Le français à luniversité

Une stratégie d’appui à la langue française dans la production, la diffusion et l’enseignement des connaissances en contexte plurilingue : l’exemple du Bureau Europe centrale et orientale

Monica Vlad

Texte intégral

1Le deuxième congrès européen de la Fédération internationale des professeurs de français, qui s’est tenu à Prague en septembre 2011, a réuni plus de 800 enseignants venus de toute l’Europe afin de partager leurs expériences d’enseignement et de recherche construites autour du français. La table ronde organisée par l’AUF portant sur l’exemple du Bureau Europe centrale et orientale dans le développement des stratégies d’appui à la langue française dans la production, la diffusion et l’enseignement des connaissances en contexte plurilingue, s’est inscrite dans cette dynamique.

2En effet, à l’invitation du BECO, y ont pris part Anna Kruchinina, de l’Université nationale d’économie et de finances de Saint-Pétersbourg (Russie), Laurent Gajo, de l’Université de Genève (Suisse), Monica Vlad, de l’Université Ovidius de Constanta (Roumanie), et Olivier Ortiz, en tant que représentant du Bureau. Depuis des perspectives différentes, mais également grâce à leur expérience partagée de collaboration avec le BECO, les intervenants ont évoqué l’image complexe des formes d’appui expérimentées par le Bureau afin d’appuyer, dans la région, la présence du français dans les pratiques de production, de diffusion et d’enseignement des savoirs autour du français pris comme objet et comme sujet.

3À partir des grandes orientations thématiques et des mises en œuvre abordées pendant et après la conférence régionale pour le soutien du français organisée en mars 2011 par le Bureau Europe centrale et orientale, la table ronde a permis en même temps d’informer le public sur la nouvelle stratégie quadriennale en vigueur à l’AUF, stratégie qui remplace les actions de programme par la démarche projet, et de présenter les principaux défis ainsi que les solutions adoptées par le Bureau dans le contexte actuel.

4Modérateur de la table ronde, Olivier Ortiz a évoqué, dans son introduction, les grandes lignes directrices de la conférence du mois de mars et les portes qu’elles ouvraient pour la région en matière de coopération interuniversitaire sur les thématiques prioritaires liées à l’enseignement du et en français. En effet, depuis mars 2011, de nouvelles pistes de coopération interuniversitaire prennent forme autour des projets et de nouveaux besoins, plus ciblés, tant pour les spécialistes que pour les non-spécialistes de la langue, émergent.

5Les nouvelles orientations de l’AUF, qu’il est impossible de mener à bien sans l’appui des politiques linguistiques universitaires, ont été présentées par Anna Kruchinina. Ce point de vue sur les stratégies d’établissement vis-à-vis des langues véhiculaires, des langues de formation et de la recherche a permis de lancer quelques questions plus générales : Quelle politique serait plus efficace pour assurer l’offre et la demande langagières diversifiées ? Dans quel cadre institutionnel pourrait-elle être menée vu la diversité des systèmes législatifs des pays ? Comment assurer le plurilinguisme à l’université vu l’avancée rapide de l’anglais comme langue vivante 1 ? Comment motiver les étudiants à choisir une nouvelle langue comme langue vivante 1 ? Anna Kruchinina a présenté notamment certaines mesures à prendre, qui se sont dégagées dans l’atelier qu’elle avait coordonné lors de la conférence régionale. Ces mesures portent plus précisément sur l’élaboration d’un document cadre concernant les principes de la politique universitaire plurilingue et la création d’un groupe de travail appelé à réaliser une analyse comparée du cadre législatif éducatif des pays d’appartenance des universités membres de l’AUF, des besoins des universités en matière de politique linguistique, ainsi que la mise en place d’un système de mobilité estudiantine virtuelle en français, langue véhiculaire.

