Le français à luniversité

Le français dans l’Océan Indien

Rada Tirvassen

Texte intégral

1Ce dossier « Sous la loupe — Océan Indien » est consacré à un certain nombre de projets spécifiques, de réformes nationales majeures, ou encore il reprend l’historique de l’enseignement-apprentissage du français dans des contextes où cet enseignement est plutôt inattendu.

2Commençons par ce dernier point : la place privilégiée qu’occupe le français parmi l’ensemble des langues étrangères à l’université de New Delhi ou à l’université de Pretoria permet de rendre compte de ce que peut représenter la langue française dans des universités qui ont une longue tradition anglophone. Les raisons de ce rayonnement sont très contextuelles : l’histoire de l’enseignement du français en Afrique du Sud est liée aux grands événements historiques qui ont façonné ce pays; en Inde, pour des raisons historiques et politiques, notamment, le français a toujours occupé une place privilégiée parmi les langues étrangères. Cependant, il n’existe pas de formation officielle pour les enseignants de français, ce qui pose un défi supplémentaire.

3Sur un tout autre plan, l’évaluation de la malgachisation ou encore le tableau brossé sur l’introduction du créole à l’île Maurice montrent que le français est une des composantes d’un plurilinguisme dynamique marqué par des décisions de politique linguistique, parfois courageuses, en tout cas complexes. Enfin, la mise en place du système LMD (Licence-Master-Doctorat) à Madagascar, projet qui a d’ailleurs connu un progrès significatif, montre que les universités du Sud connaissent des innovations majeures. Il m’a semblé qu’il était utile de faire un rapide compte rendu de ces différents aspects de la vie de nos universités pour montrer à quel point nos institutions d’enseignement supérieur connaissent des expériences non seulement nouvelles, mais aussi différentes.

4Ce qui m’amène à mon deuxième point. Si le Bureau Océan Indien de l’Agence universitaire de la Francophonie couvre, au départ, six territoires, il s’est ouvert à l’Afrique du Sud et regroupe désormais dix pays1. Moi-même directeur du département des langues européennes modernes, j’ai découvert une institution ouverte à la francophonie puisque, comme le souligne le texte consacré à l’université de Pretoria, le français est la langue qui attire le plus grand nombre d’étudiants parmi les langues qu’offre mon département (l’allemand, le portugais et l’espagnol, outre évidemment le français). Là encore, j’éviterai une réflexion de type sociolinguistique qui tenterait d’expliquer les raisons de cette attraction qu’éprouvent les jeunes pour cette langue : je voulais tout simplement montrer l’existence d’une francophonie dont le succès ne se limite pas seulement à l’apprentissage de la langue, mais comprend aussi l’ouverture à la littérature, notamment celle que produisent les pays de l’Afrique francophone.

5Autant dire que ce bulletin sert d’abord à partager des informations sur des aspects méconnus non seulement du français, mais également des destins divers de ce qu’on nomme les langues nationales. Je crois qu’il peut ensuite jeter les bases pour l’émergence d’une communauté de chercheurs dans une zone où la francophonie a un statut variable. J’ai eu l’occasion de dire qu’en raison de son passé politique et de l’histoire de son peuplement, la zone du sud-ouest de l’Océan Indien offre un paysage plurilingue au sein duquel le français occupe une place significative. Il serait intéressant de dépasser ce cadre et de replacer le rayonnement du français dans les pays que couvre le bureau de l’Océan Indien de l’AUF pour une réflexion sans doute plus complexe, mais aussi plus riche. Celle-ci ne devrait d’ailleurs pas se limiter au phénomène sociolinguistique, mais devrait s’intéresser à la production et à la « consommation » littéraire, celle notamment de l’Afrique francophone, dans un paysage universitaire qui veut s’ouvrir aux pratiques culturelles du Sud.  

6Enfin, je termine en remerciant vivement tous les auteurs qui ont contribué à ce numéro. Mes remerciements vont aussi à Amélie Nadeau pour sa contribution, inestimable d’ailleurs, à la réalisation de ce bulletin.

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Notes

1 Afrique du Sud, Comores, Inde, Kenya, La Réunion (France), Madagascar, Maurice, Mozambique, Seychelles, Tanzanie (voir https://www.auf.org/bureau/bureau-ocean-indien/propos/pre/)

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Pour citer

Rada Tirvassen, Le français dans l’Océan Indien
Le français à l'université , 21-04 | 2016
Mise en ligne le: 19 décembre 2016, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Rada Tirvassen

Université de Pretoria (Afrique du Sud)

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