Le français à luniversité

The Impact of French on the African Vernacular Languages. For Better or for Worse ? Gabon as a Case Study

Ndèye Maty Paye

Référence de l'oeuvre:

Boussougou, Sosthène et Karim Menacere, (2015), The Impact of French on the African Vernacular Languages. For Better or for Worse ? Gabon as a Case Study, Cambridge Scholars Publishing, Newcastle upon Tyne, 145 pages.

Texte intégral

The Impact Of French On The African Vernacular Languages. For Better Or For Worse ? Gabon As Case Of Study (L’impact du français sur les langues vernaculaires africaines. Pour le meilleur ou pour le pire ? Étude de cas du Gabon, nous traduisons) est le fruit d’une collaboration entre deux auteurs : Sosthène Boussougou et Karim Menacere. Cet ouvrage nous rappelle la place importante des sciences du langage dans le débat et la réflexion socioéconomiques, comme le révèle cette étude de cas menée au Gabon. Il ne s’agit plus d’une volonté de croissance économique, mais de développement. Or, ce dernier ne peut se faire sans parler d’éducation, de culture, de santé, de langues, etc. Le point central de l’ouvrage reste le rappel incessant de la connexion entre langue et culture. Un lien indéniable existe entre les deux, d’où même la préférence de langues-cultures, l’un étant l’interface de l’autre.

1L’ouvrage mise sur une approche diachronique qui retrace l’histoire politique de la langue française et ses conséquences au Gabon, de la période précoloniale à celle postcoloniale. Les différentes politiques linguistiques du pays ont toujours été en faveur de la langue française et laxistes avec les langues vernaculaires locales. En effet, les autorités et les régimes politiques successifs ont cultivé le statut prestigieux de la langue française, érigée au rang de langue officielle, tout en négligeant simultanément les langues locales gabonaises, dont le statut est flou et évasif. Pas une seule des 40 langues locales (cf. tableau intitulé « The forty langages of Gabon », Katzner K., 2002), par exemple le fang, le punu, le ngom, le baka..., n’occupe la place de langue nationale dans le pays, pour préserver l’identité culturelle. Aucune décision majeure pour les langues vernaculaires n’a encore été envisagée. Les autorités voient dans la diversité linguistique et culturelle non pas une source de cohésion, mais plutôt une complexité, une voie de division ethnique et de frustration. Aucune action linguistique pour réguler, coordonner l’usage des langues locales n’est envisagée. Ainsi, le prestige du français est cautionné par la volonté politique, qui voit dans la langue française plus qu’un héritage colonial, un bien culturel, une partie intégrante du Gabon, un moyen de régler les problèmes d’alphabétisation.

2Cette situation a une incidence inquiétante : le français est la langue unique de scolarisation au Gabon, là où les langues vernaculaires sont écartées, marginalisées du système scolaire et universitaire. Les conséquences sont lourdes selon l’enquête de nos deux chercheurs. Celle-ci a été réalisée auprès de 2 400 répondants parmi lesquels des élèves du primaire, du secondaire, des étudiants, de parents, résidant à Libreville et ses alentours. Leur investigation permet de sonder les évaluations, les pratiques, les attitudes face au français et aux langues locales. Une analyse quantitative permet d’obtenir une vue d’ensemble sur la situation linguistique gabonaise, précisée par quelques entretiens pour approfondir la recherche.

3Le postulat posé est que les langues locales sont en voie d’extinction et de disparition au profit de la langue française au Gabon. D’après les données, le français est vu comme la langue de la modernité, du prestige, de la renommée sociale, langue de progrès, et de réussite. Il n’en demeure pas moins que l’épanouissement de la langue française, prisé par l’élite gabonaise et le cercle des intellectuels, coïncide avec des retombées négatives sur les langues locales abandonnées, ignorées par les autochtones. La transmission générationnelle des langues maternelles africaines des parents vers les enfants s’interrompt dans les foyers. Beaucoup ont du mal à parler les langues endogènes sans recours au français. Les pratiques linguistiques sont justifiées par la préférence pour le français apprécié en tant que langue de communication internationale, langue de développement et de réussite sociale. Nous découvrons par exemple que 96 % des Punu et 98 % des Fang dans les écoles primaires utilisent le français à l’école, avec la famille, les amis… à l’exemple de leurs parents. Ce qui laisse peu de place aux langues locales, dont le nombre de locuteurs est réduit et progressivement remplacé par le français. Les auteurs tirent la sonnette d’alarme en montrant que beaucoup d’enfants sont des natifs du français.

4Au Gabon, ce n’est pas seulement la langue française qui s’est imposée; sa vision, sa culture sont ancrées dans la vie, créant une dépendance vis-à-vis de la France, d’où un néocolonialisme subtil, qui ne dit pas son nom, et une mainmise de la France sur le Gabon. Ce dernier, malgré son indépendance, est sous contrôle français à travers les accords politico-économiques de partenariat. Au même moment, l’oubli et l’abandon des cultures endogènes des nouvelles opportunités économiques à l’intérieur même du pays sont ressentis. L’intérêt de l’ouvrage réside dans son engagement à revaloriser les langues-cultures au Gabon. Que devient un peuple sans culture ? Le Gabon tend dangereusement vers le monolinguisme, l’homogénéisation des cultures et des pensées, l’assimilation. Les produits culturels français sont consommés par les enquêtés à travers les activités de lecture, d’écriture nécessaires à la formation scolaire et universitaire, là où la littérature et la culture gabonaises sont presque omises des programmes.

5Le livre se referme en posant un cadre conceptuel basé sur la théorie des langues. Elle s’élabore en reliant la langue à la culture, de manière inclusive. Le modèle gabonais analysé offre à ce titre l’opportunité de saisir que la langue n’est pas seulement un instrument de communication virtuelle; au-delà, elle est le reflet de la société qui la parle, d’une vision et d’une culture. Elle constitue une provision matérialisée par la culture. La théorie des langues prône la considération des traits culturels dans toute langue, afin de permettre le développement. L’observation produite a pour finalité de sortir les autorités politiques de leurs réserves pour mettre en œuvre d’abord des décisions puis une planification linguistique adéquate en faveur des langues vernaculaires du Gabon. Pour attirer l’attention des gouvernements et de l’Organisation internationale de la Francophonie, Sosthène Boussougou et Karim Menacere sont dans la prescription, en faisant remarquer qu’une politique linguistique va au-delà d’une simple reconnaissance de la diversité culturelle et linguistique du Gabon, et en général de l’Afrique. Il faut alors penser à des mesures à long terme pour favoriser la vitalité des langues vernaculaires. Les questionnaires et les guides d’entretiens en annexe de l’ouvrage peuvent être repensés par les chercheurs africains, de façon globale, pour voir les similarités et les divergences des contextes.

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Pour citer

Ndèye Maty Paye, The Impact of French on the African Vernacular Languages. For Better or for Worse ? Gabon as a Case Study
Le français à l'université , 21-04 | 2016
Mise en ligne le: 05 décembre 2016, consulté le: 25 mai 2019

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Auteur

Ndèye Maty Paye

Université de Gambie (Gambie)

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