Le français à luniversité

Savoir lire 

Colette Noyau

Référence de l'oeuvre:

(2015), « Savoir lire », Revue française de linguistique appliquée, volume XX-2, décembre 2015, Éditions De Werelt, Amsterdam, 120 pages.

Texte intégral

1Cette livraison de la Revue française de linguistique appliquée (RFLA), qui publie deux numéros thématiques par an, porte sur les compétences en lecture, et le fait sous des angles très variés, visant à élargir la vision de ce qui constitue la capacité de lecture et des angles sous lesquels elle peut être évaluée, développée, favorisée dans des activités spécifiques.

2Les deux premiers articles analysent les démarches de grands dispositifs d’évaluation des compétences en lecture.

3D. Lafontaine et P. Schillings traitent de l’élaboration des enquêtes internationales récurrentes PIRLS et PISA, qui permettent des comparaisons intranationales et internations des pays de l’OCDE et quelques autres, et des suivis de l’évolution du rendement des systèmes éducatifs, respectivement chez les écoliers de 9-10 ans (dans 58 pays), et chez les adolescents de 15 ans (dans 65 pays), et s’appuient sur le bilan qu’on peut en faire pour réfléchir sur l’évolution à venir des démarches évaluatives.

4J.-M. De Ketele présente les épreuves externes certificatives de la Belgique francophone, qu’il a contribué à concevoir, et dont il met en relation les démarches avec les orientations didactiques et pédagogiques actuelles. Épreuves visant les « compétences-socle » à destination des paliers du primaire et du début du secondaire, visant les « compétences terminales » en fin de secondaire, très contextualisées, reposant sur des situations et tâches complexes et un riche portfolio de documents, grilles d’évaluation critériée en cohérence avec les référentiels et visant une haute fiabilité de correction.

5J. Ecalle et A. Magnan abordent la lecture chez les élèves de primaire et de collège en difficulté, via la validation de deux logiciels d’aide à surmonter les difficultés en lecture, l’un sur l’identification de mots écrits (s’appuyant sur les unités syllabiques de traitement), l’autre sur la compréhension (extraction d’informations et construction d’inférences). Ils analysent les avantages de ces outils individualisables et les effets des interventions en classe utilisant ces outils. Les auteurs concluent en préconisant des ateliers de réduction des difficultés en lecture au primaire et au collège selon ces principes, et selon une démarche : évaluation — entraînement – réévaluation, qui demande cependant de former les enseignants à leur utilisation.

6S. Pacton et A. Afonso Jaco s’attellent dans une démarche expérimentale à la question des façons dont les enfants apprennent l’orthographe des mots. Outre les connaissances phonographémiques permettant le décodage, ils doivent acquérir (explicitement ou pas) des connaissances sur l’orthographe lexicale, sur les régularités d’ordonnancement des lettres, et sur les morphèmes donnant une information grammaticale. Les expériences montrent qu’à côté du décodage, les connaissances graphotactiques et morphologiques ont un impact important sur la lecture, la nature de l’interaction entre ces trois types de connaissances devant être explorée davantage.  

7H. Yoo, E. Delais-Roussarie, D. Lolive et N. Barbot étudient le rôle du rythme de la parole (synthétique vs naturelle) dans la lecture oralisée. Ils croisent le type de parole (naturelle vs synthétique), le genre de texte (comptines ou poèmes vs récits) et la situation d’allocution (parole adressée à un enfant vs à un adulte). Le débit de parole et la vitesse d’articulation varient fortement selon le genre textuel, mais la voix synthétique se situe entre voix d’homme et voix de femme. Si les comptines sont le genre le mieux réussi par la voix synthétique, le manque de naturel dans l’allongement des syllabes finales de groupe prosodique serait à renvoyer à un manque de cohérence dans les taux d’allongement selon la structure prosodique (mot phonologique vs syntagme phonologique). Ces analyses permettront d’améliorer la qualité des dispositifs de voix synthétique.

8Les deux derniers articles traitent de la lisibilité.

9T. François propose un nouveau paradigme d’évaluation de la lisibilité (readability, le seul article en anglais du volume), s’appuyant sur les progrès récents du traitement automatique du langage (TAL).

10Enfin, J. Le Maux s’attaque au manque avéré de lisibilité des textes d’information comptable et financière, potentiellement générateur de conséquences coûteuses, par une revue de littérature — essentiellement anglophone — qui expose les indices quantitatifs de lisibilité fréquemment utilisés, comme la longueur des mots (agissant sur la vitesse de reconnaissance du mot) et celle des phrases (agissant sur la charge de la mémoire de travail). L’article ouvre sur des solutions, adaptées à la communication financière, consignées en 1998 dans un guide de langage simple (plain English) adapté au grand public (investisseur), qui repose sur une dizaine de grandes exigences : phrases courtes, voix active, pas de jargon légal, pas de phrases doublement négatives, etc. Cette réglementation a nettement influé sur la lisibilité des documents similaires mis en circulation depuis.

11En conclusion, on peut dire que ce volume rassemble des études très diverses sur le « Savoir lire », envisageant les évaluations nationales et internationales des capacités de lecture chez les élèves, l’apprentissage à devenir un lecteur efficace, les interactions entre divers types d’indices dans la lecture, les dispositifs automatiques de lecture à haute voix et, enfin, les aménagements à apporter aux textes complexes pour permettre qu’ils soient lus et compris.

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Pour citer

Colette Noyau, Savoir lire 
Le français à l'université , 21-02 | 2016
Mise en ligne le: 08 juin 2016, consulté le: 10 décembre 2018

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Auteur

Colette Noyau

Université Paris Ouest Nanterre (France)

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