Le français à luniversité

L’immersion française à l’université. Politiques et pédagogies

Colette Noyau

Référence de l'oeuvre:

Knoerr, Hélène, Alysse Weinberg et Aline Gohard-Radenkovic, (2016), L’immersion française à l’université. Politiques et pédagogies, Presses de l’Université d’Ottawa, Ottawa, 491 pages.

Texte intégral

1L’immersion en français à l’université est un thème crucial pour plusieurs raisons :
— comme composante des politiques linguistiques-éducatives en contexte bilingue, d’une façon générale;
— comme l’élément clé qui parachève le dispositif promouvant l’égalité des langues officielles dans la dualité linguistique constitutive de la nation canadienne, et qui requiert certaines conditions de réussite;
— comme un terrain didactique encore trop peu exploré : s’il existe des travaux nombreux sur l’immersion au primaire et au secondaire au Canada comme ailleurs, très peu se sont penchés sur l’immersion au niveau postsecondaire.

2Le volume est une somme collective considérable, éclairée du point de vue de la politique linguistique canadienne par une substantielle préface du Commissaire aux langues officielles du Canada, qui retrace « L’immersion : naissance et évolution d’un concept canadien ». En effet, ce sont les expérimentations autour de W. Lambert au début des années 60 qui ont lancé le terme d’« immersion », lors de la « Révolution tranquille », où les droits linguistiques de la minorité francophone ont été réaffirmés et concrétisés.

3L’immersion comme conception de l’apprentissage de la langue seconde (le français, minoritaire) en relation avec les contenus d’éducation est soutenue au niveau fédéral en raison des principes d’égalité entre les deux langues officielles que le Canada s’est donnés : le fédéralisme laisse aux provinces l’organisation de leur régime linguistique propre, mais il existe des « droits de la minorité à l’accès à l’éducation dans la langue officielle de son choix » (démographiquement, les anglophones représentent plus de 60 % de la population, les francophones un peu plus de 20 % et, aujourd’hui, les allophones, natifs d’une autre langue que les deux officielles, presque 20 % selon le dernier recensement). Par ailleurs, la volonté générale veut que le système éducatif canadien produise des cadres bilingues. Cependant, les élèves ayant suivi un programme d’immersion au primaire et au secondaire se trouvent sans beaucoup de possibilités pour prolonger cette expérience dans l’enseignement supérieur.

4L’introduction situe l’ouvrage dans la suite d’une rencontre de 2012 à l’Université d’Ottawa, épicentre de la mise en place de l’immersion postsecondaire française en territoire anglophone. Celle-ci est vue comme fragile et à mieux promouvoir, car mise en œuvre institutionnellement dans seulement 4 centres universitaires sur le territoire canadien, dont l’Université d’Ottawa, qui a accueilli la rencontre et édite le volume qui en est issu.

5Le corps de l’ouvrage est structuré en 3 parties, les 16 chapitres étant rédigés ou corédigés par une douzaine d’auteurs : la partie 1 porte sur les politiques linguistiques et leurs mises en œuvre à travers le Canada d’un point de vue institutionnel, la partie 2 sur les modèles et démarches de l’immersion à l’Université d’Ottawa, et la partie 3 recueille les points de vue et expériences des différents acteurs de l’immersion à l’Université d’Ottawa.

6Suit une synthèse qui rassemble les conditions favorables à ménager pour la réussite de cette immersion universitaire, à trois niveaux :
— le niveau macro : législation, théorisation du dispositif, programmes;
— le niveau méso : interface entre politiques et acteurs, soit l’organisation d’une option Immersion dans des filières déterminées, les besoins qualitatifs en ressources et en accompagnement, l’éventail des modes et des lieux d’apprentissage, avec une préférence pour le modèle associé où enseignants de langue et enseignants des disciplines collaborent au sein du dispositif, une gamme de formes d’activités collaboratives des étudiants, et des évaluations à l’entrée, pendant et à l’issue du dispositif, ce qui requiert la formation des enseignants impliqués, mais aussi celle des étudiants sur l’articulation entre les facettes langue et disciplines, sur les stratégies d’étude et les modalités d’accompagnement,
— le niveau micro : vécu et logiques des acteurs, enseignants comme étudiants, avec une forte dimension affective autour des pôles reconnaissance et [in-]sécurité chez tous.

7L’ouvrage se termine par les biographies des coauteur(e)s (11 auteurs sur 12 sont canadiens, dont 5 de l’Université d’Ottawa), et par un index thématique de 6 pages, la table des matières, peu visible, se trouvant reléguée à la suite de la préface, aux pages xx-xxii.

8Le lecteur trouvera dans ce livre une riche matière à réflexion, tant sur les paramètres des politiques linguistiques bilingues que sur les aspects didactiques et éducatifs des dispositifs d’immersion au niveau universitaire, qui doit livrer des cadres bilingues au marché du travail.

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Pour citer

Colette Noyau, L’immersion française à l’université. Politiques et pédagogies
Le français à l'université , 22-01 | 2017
Mise en ligne le: 21 mars 2017, consulté le: 25 juin 2017

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Auteur

Colette Noyau

Université Paris Nanterre (France)

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