Le français à luniversité

Quelle évolution pour les études universitaires de français en Europe centrale et orientale ?

Texte intégral

1L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) en Europe centrale et orientale (ECO) a organisé une réunion des responsables des départements de français de ses universités membres de la région. La rencontre a eu lieu les 24 et 25 novembre 2016 à l’Université de sciences agronomiques et de médecine vétérinaire de Bucarest. Organisée dans le cadre du projet « Dialogue d’expertise » de l’AUF, cette réunion s’est articulée autour de la question de l’évolution des dispositifs universitaires de formation du français et en français dans la région ECO.

2Les objectifs de la rencontre étaient les suivants :
— faire le point sur la situation du français dans l’enseignement supérieur en ECO;
— favoriser les échanges croisés sur le devenir de ces départements;
— encourager la confrontation des réflexions et des expériences des responsables de départements d’études françaises compte tenu de nouveaux enjeux.

3La finalité de cette réunion était de revoir les fonctions et les pratiques des départements universitaires de français au sein des établissements membres en région Europe centrale et orientale, afin de pouvoir adapter le soutien de l’AUF aux besoins des établissements.

4Environ cent responsables des départements de plus de vingt pays de la région, ainsi que des experts du projet « Dialogue d’expertise », ont participé pendant deux jours aux activités prévues dans le cadre de cette réunion. Des représentants des ministères de l’Éducation nationale de l’Albanie, de l’Arménie, de la Géorgie, de la République de Moldova et de la Roumanie ont également été invités à la réunion.

5Les participants ont travaillé en deux ateliers en parallèle. Un atelier a été dédié à l’évolution des départements de langue et littérature françaises : organisation, structure, rénovation, développement. L’autre était consacré à l’évolution des départements/sections de français et centres universitaires de langue française : organisation, structuration de l’offre (FLE, FOS et FOU), pratiques pédagogiques, etc. Ces ateliers ont été animés et modérés respectivement par Anna Butašová (Université Comenius de Bratislava, Slovaquie) et Elisaveta Popovska (Université Saints-Cyrille-et-Méthode de Skopje, Macédoine), et par Jan Goes (Université d’Artois) et Monica Vlad (Université Ovidius Constanţa, Roumanie).

6Dans une atmosphère d’échange et de communication des succès et des échecs quant aux efforts pour un meilleur positionnement de la langue française dans le système éducatif de leurs pays respectifs, les participants ont pu constater le partage de problèmes et de défis semblables. Bien qu’on ne puisse généraliser, car la réalité du terrain et du contexte socioculturel diverge de pays en pays, presque tous les Départements voient diminuer leurs effectifs étudiants. Une telle constatation place au centre le problème de la motivation des jeunes pour s’inscrire aux études de français langue étrangère.

7Les actions concrètes qui conduiraient à la stimulation de l’intérêt des jeunes pour les études françaises peuvent être regroupées en trois niveaux de réalisation :
— le niveau préuniversitaire : l’apprentissage du français dans le primaire et le secondaire;
— le niveau universitaire : les facteurs internes et externes qui déterminent l’offre des formations;
— le niveau postuniversitaire : la possibilité d’insertion professionnelle des diplômés sur le marché du travail.

8Ces trois niveaux ont été évoqués lors des discussions. Leur synergie a été constatée dans le sens que le bien-être d’un niveau conditionne le bien-être de l’autre, formant ainsi une unité indissociable.

9Pour ce qui est des actions préuniversitaires, ce niveau comprend l’organisation et la réalisation des activités promotionnelles auprès des élèves, surtout des lycéens, dans le sens de la dissipation des stéréotypes quant à l’utilité du français pour leur insertion professionnelle et la diversité des offres dont disposent les départements universitaires de français. Cela comprend aussi une communication intense avec les parents et les directeurs des établissements pour éviter que l’arbitraire détermine leurs décisions concernant les langues étrangères que vont apprendre leurs enfants/élèves.

10Le niveau universitaire est un ensemble de facteurs complexes qui se montrent parfois directement dépendants des impulsions créatives du corps enseignant impliqué dans la réalisation des cursus universitaires et est, de la sorte, responsable de l’attractivité des études françaises. Ce corps enseignant doit continuellement tendre vers la rénovation des programmes, des curricula, des maquettes, du contenu des cours et vers la diversification des offres de formation. Les formations doivent répondre à un public diversifié étant donné la baisse continuelle de la maîtrise du français chez les étudiants qui s’inscrivent en première année de leurs études de premier cycle en FLE. Il faut prévoir, dans les curricula, des cours de remise à niveau, des mesures pour diminuer les décrochages et pour assurer une meilleure progression. Il est souhaitable de mettre en place des laboratoires de langues qui permettront aux étudiants de travailler en autonomie, plutôt une autonomie guidée par l’enseignant, ou en tandem avec un natif francophone. Donc, l’établissement d’un environnement numérique pour les étudiants et l’utilisation de nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement s’imposent comme impératifs pour une meilleure réalisation des études universitaires.

