Le français à luniversité

Colloque Cultures et Littératures aux Suds (Rabat et Kénitra) – Colloque Francophonies d’Europe, du Maghreb et du Machrek (Bruxelles)

Marc Quaghebeur

Texte intégral

1Deux colloques, qui se sont tenus respectivement à Rabat et à Kénitra, d’une part, du 31 octobre au 2 novembre, et à Bruxelles, les 18 et 19 novembre dernier, ont dégagé des perspectives convergentes en matière d’étude et d’enseignement des littératures francophones. Le premier, intitulé Cultures et Littératures aux Suds, était organisé dans le cadre du cinquantième anniversaire de l’AUF et de l’ouverture prochaine à Rabat d’un pôle autonome de l’AUF pour le Maghreb. Le second, qui se tenait dans l’enceinte du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à l’occasion du quarantième anniversaire de la création de cette instance, l’était par les Archives et Musée de la Littérature et l’association Italiques. Il avait pour thème Francophonies d’Europe, du Maghreb et du Machrek.

2Les convergences entre ces deux manifestations ont frappé celles et ceux qui ont participé à l’un et à l’autre. Elles indiquent clairement, en un contexte politique par ailleurs contrasté, l’extraordinaire dynamique qui ne demande qu’à s’accomplir dans les Francophonies des bords méridionaux et orientaux de la Méditerranée, comme la volonté de trouver des moyens nouveaux pour l’enseignement et le rayonnement de la langue française et des littératures française et francophones, en ces pays bien évidemment, mais aussi ailleurs.

3Parmi les conclusions que l’on peut faire émerger de ces rencontres, on notera tout d’abord l’unanimité à réintroduire sérieusement les textes littéraires dans les méthodes d’apprentissage du français langue étrangère. Et cela, afin de redonner à la langue, comme à l’imaginaire, des arrière-pays. De ce constat et de ce souhait découle la nécessité de revoir foncièrement les corpus et de les accorder en priorité aux réalités locales, au départ du parcours d’enseignement.

4Cela postule donc, où que l’on soit, un travail d’adaptation locale qui implique également des synergies régionales transfrontalières, première ouverture des corpus.

5Les questions qui se posent, d’autre part, dans les différents types de Francophonies laissent clairement entrevoir la nécessité de repenser l’approche des espaces littéraires de langue française. Tant dans la présentation chronologique que dans le choix des textes. Historicité et transversalité des textes doivent aller de pair avec des périples didactiques dans les variétés archipélagiques des Francophonies. Celles-ci constituent une forme d’ouverture majeure au(x) monde(s). Après une immersion dans des textes en relation avec un donné de proximité, ces lectures permettront aux étudiants de circuler dans les formes et les espaces très variés qui sont aujourd’hui ceux du français.

6Les problèmes de retard croissant dans la maîtrise de la langue, qui se révèlent là aussi un peu partout, postulent d’autre part un travail de fond de formation des formateurs. Travail à concevoir spécifiquement par pays, bien évidemment, mais à développer également dans le sens des transversalités et des ancrages historiques évoqués ci-dessus.

7C’est donc à de vastes chantiers que nous sommes appelés. Ces chantiers passent, aux yeux de beaucoup, par le développement de pôles éditoriaux locaux et par l’ouverture de ces derniers à d’autres textes que ceux du pays concerné. Ils passent de même par le développement d’une critique francophone transversale et par la circulation des textes francophones dans un vaste maillage.

8Les écrivains francophones ouvrent des portes innombrables mais demeurent prisonniers d’un système éditorial, symbolique et scolaire, qui ne correspond plus à la pluralité qu’ils représentent. Or cette pluralité s’avère bien utile dans le contexte global qui est aujourd’hui le nôtre.

9De même, comme l’a dit un orateur à Bruxelles, l’urgence est aussi éthique. Il ne faudrait pas, disait-il, que les printemps arabes deviennent l’hiver des femmes. Il ne faudrait pas non plus, pourrait-on ajouter, que les aléas de la manne budgétaire francophone correspondent à la glaciation des Francophonies culturelles. Au moment même où celles-ci sont mûres pour leur autonomie et leur dialogue.

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Pour citer

Marc Quaghebeur, Colloque Cultures et Littératures aux Suds (Rabat et Kénitra) – Colloque Francophonies d’Europe, du Maghreb et du Machrek (Bruxelles)
Le français à l'université , 16-04 | 2011
Mise en ligne le: 15 février 2012, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Marc Quaghebeur

Directeur des Archives et Musée de la Littérature (Belgique)

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