Le français à luniversité

Langue et légitimation : la construction discursive du locuteur francophone

Brahim Errafiq

Référence de l'oeuvre:

Arrighi, Laurence et Annette Boudreau (dir.), (2016), Langue et légitimation : la construction discursive du locuteur francophone, Presses de l’Université de Laval, Québec, 235 pages.

Texte intégral

1L’ouvrage coordonné par Laurence Arrighi et Annette Boudreau en est un collectif, totalisant 11 contributions ayant trait notamment à la sociolinguistique, à l’analyse du discours et à l’approche écologique. Les chercheurs ont fait état des discours tenus sur le locuteur francophone; ces discours de factures diverses (politiques, sociales et linguistiques) forment l’identité de ce dernier. Le francophone se voit donc défini à partir de ses pratiques linguistiques, des discours institutionnels et idéologiques et de son rapport au pouvoir que peut représenter la colonisation.

2L’identité du francophone n’est plus typique et homogène, mais devient plurielle. À partir des années 80, le discours sur la diversité et la variété sociolinguistique qui s’impose peu à peu a permis de mieux tenir compte de la particularité et de l’altérité constitutives de toute situation linguistique, et la diversité des façons de parler français, la singularité de chaque situation francophone ont permis de penser le francophone autrement. Dès lors s’est instaurée une relation forte entre pratiques linguistiques et authenticité. Sous l’emprise de la mondialisation, le francophone se voit doublement défini en tant que dépositaire d’un patrimoine local (identité nationale) et d’un patrimoine universel (identité plurielle s’ouvrant à l’altérité).

3Néanmoins le cinétisme du vocable « francophone » est impacté par l’ambigüité du terme « francophonie » par le fait que se trouvent regroupées sous cette désignation des notions, des réalités et des situations extrêmement différentes. C’est le cas des situations africaines, notamment l’Afrique subsaharienne où cette dénomination fallacieuse sert un discours dont le dessein serait d’infléchir dans une certaine direction la réalité sociolinguistique africaine en général, et subsaharienne en particulier. De même, les soubassements idéologiques des discours sur la francophonie (les perspectives idéologiques véhiculées par la francophonie et plus largement la science occidentale) sont à la fois dénoncés pour contester la domination de celle-ci et du français, et convoqués pour valoriser l’usage des langues indigènes. À ce propos est remise en question l’efficience d’une idéologie linguistique en Suisse, une pratique discriminatoire instituant la maîtrise de la langue comme outil d’intégration dans un contexte migratoire. L’image que l’on se fait des locuteurs légitimes ou illégitimes à partir des noms et prénoms dénotant une origine étrangère importe plus que les pratiques qui sont jugées et évaluées. Dans le même esprit contestataire est dénoncée en Louisiane toute pratique qui donne une vision stéréotypée du francophone. À titre d’illustration, l’identité du Louisianais est envisagée selon des procédures de stéréotypes. Avec le programme culturel américain, l’assimilation culturelle du Louisianais, son intégration dans la culture américaine, sous l’effet de l’américanisation, est un fait indéniable, ce qui dévalue et minore l’identité francophone. En Roumanie aussi, la force des discours généraux en circulation manifeste un certain nombre de stéréotypes sur l’évaluation personnelle de la pratique du français. Ils mettent en surface l’identité des images et les dynamiques identitaires. C’est le même constat en Picardie : en examinant les discours des sujets parlants de la Picardie sur leurs pratiques linguistiques, il est inféré que le poids d’une stigmatisation sociale historique influe sur les représentations que ces derniers entretiennent à l’égard de la langue picarde et de leurs propres pratiques régionales par les sujets parlants. On assiste à une francophonie qui s’autominorise, car le concept d’identité linguistique régionale se trouve confronté à la domination d’un modèle normé et central du français hexagonal.

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Pour citer

Brahim Errafiq, Langue et légitimation : la construction discursive du locuteur francophone
Le français à l'université , 22-03 | 2017
Mise en ligne le: 27 septembre 2017, consulté le: 13 décembre 2017

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Auteur

Brahim Errafiq

Centre régional des métiers de l’enseignement et de la formation (CRMEF), Agadir (Maroc)

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