11Le segment recherche doit continuellement s’améliorer : les enseignants doivent avoir un plus grand accès aux ressources et aux bases des données (parfois cet accès ne peut se réaliser autrement que par la voie institutionnelle); les revues françaises et francophones, surtout du domaine des sciences humaines, doivent se voir indexer dans les listes internationales des revues de références; il faut favoriser la mise en réseau et la constitution d’un répertoire des chercheurs et des centres de recherches de la région.

12Il est nécessaire de mener des réflexions stratégiques sur les possibilités d’offrir dans tout le dispositif LMD (à part les filières didactiques, traduction et interprétation) d’autres formations de nature transversale et interdisciplinaire et qui mettraient en œuvre, selon le modèle majeur/mineur ou à même titre, deux ou trois langues étrangères, y compris, obligatoirement, le français. Prévoir des ouvertures vers d’autres métiers, par exemple les industries culturelles, les industries créatives ou le tourisme, renforcerait la composante plurilingue qui se montre de plus en plus indispensable pour exercer des professions à l’échelle internationale.

13Pour être en corrélation avec les mouvements économiques actuels, les Départements universitaires de français doivent mieux répondre à la demande sociale, améliorer l’employabilité de leurs diplômés, maintenir des relations plus étroites avec les acteurs du marché du travail. Il faut prévoir l’existence de bureaux ou de centres de stage dans le cadre des universités qui travailleraient sur l’identification des partenaires économiques assurant des stages aux étudiants (y compris des stages didactiques) et sur l’élaboration des projets communs avec les employeurs afin de procurer une insertion professionnelle correspondant à la formation des diplômés.

14À la suite de travaux réalisés dans le cadre des ateliers, des solutions possibles qui pourraient être mises en pratique dans les universités ont été relevées :
  • Améliorer la visibilité des formations auprès du public (présence sur la toile, compte Facebook, visite dans les établissements d’enseignement secondaire)
  • Améliorer la collaboration avec le milieu professionnel (chambres de commerce, ministères compétents et entreprises)
  • Insister sur les possibilités offertes par l’apprentissage du français et son utilité sur le marché de l’emploi (dépliant, salon de l’emploi, etc.)
  • Mettre en valeur le parcours des anciens (alumni), ces derniers étant les meilleurs promoteurs de la formation, à travers la réalisation d’une enquête d’insertion
  • Mettre en place des activités interactives entre enseignants, étudiants et lycéens
  • Informer les futurs étudiants sur les opportunités de stages et d’études à l’étranger dans le cadre de leurs études
  • Rendre plus attrayantes les études de français (postes de lecteurs dans tous les départements de français)
  • Favoriser l’insertion des nouveaux étudiants dans leur nouvel environnement (organisation d’activités informelles par l’entremise des associations estudiantines)
  • Motiver les étudiants par l’intermédiaire des Centres de réussite universitaires (CRU) et l’organisation de concours, de clubs de conversation et d’activités culturelles, notamment
  • Encourager le travail collectif (formation de tandems linguistiques)
  • Former les étudiants à l’autonomie (tutorat de remise à niveau, accompagnement à la recherche bibliographique)
  • Renforcer la présence du français dans d’autres filières (droit, économie, etc.)
  • Mettre en place des programmes d’études (surtout des masters) en cotutelle entre les universités roumaines
  • Proposer un supplément de diplôme si un certain nombre de modules de français est suivi
  • Mieux adapter les formations à un public plus diversifié
  • Accroître l’effort relatif à la progression des formations (renforcement des compétences en langue en première année)
  • Ouvrir les formations au monde professionnel
  • Diversifier l’offre de formation (FLE, FOS, FOU)
  • Proposer des cours à distance, en ligne (demi-présentiels)
  • Favoriser l’accès aux bases de données et aux publications scientifiques francophones
  • Valoriser les publications scientifiques francophones et aider à la reconnaissance du français comme langue de publication des résultats de la recherche
  • Constituer un réseau des chercheurs de l’ECO

15L’AUF remercie les rapporteurs des ateliers 1 et 2, Elisaveta Popovska et Monica Vlad, dont les synthèses ont été reprises partiellement dans cet article.

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Pour citer

Quelle évolution pour les études universitaires de français en Europe centrale et orientale ?
Le français à l'université , 21-04 | 2016
Mise en ligne le: 16 août 2017, consulté le: 18 janvier 2019

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