Le français à luniversité

Discours et communication didactiques en FLE

Anca Gâţă

Référence de l'oeuvre:

Bellachhab, Abdelhadi, Olga Galatanu et Rana Kandeel (dir.), (2015), Discours et communication didactiques en FLE, coll. « GRAMM-R. Études de linguistique française / GRAMM-R. Studies of French Linguistics », volume 28, Peter Lang, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 225 pages.

Texte intégral

Dans leur préface, concernant le discours et la communication en FLE, les éditeurs du volume font une présentation assez détaillée des recherches présentées au colloque sur le même thème organisé par l’Université de Nantes et l’Université du Yarmouk en Jordanie. Le volume s’intéresse à la valorisation des recherches en linguistique dans le domaine de la didactique des langues étrangères, et plus particulièrement du français.

1La première partie de la monographie présente les fondements théoriques de l’analyse et de la programmation de la communication didactique. L’article d’Olga Galatanu, « Construction discursive et acquisition des significations linguistiques » (p. 21-46), comportant une riche bibliographie (87 titres), porte sur l’acquisition des compétences sémantique et pragmatique. L’hypothèse de départ de l’auteure est la suivante : le potentiel discursif et argumentatif de la signification lexicale, tel qu’il est saisi par le locuteur sur le palier sémantique, a une influence décisive sur « la fluidité et la pertinence dans la performance des actes discursifs » (p. 12). L’auteure fait appel à sa propre théorie, la sémantique des possibles argumentatifs, afin de surprendre le langage comme « outil de construction des représentations conceptuelles et d’expression de l’expérience subjective et intersubjective culturelle » (p. 25). Elle propose plusieurs pistes de recherche concernant les représentations sémantiques et culturelles et les réalisations linguistiques des actes de langage rassurants et menaçants. L’auteure fait voir que les apprenants d’une langue étrangère ou seconde ont des difficultés à mobiliser les entités linguistiques de manière pertinente afin de réaliser certains actes discursifs sans un apprentissage préalable du fonctionnement de ces entités linguistiques dans le contexte (y compris le co-texte). La part d’originalité du programme de recherche vient du fait que les différences culturelles peuvent être ainsi identifiées aux niveaux contextuel et strictement linguistique. Abdelhadi Bellachhab propose, dans son article « Quelle transposition didactique pour les actes de langage? Le cas de l’excuse » (p. 47-60), une analyse pragmatique de l’excuse, apte à informer la transposition didactique de cet acte de langage. Elle peut être également utile à une analyse des manuels en vue de la transmission des « savoirs » concernant cet acte de langage. L’étude présente rapidement le traitement des actes de langage dans Un niveau-seuil, pour passer à l’identification des caractéristiques générales de la présentation de l’acte s’excuser dans Un niveau-seuil et de quelques défauts de cette approche. L’étude se poursuit par une discussion concernant le traitement du même acte de langage dans six manuels de FLE. Selon l’auteur, les occurrences de l’acte d’excuse dans les manuels analysés sont peu nombreuses, les présentations sont limitées et peu claires, prenant peu en compte les divers contextes où l’acte est réalisé. Cet exemple permet à l’auteur de démontrer que la perspective du niveau-seuil tout comme celle des manuels ne parviennent pas à vraiment surprendre, par des transpositions didactiques, la notion originale d’acte de langage, telle que nous la présente la théorie. Dans « Activités métalinguistiques et pratiques métadiscursives en cours de licence de français » (p. 61-79), Nadjma Cherrad discute à propos d’un noyau dur de l’activité d’enseignement au niveau académique. Sa recherche porte en égale mesure sur le discours des enseignants et celui des étudiants, un terrain de recherche assez peu exploré. L’auteure s’intéresse aux paraphrases (explicatives, d’autorégulation de la discursivité), à la négociation de la discursivité par l’intermédiaire de la paraphrase, aux reprises de divers types et, plus généralement, aux négociations des sens par explication, et aussi par formulation et vérification d’hypothèses. L’étude montre le rôle important de ces opérations discursives du côté de l’enseignant et du côté de l’apprenant, ayant « un caractère interactif manifeste ainsi qu’un aspect collaboratif dynamique » (p. 78).

