Le français à luniversité

L’université en contexte plurilingue dans la dynamique numérique

Krastanka Bozhinova

Référence de l'oeuvre:

Borg, Serge, Maria Cheggour, Nadine Desrochers, Laurent Gajo, Vincent Larivière et Monica Vlad (dir.), (2016), L’université en contexte plurilingue dans la dynamique numérique. Actes du colloque annuel de l’Agence universitaire de la Francophonie, organisé en partenariat avec l’Université Cadi-Ayyad (Marrakech) les 12 et 13 novembre 2015, Éditions des archives contemporaines, Paris, 288 pages.

Texte intégral

1Cet ouvrage réunit 29 contributions d’auteurs ayant participé au colloque L’université en contexte plurilingue dans la dynamique numérique organisé par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) en collaboration avec l’Université Cadi Ayyad les 12 et 13 novembre 2015 à Marrakech. Les experts issus d’une vingtaine de pays se sont interrogés, d’un côté, sur « les enjeux du plurilinguisme pour les universités et les chercheurs » et, de l’autre, sur « la place de la langue française dans la formation et la recherche » (p. ii).

2Les contributions sont organisées en trois parties qui correspondent aux trois axes selon lesquels la thématique a été abordée. L’objectif du colloque ayant été non seulement de définir les problèmes, mais aussi de donner des orientations à l’action au niveau institutionnel (l’AUF, les universités et les autorités publiques), les recommandations adoptées figurent au début de l’ouvrage (p. v-vii).

3Dans la première partie, les interrogations principales concernent les difficultés rencontrées dans l’enseignement du français en milieu plurilingue, ainsi que l’identification de solutions et de bonnes pratiques. La réflexion porte souvent sur l’apport du Web 2.0 pour favoriser la personnalisation de l’apprentissage et développer les dimensions interculturelles, par exemple dans divers projets d’innovation, de télécollaboration ou d’échanges en tandem. Les centres universitaires de langues représentent un exemple de mise en relation réussie d’un « plurilinguisme curriculaire » et du numérique (p. 40). La formation initiale des enseignants de langues étant une des préoccupations centrales, les auteurs appellent à articuler le développement de leurs compétences numériques, didactiques et pédagogiques. Certaines universités européennes comptent sur les atouts du plurilinguisme pour renouveler l’intérêt à la formation philologique (Lettonie), tandis que d’autres offrent des formations au niveau du master centrées sur le plurilinguisme et l’interculturalité (Roumanie).

4La deuxième partie se focalise principalement sur la rupture entre l’apprentissage préuniversitaire où le français n’est pas la langue d’enseignement et les études supérieures suivies en français. Au Maghreb, en République centrafricaine et en Mauritanie, cette rupture est indiquée comme la raison des compétences faibles en français des étudiants, de leurs échecs et abandons. Pour améliorer la situation, les auteurs recommandent l’introduction d’une approche d’enseignement-apprentissage du français contextualisée et adaptée aux besoins des étudiants, la formation continue des enseignants, une meilleure intégration des technologies de l’information et de la communication et la collaboration entre professeurs de disciplines linguistiques et non linguistiques. Le changement de la politique linguistique des États est préconisé également afin de supprimer les incohérences et les déséquilibres. En Haïti, la promotion du numérique est considérée comme « une chance historique pour l’université » (p. 119). En Asie du Sud-Ouest, la mise en place d’« une stratégie politique de la francophonie et des pays concernés et [d’]une stratégie pédagogique » (p. 143) est recommandée afin d’améliorer la situation préoccupante de la langue française. Au Liban, l’Université de Balamand est un exemple d’ouverture sur le plurilinguisme et la diversité culturelle où le français cohabite avec d’autres langues selon « un choix pragmatique » (p. 149). À Maurice et à Madagascar, des études approfondies sont nécessaires afin de comprendre les problèmes des étudiants ayant le français comme L2/LE dans les universités francophones.

5La troisième partie est centrée sur l’usage des langues à l’université et dans la recherche francophone dans un contexte où l’anglais tend à monopoliser l’espace scientifique. Dès l’introduction, les auteurs appellent à dépasser la vision binaire entre langue dominante et dominée pour mettre en valeur « les connexions dynamiques entre langues dans l’université » (p. 163). En outre, il est rappelé que si l’on prend en compte les sphères de la production, de la circulation et de la formation scientifique, l’usage des langues se situe plutôt sur un continuum. Ainsi s’ouvre la voie à une politique plurilingue des sciences et de l’enseignement universitaire au sein de laquelle la place du français devrait être renforcée. Différents modes de communication scientifique plurilingue sont proposés en tant qu’alternative au « monolinguisme passif » (p. 185) ou au « capitalisme académique » qui impose non seulement une lingua franca mais aussi une uniformisation « des dimensions profondes des pratiques scientifiques » (p. 208). L’ouverture de la recherche francophone à l’international et sa valorisation sont illustrées par l’indexation de revues scientifiques dans les bases de données et par les classements de revues en sciences humaines et sociales (SHS) produits par des instances publiques nationales. La question de la traduction en SHS est également abordée en discutant l’exemple de la subvention de la traduction d’ouvrages scientifiques au Canada.

6L’évolution des modes de construction du savoir et de sa diffusion dans la dynamique numérique est analysée à travers les exemples de la plateforme de blogging Hypothèses, du Big Data et du Web participatif, ainsi que de l’« ouvrage numérique dynamique, indépendant, en accès libre » (p. 270). Même s’ils semblent valoriser la place du français parmi d’autres langues selon des configurations souples et assurent une ouverture à l’international, il reste primordial de porter un regard critique sur les enjeux des nouveaux modes de communication scientifique.

7En conclusion, cet ouvrage présente des analyses approfondies des problèmes de l’enseignement supérieur et de la recherche francophone et offre des perspectives à la fois variées et convergentes impliquant le plurilinguisme et la dynamique numérique. Les lecteurs y trouveront des réponses pertinentes à leurs interrogations ou des pistes intéressantes pour poursuivre la recherche dans ce domaine en mutation constante.

8La version pdf de cet ouvrage est téléchargeable gratuitement sur la Bibliothèque des savoirs en partage : http://www.bibliotheque.auf.org/index.php?lvl=notice_display&id=1020

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Pour citer

Krastanka Bozhinova, L’université en contexte plurilingue dans la dynamique numérique
Le français à l'université , 22-01 | 2017
Mise en ligne le: 22 mars 2017, consulté le: 21 octobre 2017

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Auteur

Krastanka Bozhinova

American University in Bulgaria (Bulgarie)

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