Le français à luniversité

La conception de modules de FOS dans le cursus universitaire égyptien et ougandais. Public, contexte et objectifs de deux séminaires de l’AUF

Marie-Françoise Chitour

Texte intégral

1Depuis ces dernières années, on assiste à une diversification de l’offre dans les départements de français et la création d’autres « parcours » en leur sein en vue d’une meilleure insertion professionnelle des étudiants. De nouveaux curricula y trouvent place dans la perspective du FOS (français sur objectifs spécifiques), ou plus exactement du français de spécialité, à l’objectif plus large puisqu’il « ne cible pas un public d’apprenants, mais tout un secteur donné, professionnel ou spécialisé1 » lors d’une formation à moyen ou long terme.

2C’est dans cette perspective que sont proposés aux professeurs de français en université des séminaires, en particulier par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) et ses bureaux régionaux.

3Nous avons assuré récemment deux formations de ce type, centrées sur le FOS, mais répondant à des demandes différentes en fonction du contexte d’enseignement et du public.

4La première, organisée par le Bureau Afrique centrale et des Grands-Lacs, s’est déroulée à Kampala (Ouganda) du mardi 15 au jeudi 17 novembre 2016, dans les locaux de Makerere University Business School (MUBS), réunissant 15 participants ougandais et 22 participants internationaux, en provenance du Burundi, du Cameroun, du Congo, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine, de la République démocratique du Congo et du Zimbabwe. Deux ateliers étaient proposés au choix des participants, l’atelier FLE et l’atelier FOS; dans les deux cas, il s’agissait de donner des éléments de méthodologie à des enseignants ou de renforcer leurs connaissances et leurs compétences. La plupart des stagiaires étaient de jeunes enseignants, titulaires d’une maîtrise ou d’un doctorat en lettres, devant assurer un enseignement de FLE, sans avoir la formation adéquate en didactique d’une langue seconde ou étrangère, ou en français de spécialité. En effet, l’enseignement du FOS a été récemment introduit dans certaines universités, et les enseignants concernés sont souvent démunis face à cette demande.

5Avec M. Paul Mendès, de l’université du Cap-Vert, autre formateur retenu pour ce séminaire, nous avons établi un programme qui se voulait plutôt une initiation et une sensibilisation, tout en donnant aux stagiaires les moyens de mettre en place de nouvelles démarches et activités dans leurs classes, à partir de supports variés. Le français des affaires et le français du tourisme sont les domaines les plus souvent retenus, mais le curriculum des cours est alors centré le plus souvent sur les techniques d’expression et de communication. Deux participants étaient cependant confrontés à un véritable enseignement de FOS, pour répondre à une demande de français militaire. L’atelier a comporté huit séances d’une heure trente pour le groupe, et trois séances regroupant les deux groupes. Les points suivants étaient proposés : les domaines d’intervention en FOS et en français général, l’analyse d’un manuel récent de FOS, la conception d’unités didactiques et d’activités pédagogiques en FOS s’inscrivant dans une pédagogie de la tâche, la mise en place d’un dispositif de création d’un programme FOS, la didactisation de documents authentiques avec la mise en place d’un scénario pédagogique, la perspective actionnelle et la création d’un projet en FOS, l’évaluation, en particulier des projets. Nous nous sommes plusieurs fois appuyés, surtout au début, sur IFos, la plateforme de formation à distance pour les enseignants de français professionnel, et les participants ont apprécié d’en connaître l’existence, de même qu’ils se sont montrés très intéressés par la présentation de divers sites de ressources et de répertoires de manuels, susceptibles de les aider dans la recherche et l’exploitation de documents, ainsi que dans l’organisation de leurs cours. Si certains étaient déjà familiers de la pédagogie de projet, via leur enseignement de français général, beaucoup découvraient l’intérêt qu’elle offrait pour l’enseignement d’un français de spécialité. La présence de participants venus de toute la région a permis des échanges sur les expériences. Bien sûr, les enseignants de pays anglophones étaient aussi confrontés à des problèmes de langue chez leurs étudiants, autres que ceux des pays francophones, mais ils se rejoignaient tous sur la problématique d’ensemble de l’atelier. Les participants sont appelés à dispenser à leurs collègues des ateliers de perfectionnement en 2017.

