Le français à luniversité

Les plurilinguismes dans les pays asiatiques du Sud-Est

Nguyễn Thị Tươi

Texte intégral

1Quand on parle de langues, on fait face à des complexités de tout type, surtout au niveau sociolinguistique. Comme le manifeste le titre de l’ouvrage Le « poids » des langues de Louis-Jean Calvet, on ne peut pas nier le fait que toutes les langues n’occupent pas la même place dans le monde. Cette constatation évoque des enjeux, des moyens de pouvoir, d’exclusion, d’oppression, de discrimination, de préférences ou de privilèges, etc., dont ne sont exclus aucun pays, aucune société, aucun milieu de vie, de travail ou d’étude. Et comme ailleurs, le Laos, la Thaïlande, le Viet Nam en Asie du Sud-Est sont des pays où existe un paysage linguistique varié, ce qui s’explique par plusieurs facteurs influents comme des mouvements historiques du pays, leurs situations postcoloniales, l’abondance des minorités ethniques, etc.

2Par ailleurs, de nos jours, il serait utopique de chercher un environnement purement monolingue dans la vie quotidienne, car nous vivons dans un monde plurilingue. Par conséquent, il est évident que l’établissement éducatif ou de formation est un milieu plurilingue et pluriculturel et que les acteurs impliqués dans le milieu en question ont intérêt à en prendre conscience. Devant cette réalité dans l’enseignement/apprentissage des langues, il est urgent de repenser les exigences de tout niveau : outils d’enseignement, méthodes spécifiques, connaissances théoriques, pratiques, scientifiques pour mieux enseigner, former, voire apprendre. Mais avant tout, il nous semble indispensable de connaître pour le prendre en compte le contexte sociolinguistique dans lequel vivent l’enseignant et ses apprenants. C’est sur des études de terrain qu’on peut s’appuyer dans ce but.

3Dans une conférence donnée lors du douzième Séminaire régional francophone organisé àl’Université Nationale du Laos en 2013, Marielle Rispail1 (UJM, Saint-Étienne, France) a posé la question : « Les plurilinguismes dans la région Asie/Pacifique : comment défricher ce nouveau domaine de recherches ? » Sans chercher à y répondre exhaustivement, on peut avouer que cette interrogation soulève une problématique actuelle préoccupante dans le domaine de l’enseignement et de l’apprentissage des langues dans certains pays du Sud-Est asiatique : car peu de travaux de recherche y portent sur le sujet du plurilinguisme ou du pluriculturalisme! Partant de cette constatation, ce dossier « Sous la loupe » veut regrouper quelques travaux de recherches qui s’engagent dans ce domaine non défriché.

4Six contributions abordent la question de plurilinguisme/pluriculturalisme dans trois pays : Soulisack Luanglad présente une recherche en sociodidactique sur l’enseignement du français médical à l’Université des Sciences de la Santé du Laos. Il cherche à mieux comprendre la situation de rencontre des langues et des cultures dans le domaine médical au Laos, pour donner du sens aux savoirs enseignés, sur les plans linguistique et culturel, et améliorer ainsi la formation des étudiants dans l’apprentissage du français médical.

5Deux contributions viennent de Thaïlande. L’une, de Jean Pacquement, veut « fournir des repères pour esquisser la situation sociolinguistique de la Thaïlande, en privilégiant le point de vue des locuteurs issus des minorités » ; l’autre démontre la nécessité du plurilinguisme comme un nouveau but et un nouvel enjeu de l’éducation en Thaïlande ; les auteures — Jaruwan Charpentier et Penphan Thipkong — se proposent de repenser, au niveau macro des politiques linguistiques, au niveau méso de la formation des enseignants de langues et au niveau micro, les nouvelles compétences à développer chez les élèves.

6Trois contributions viennent du Viet Nam et leurs auteurs, membres d’une même équipe de recherche, rendent compte de leur processus de recherche pour mieux comprendre le terrain où ils enseignent. La première (Phan Nguyễn Thái Phong et Nguyễn Thị Tươi) présente le contexte linguistique du Viet Nam et les grandes lignes des résultats obtenus lors de cette recherche collective. La deuxième, de Lê Thị Phương Uyên, réfléchit sur la méthodologie adoptée — le recueil de biographies langagières — appliquée par l’équipe afin de découvrir le capital langagier des enquêtés et leurs représentations concernant le contact des langues internes et externes du Viet Nam. Le travail de Lê Ngô Thu Thảo a pour but d’éclairer le plurilinguisme vietnamien par les discours des étudiants sur leurs pratiques langagières et leurs représentations de ces pratiques plurilingues dans leur quotidien.

7En guise de conclusion, nous voulons insister sur le plurilinguisme (qui inclut les emplois du français et lui sert de cadre) comme nouveau domaine de recherche dans les pays asiatiques du Sud-Est. Ainsi, les travaux présentés dans ce dossier n’aident pas encore les chercheur-e-s et/ou les enseignant-e-s à changer la situation critique de l’enseignement/apprentissage centré sur une langue unique. Pourtant, les découvertes importantes et encourageantes issues de ces recherches de terrain ouvrent la voie à des recherches ultérieures dont la finalité pourrait être la mise en place d’une (socio?)didactique ouverte du plurilinguisme et du pluriculturalisme.

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Notes

1  Je tiens à remercier infiniment Marielle Rispail, qui, par sa gentillesse et sa responsabilité, m’a aidée à faire plusieurs relectures des contributions pour ce dossier, et qui m’a accompagnée dans ce travail scientifique : faire publier des résultats des travaux de recherche.

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Pour citer

Nguyễn Thị Tươi, Les plurilinguismes dans les pays asiatiques du Sud-Est
Le français à l'université , 22-02 | 2017
Mise en ligne le: 14 juin 2017, consulté le: 25 juin 2017

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Auteur

Nguyễn Thị Tươi

Université de Pédagogie de Ho Chi Minh-Ville (Viet Nam)

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