6La conférence du mois de mars a représenté aussi le point de départ d’un appel de projets intitulé « Soutien à l’enseignement du et en français », qui a été lancé au mois de mai et qui a permis aux universités de l’Europe centrale et orientale membres de l’AUF ayant formalisé leurs besoins de former des consortiums afin de proposer des actions de formation et de recherche prioritaires pour lesquelles elles auraient besoin de l’appui de l’AUF.Dans son intervention, Monica Vlad est partie des orientations définies dans l’appel et issues de la conférence et a présenté le premier retour sur les projets d’enseignement du et en français ayant été proposés au BECO. À travers ces projets, elle a pu fournir une image d’ensemble des types de demandes en formation et en recherche des établissements universitaires de l’Europe centrale et orientale, demandes qui construisent, en filigrane, le profil de la nouvelle francophonie universitaire de la région dans le domaine de l’enseignement des langues.

7On a pu ainsi noter le fait que, malgré le délai relativement court laissé aux universités, 22 projets ont pu être déposés au BECO, dont 20 déclarés recevables et envoyés vers la commission d’experts pour le processus d’évaluation. Les projets, émanant des différents pays de l’Europe centrale et orientale, mobilisent des consortiums formés d’au moins quatre universités, très souvent des universités de la région, la présence de la France ou d’un pays francophone « du Nord » ne représentant plus une contrainte dans la nouvelle forme des projets sollicitée par l’Agence. Du point de vue des orientations thématiques dominantes, les descriptifs des projets permettent de voir que les universités envisagent de développer ou de renforcer des liens entre différents départements (avec un très fort usage des mobilités), qu’il existe une tendance visible à introduire les TICE en particulier pour favoriser l’autoapprentissage et que la plupart des actions sont tournées vers la formation (des enseignants ou futurs enseignants, des étudiants),faisant en sorte que la majorité des projets reste axée sur la réorganisation des pratiques d’enseignement, en interne ou avec le consortium. Par ailleurs, la composante recherche apparaît également dans la formulation de certains projets, tout comme la dimension du plurilinguisme, dimension très présente dans les orientations de la conférence, mais pas encore vraiment intégrée dans les préoccupations de recherche et de formation des universités de la région. L’évaluation finale des dossiers ainsi que la mise en œuvre des projets qui seront retenus par la commission régionale des experts, début novembre 2011, permettront au BECO de mesurer l’impact réel de sa nouvelle stratégie et la pertinence de ses actions dans la région. Mais les prémisses sont déjà favorables…

8Enfin, pour clore cette présentation pragmatique des nouveaux défis et des nouvelles solutions proposées par le BECO dans sa programmation quadriennale 2010-2013, Laurent Gajo a illustré l’ensemble des perspectives qui s’ouvrent devant la construction des savoirs sur le français et en français en situation de contact de langues. Partant de la prémisse que le multilinguisme caractérise la plupart des contextes sociaux et éducatifs et que le français nourrit ce multilinguisme en y puisant une force et une justification supplémentaires, Laurent Gajo a fait des propositions dans le sens de l’exploitation du contact de langues en direction d’une didactique du plurilinguisme, didactique qui peut imprégner aussi bien l’enseignement du français que l’enseignement en français, avec un bénéfice certain pour la construction et la transmission des savoirs.

9Cette perspective extérieure apportée par Laurent Gajo a permis en même temps de mieux comprendre les nouveaux défis posés par le concept de plurilinguisme devant la didactique du français et de replacer sous un regard critique et constructif les orientations, les mises en œuvre et la stratégie envisagée par le Bureau régional de l’AUF en Europe centrale et orientale.

10Ainsi construite sous de multiples éclairages, la table ronde organisée par le BECO a donné une image diverse, mais cohérente, de la nouvelle stratégie d’appui à la recherche et à l’enseignement du et en français en train de se mettre en place en Europe centrale et orientale, dans les nouveaux contextes épistémologiques marqués par l’essor pris par le plurilinguisme et les mobilités et, du point de vue institutionnel, par le changement en matière de gouvernance universitaire et de collaboration interuniversitaire.

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Pour citer

Monica Vlad, Une stratégie d’appui à la langue française dans la production, la diffusion et l’enseignement des connaissances en contexte plurilingue : l’exemple du Bureau Europe centrale et orientale
Le français à l'université , 16-03 | 2011
Mise en ligne le: 09 février 2012, consulté le: 18 juin 2019

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Auteur

Monica Vlad

Université Ovidius Constanta (Roumanie)

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