6Nous avons rencontré un tout autre public au séminaire « Hybridation en FOS », qui s’est tenu au Campus numérique francophone de l’AUF à Alexandrie du 30 janvier au 2 février 2017, avec 24 participants, 15 en provenance d’universités égyptiennes, 9 autres d’universités libanaises. En effet, ces enseignants avaient déjà tous été formés au programme IFos 1, et pour certains, à IFos 2. Si certains étaient insérés dans ces nouveaux parcours que nous évoquions au début (ex. : français du tourisme à des étudiants du département de français), les autres intervenaient dans des filières francophones, voire des filières spécialisées (Tourisme ou Hôtellerie) ou des facultés comme celle de médecine.

7Ce séminaire fait partie du projet porté par la direction régionale du Moyen-Orient qui vise à soutenir la création de modules de formation en ligne ou hybride en FOS destinés à être intégrés et reconnus dans les cursus universitaires au sein des universités membres de l’AUF dans la région du Moyen-Orient.

8La création d’une plateforme avant le début du séminaire avait permis le dépôt de divers documents de travail ou de réflexion, et c’est par ce biais, dans l’espace de conception des cours, qu’ont aussi été déposées les premières réalisations des stagiaires. Le rappel de certaines notions, la question de la recherche de documents, la présentation de sites de ressources ou de répertoires de manuels, le traitement du document authentique déclencheur, l’inscription des activités dans une pédagogie de la tâche constituaient des préliminaires nécessaires à ce qui était le noyau de cette formation : la conception des modules. En fonction des étudiants visés, l’orientation FOU (français sur objectifs universitaire) n’a pas été négligée.

9Les différents points qui fonderaient le contenu des cours ont fait l’objet d’un consensus en grand groupe et il a été facile ensuite de les intégrer dans la grille de conception d’un cours en ligne de l’AUF, tout en l’adaptant à notre sujet. La répartition en quatre équipes, toutes constituées d’enseignants égyptiens et libanais, s’est faite ensuite autour du domaine de spécialité choisie, ici le français des affaires et du commerce, le français du tourisme, le français médical et le français juridique, pour s’accorder sur la maquette, et ce qui constituerait la structure des modules et leurs séquences, et commencer la réalisation du premier.

10Le projet a une durée d’un an. Il appartient donc à la formatrice d’accompagner les enseignants tout au long de la création des modules, via en particulier la plateforme. Pour la finalisation et la mise en ligne, il est prévu un second regroupement, en principe fin septembre à Beyrouth.

11Malgré des différences notables, on remarque les points communs aux deux séminaires centrés sur le FOS : la volonté de régionalisation y est nette et permet les échanges. Elle est d’ailleurs à la base des travaux collaboratifs et à distance par le biais des TICE, qui seront « les moteurs » des modules en ligne évoqués.

12Certes, pour les participants à Kampala, il s’agissait plus d’une initiation à une branche de la didactique encore peu connue, alors que ceux d’Alexandrie y étaient à l’aise. Mais nous espérons bien que cela n’a été qu’un début et qu’ils auront également bientôt les moyens de proposer eux aussi des pistes nouvelles en FOS.

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Notes

1  Jean-Marc Mangiante, « Français de spécialité ou français sur objectif spécifique : deux démarches didactiques distinctes », https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/4030419.pdf

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Pour citer

Marie-Françoise Chitour, La conception de modules de FOS dans le cursus universitaire égyptien et ougandais. Public, contexte et objectifs de deux séminaires de l’AUF
Le français à l'université , 22-01 | 2017
Mise en ligne le: 22 mars 2017, consulté le: 21 octobre 2017

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