Le français à luniversité

Une formation diplômante à l’université de Delhi pour les enseignants de français en Inde : contexte et retour d’expérience

Farida Irani

Texte intégral

1Parmi les langues étrangères en Inde, pour des raisons historiques, politiques et autres, le français1 a toujours occupé une place privilégiée. Par conséquent, il y a bon nombre d’institutions qui offrent une grande gamme de cours de français qu’on pourrait diviser en deux catégories distinctes : scolaires2 et parascolaires3. Ces quelques observations nous permettent de constater qu’il y a une demande énorme d’enseignants de français. Or, là, un problème se pose : quoiqu’il existe des tentatives diverses et dispersées de formation (formations initiales et continues pour les enseignants des Alliances, des stages de recyclage pour les enseignants, en Inde ou en France), il n’y a pas une formation officielle, voire diplômante pour des enseignants de français (un certificat d’aptitude, une maîtrise FLE). Ainsi, très souvent, on a des enseignants d’écoles dont la formation se limite à un niveau A2 +. Ceci conduit à une certaine exploitation financière : des salaires bas et aucune perspective de titularisation. Pour combler cette lacune, depuis 2005, une réflexion a été menée au sein du Department of Germanic and Romance Studies (DGRS) de l’Université de Delhi, avec le soutien et la collaboration des Ambassades et des Instituts culturels, pour mettre en place une formation des enseignants de langues étrangères4. De 2007 à 2013, l’Université de Delhi a offert un Post Graduate Diploma in Foreign Language Education (PGDFLE).

2Présentons brièvement la structure de ce programme d’études et de ses spécificités. Il y a 8 modules au total, dont :

  • 4 portent sur le développement d’un cadre théorique avec une visée pratique et comptent environ 120 heures de cours, par exemple comment enseigner la grammaire, le vocabulaire et la prononciation, le développement des 4 compétences, l’interculturel et le multilinguisme, enseigner le français sur objectifs spécifiques5, l’évaluation.

  • Les méthodes et les approches pour enseigner une langue étrangère font l’objet d’un cours commun à toutes les langues. Les stagiaires se divisent en 4-5 petits groupes. Dans la mesure du possible, il y a un représentant par langue dans chaque groupe. Ceux-là choisissent une méthode ou approche et tentent de préparer et de donner un cours de 20 minutes pour démontrer les principes de cette méthode/approche;

  • 1 sur la préparation d’une unité pédagogique comprenant 4 leçons;

  • 1 sur l’observation des cours à partir des fiches d’observation (30 heures d’observation + 10 heures de discussion et d’analyse d’observation) qui aboutissent à un rapport d’observation (30 pages environ). L’observation se passe dans une école, dans les cours à temps partiel et les cours de licence à l’Université;

  • Il y a également 60 heures de stage pédagogique (40 heures d’enseignement guidé + 20 heures de discussion, de préparation et d’analyse) qui aboutissent à un rapport d’observation;

  • Finalement, un projet de recherche d’environ 80-100 pages.

3La description faite ci-dessus nous permet de constater que c’est un programme intensif et rigoureux qui a un bon équilibre théorique et pratique. Ce programme, qui vise un public travaillant dans les établissements scolaires ainsi qu’un public de débutants, se déroule sur deux semestres au rythme de 4 heures par semaine, tous les samedis après-midi. Il y a un week-end intensif par semestre6.

4En conclusion, parlons du retour des stagiaires (2007-2013)7 ainsi que des problèmes rencontrés lors de la mise en pratique de ce programme. Lors des enquêtes annuelles, les stagiaires ont exprimé leur satisfaction concernant la qualité de la formation, des formateurs, du contenu et de l’organisation des cours. Et bien qu’ils aient unanimement mentionné la lourdeur du programme, aucun abandon n’a jamais eu lieu en français. Tous sont d’accord pour dire que ce programme les a aidés à réfléchir et à améliorer leur qualité d’enseignement. Dès la deuxième année de sa mise en place, nous avons noté que certains établissements ont reconnu ce diplôme universitaire et ont titularisé leurs enseignants en leur donnant le salaire qui correspondait. Malgré ces résultats positifs, nous avons été obligés de suspendre la formation en 2013 faute de candidats ou de formateurs dans les langues autres que le français. Nous sommes actuellement en train de réfléchir sur un moyen de continuer cette formation pour les enseignants de français dont la demande ne cesse de s’accroître.

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Notes

1 Ce sont les sœurs belges/françaises qui ont introduit le français dans le milieu scolaire indien. En outre, les Français ont établi leur présence en Inde d’abord par le commerce et par la suite par des colonies dans le Sud et l’Est de l’Inde.

2 Les écoles et universités publiques et privées, les écoles d’hôtellerie, de tourisme…

3 Les Alliances françaises, les instituts privés…

4 En plus du français, les autres langues sont l’allemand, l’espagnol, l’italien et le portugais.

5 Aujourd’hui en Inde, après la licence ou les études de niveau B1/B2, les étudiants travaillent dans des multinationales, des centres d’appel, soit comme traducteurs, formateurs en langues, analystes, opérateurs téléphoniques…

6 Samedi et dimanche, à raison de 6 heures par jour.

7 Entre 20 et 25 par an, toutes langues confondues. En français, il y avait en moyenne 7-8 stagiaires par an.

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Pour citer

Farida Irani, Une formation diplômante à l’université de Delhi pour les enseignants de français en Inde : contexte et retour d’expérience
Le français à l'université , 21-04 | 2016
Mise en ligne le: 19 décembre 2016, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Farida Irani

Université de Delhi (Inde)

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