démarche axée sur l’enseignement des savoirs et une autre, plus opérationnelle, focalisée sur l’acquisition de compétences, est un enjeu important pour endiguer l’échec scolaire.

3Dans ce même souci d’une démarche pertinente de construction de connaissances, l’article de Boxus aborde l’enseignement de la grammaire dans une perspective réflexive. Soucieuse de la formation linguistique des futurs instituteurs en français langue maternelle, l’auteure commence par un état des lieux des connaissances rudimentaires des concernés, pour noter la nécessité d’une démarche réflexive/scientifique/constructive de et sur la langue, cognitivement moins coûteuse. Cette démarche, articulant savoirs disciplinaires et savoirs professionnels, est sous-jacente à la (re)construction des représentations sur l’apprentissage grammatical du français, ainsi que sur les savoirs scolaires résultant de la transposition didactique. Le point focal de l’article est la nécessité de favoriser l’émergence d’une conscience grammaticale et d’outiller linguistiquement les apprenants (Clauzard, 20097), pour un développement communicationnel, par comparaison au patchwork actuel que vit l’école dans ce domaine (Dumortier, 20108). Cette vision active du sens et de la grammaire dans une perspective communicative (Berard, 19919) sollicite les capacités supérieures des processus cognitifs des apprenants, en mettant au jour le pouvoir de la grammaire lorsqu’ils écrivent. Sous cet angle d’attaque, ils perçoivent concrètement que la grammaire n’est pas parachutée, mais fait partie de la culture humaine.

4Le troisième article de la revue est la première partie d’une fenêtre ouverte sur les liens pouvant se tisser entre la photographie, la littérature et l’autobiographie. L’introduction présente un historique de la découverte de la photographie qui a vécu des premiers moments polémiques entre l’émerveillement des fervents du réalisme et de l’exactitude et ceux de l’imagination, de la rêverie, de l’expérience humaine et du génie de l’artiste. Les développements d’angles de perception qui suivent notent, en outre, les enjeux créatifs réciproques du scriptural, du photographique, de l’artistique, de l’âme humaine, du réel, de l’imaginaire, voire même du plus confidentiel, jamais auparavant dévoilé. L’autobiographique, association de passages écrits et de photographies, est ainsi révélé aux lecteurs par l’analyse de Nadja de Breton et de La Chambre claire de Barthes, qui nous conduit à une réflexion de fond sur la vivacité des émotions, des thématiques et des créations littéraires liées aux photographies ou aux « photolittéraires ». Au fil des pages, la création du daguerréotype, puis de la photographie, considérée comme « une césure majeure dans l’histoire contemporaine » (Ortel, 200210), encense le génie créatif humain.

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Notes

1 Develay, M., (1994), « Le sens dans les apprentissages : du désir au passage à l’acte », Pédagogie collégiale 7 (4), p. 23-26.

2 Famose, J.-P., (1991), « Rôle des représentations cognitives de la difficulté de la tâche et de l’habileté du sujet dans l’apprentissage moteur et la motivation à apprendre », in Famose, J.-P., Ph. Fleurance et Y. Touchard, L’apprentissage moteur rôle des représentations, Éditions Revue EPS.

3 Ghiglione, R., J.-F. Richard et C. Bonnet, (2001), Cognition, représentation, communication. Traité de psychologie cognitive. Tome 3. Dunod.

4 Crahay, M., (2006), « Dangers, incertitudes et incomplétude de la logique de la compétence en éducation », Revue française de pédagogie, n° 154, p. 97-110.

5 Channouf, A., (2006), Les émotions. Une mémoire individuelle et collective. Broché.

6 Perrenoud, Ph., (2008), Pédagogie différenciée : des intentions à l’action. Paris : ESF (4e éd., 1re éd. 1997).

7 Clauzard, Ph., (2009), Grammaire et production d’écrits. Animation pédagogique dans le cadre de formation d’enseignant, repères théoriques et mutualisations des pratiques, pistes didactiques et pédagogiques.

8 Dumortier, J.-L., (2010), Regard sur l’enseignement de la grammaire en Communauté française de Belgique. Lettre de l’AIRDF, p. 45-46.

9 Berard, E., (1991), L’approche communicative. Théorie et pratiques. Paris, CLE international, coll. DLE.

10 Ortel, Ph. La littérature à l’ère de la photographie. Enquête sur une révolution invisible.Rayon photo, Nîmes, éditions Jacqueline Chambon, 2002.

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Pour citer

Nawal Boudechiche, Enjeux. Revue de formation continuée et de didactique du français, no 80
Le français à l'université , 16-04 | 2011
Mise en ligne le: 01 décembre 2011, consulté le: 18 mars 2019

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Auteur

Nawal Boudechiche

Centre universitaire d’El-Tarf (Algérie)

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