Le français à luniversité

La comparaison et son expression en français

Edna Sánchez

Référence de l'oeuvre:

Fuchs, Catherine, (2014), La comparaison et son expression en français, Éditions Ophrys, Paris, 208 pages.

Texte intégral

1Une réflexion de l’auteure conclut que le monde est saturé de comparaisons faites par la publicité. En effet, la publicité sait bien que les hommes comparent pour pouvoir choisir, il s’agit là d’une opération mentale très mécanique.

2Par contre, si ce qu’on entend par «comparer» se limite à une phrase du type Pierre est plus grand que Paul, il y a intérêt à lire La comparaison et son expression en françaisde Catherine Fuchs. Spécialiste en sémantique, l’auteure présente, dans les 208 pages de l’ouvrage, toutes les formes dont se sert la langue française pour exprimer la comparaison.

3Tout l’intérêt de ce livre se trouve dans le fait qu’un grand nombre de ces formes reste méconnu pour la plupart des gens, peut-être parce que les grammaires se limitent à décrire les formes les plus communes. Or, il ressort de cela que ces formes partent d’un même schéma canonique, dont l’exemple Pierre est plus (ou aussi) grand que Paul.

4Le sujet de la comparaison s’avère vaste et fascinant. Dans l’introduction, Catherine Fuchs commence le parcours avec la définition de comparaison suivante : « Comparer, c’est donc saisir par l’esprit plusieurs objets (deux dans le cas le plus simple et le plus courant). C’est les confronter, c’est-à-dire, les poser mentalement face-à-face, en regard l’un de l’autre, en vue d’épingler ce qu’ils ont de semblable et de différent » (p. 12). Pour ce faire, il faut l’existence d’un « garant de la comparabilité », ou propriété commune des objets. Ensuite, l’auteure aborde les processus cognitifs de la comparaison et montre comment l’expression de la comparaison a été traitée dans les études de langues (tradition grammaticale, travaux linguistiques et tradition rhétorique).

5L’ouvrage se divise après en deux grandes parties. Dans la première, consacrée à la comparaison quantitative, Catherine Fuchs explique le mécanisme du schéma canonique mentionné dans les premières lignes. Ceci permettra de bien comprendre l’enjeu des autres mécanismes de comparaison, de type qualitatif, qui seront expliqués dans la deuxième partie du livre.

6La première partie est divisée en quatre chapitres (I à IV). L’intitulé « comparaison quantitative » fait référence à la comparaison d’inégalité et d’égalité. En fait, quand il s’agit de comparer deux (ou plusieurs) objets avec le schéma canonique, on utilise des éléments d’ordre quantitatif pour en déterminer les différences ou les « identités ». Alors, dans le premier chapitre, l’auteure montre les différents autres schémas qui existent dans l’inégalité et dont la base est le schéma canonique. Par exemple, les locuteurs peuvent faire appel à des schémas paratactiques (Pierre est grand, Paul n’est pas grand), des schémas localisants (Pierre est grand à côté de Paul) et de mesure relative (la grandeur de Pierre dépasse la grandeur de Paul). Dans le deuxième chapitre, on explique comment le schéma canonique relie un adverbe (par exemple grand) au marqueur relatif que. Dans cette relation syntaxique, une opération de gradation se produit grâce au degré donné par l’adverbe et le support donné par le relatif. Le troisième chapitre montre comment, à partir du schéma canonique et l’opération de gradation, d’autres configurations peuvent aussi se produire, par exemple : Pierre est plus aimable, Pierre est plus aimable qu’hier, Pierre est plus aimable que sérieux, etc. Ce sera dans le quatrième chapitre que l’auteure parlera d’un autre type de variation dont la particularité est l’éloignement du schéma canonique, par exemple : autant que son père, Paul est sensible aux critiques; Pierre est aimable, plus que Paul; plus que le vent, la pluie a fait des ravages, etc.

7La deuxième partie, divisée en trois chapitres (V à VIII), est destinée à l’explication de la comparaison qualitative. Ce type de comparaison se différencie de la quantitative parce qu’elle ne fait plus de gradation, mais de l’évaluation, de la similitude et de l’identité/altérité. Selon l’auteure, il s’agit d’une opération plus compliquée que celle de la gradation. Le cinquième chapitre montre comment l’évaluation est, au plan sémantique « un choix qualitatif (explicite ou non) entre deux entités A et B » (p. 132). Pour cela, l’expression de la valuation se servira des verbes de préférence (valoir mieux… que, aimer mieux… que, préférer… à, etc.) seuls ou accompagnés de plutôt, ou dans d’autres cas, de plutôt utilisé seul : il est plutôt gentil. Le sixième chapitre exposera la comparaison similative, ou similarité/analogie entre deux éléments comparés. Des exemples de ce type de comparaison sont les phrases Marie est fraîche comme une rose, j’ai acheté un sac semblable au tien, il ment comme un arracheur de dents.Finalement, le chapitre sept expliquera la comparaison d’identité (même) et d’altérité (autre), qui se fait sur les essences des éléments comparés : cette année, je vais à la même piscine que l’an dernier; tu as exactement le même manteau que moi; ce sera un autre gaillard que son père; c’était un enfant différent des autres : plus calme, plus silencieux.

8Cet ouvrage montre que, si bien la phrase Pierre est plus grand que Paul est la forme la plus commune de comparaison, elle n’est pas la seule. Nous, limités au comparatif et au superlatif, trouvons que les exemples variés, littéraires, de la langue parlée, de la publicité, etc. permettent de bien comprendre les différents procédés utilisés par la langue française pour comparer les éléments de la réalité. En plus, la présentation du livre est impeccable et agréable à lire grâce aux introductions et conclusions de chaque partie et chapitre. Par son langage souvent spécialisé, ce livre est plutôt destiné aux professionnels et passionnés de la langue. Il est ainsi un outil indispensable pour des professeurs de langue qui, parfois, ont du mal à trouver des exemples et explications autres que ceux des manuels, grammaires et dictionnaires de base.

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Pour citer

Edna Sánchez, La comparaison et son expression en français
Le français à l'université , 22-04 | 2017
Mise en ligne le: 15 décembre 2017, consulté le: 10 décembre 2018

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