2La deuxième partie de l’ouvrage est dédiée à l’étude des diverses pratiques discursives, à savoir les discours officiels, ceux d’enseignants et d’apprenants, les prises de parole et les interactions verbales en classe de FLE. Dima Hamzé discute à propos des « Représentations et usages du français à l’Université islamique du Liban » (p. 83-92), où le français n’a pas pénétré ou ne peut pas pénétrer encore largement. Il est en concurrence avec l’arabe, qui est préféré pour les explications et la présentation des raisonnements dans les facultés de droit et de sciences religieuses. Même si l’université veut promouvoir le français, elle se heurte, selon l’auteure, au statut du français langue étrangère au lycée. Nous croyons cependant que la cause des faits observés par l’auteure peut être la résistance naturelle des enseignants dans des domaines aussi particuliers que le droit et les sciences religieuses. Elena Comes présente un master de FLE et plurilinguisme en langues romanes (p. 93-107). Dans l’esprit de la didactique du plurilinguisme, il s’agissait de proposer à des Roumains natifs diplômés ès lettres (langue et littérature françaises et une autre langue romane étrangère [italien, espagnol, portugais]) un master exploitant au maximum les valences de l’intercompréhension en langues romanes. Fatima Zohra Sakrane et Denis Legros proposent l’article intitulé « Rôle des connaissances antérieures dans l’activité de mise en mots de texte explicatif en L2 en contexte plurilingue. Effet des interactions verbales » (p. 109-125). Les auteurs étudient principalement les interactions verbales dans le processus d’enseignement-apprentissage. Les principes adoptés leur permettent d’analyser les effets du travail collaboratif sur l’activation des connaissances et le développement des compétences rédactionnelles des apprenants de L2. L’apprentissage collaboratif a été visé dans cette étude pour les processus de mise en mots au cours de l’activité de production écrite. L’analyse a concerné surtout les premiers jets d’idées produits individuellement par les participants et les idées produites lors d’une nouvelle planification à la suite de la lecture d’un texte d’aide individuellement et dans divers types de binômes.

3La troisième partie de l’ouvrage est consacrée à la programmation et aux programmes d’enseignement du FLE, du FOS, du FOU, du français de spécialité et du français professionnel. Éliane Damette discute « L’apport de la didactique des langues-cultures et de l’approche par la compétence argumentative à l’enseignement/apprentissage du droit français » (p. 129-141). L’auteure s’attache à préciser que l’argumentation juridique repose sur une bonne connaissance du domaine. L’étude porte sur un cas particulier : le français juridique dispensé à des étudiants non francophones par une formation en ligne de préparation à l’étude du droit en français. L’approche est celle de la didactique des langues-cultures, proposée par Robert Galisson (1994). L’auteure présente méthodiquement et de manière pertinente les démarches d’une telle entreprise en insistant sur la corrélation entre les types d’activités à faire par l’étudiant et les diverses compétences que ces activités lui permettent d’acquérir. L’article de Wajiha Smaili, « Un programme FOS pour étudiants anglophones en Génie à l’université libanaise. Analyse des discours pédagogiques universitaires et implications didactiques » (p. 143-159), propose des observations autour de données pourvues par une enquête pratiquée sur un échantillon d’étudiants. L’auteure fait une analyse des caractéristiques discursives des polycopiés qui lui permet d’identifier des opérations discursives de définition, démonstration, description/caractérisation, présentation d’un processus. Elle propose des orientations pour la didactique de la compréhension orale et écrite, en concluant que la programmation didactique profiterait de la prise en compte des résultats de cette analyse. Yasmine Adib discute à propos de l’« Évaluation des acquis d’apprenants du français langue étrangère en module de Technique d’expression écrite et orale en 1re année universitaire » (p. 161-169). Elle montre que son expérience didactique lui a permis d’identifier, dans les cadres de l’étude, une série d’erreurs des apprenants aux niveaux phonétique, lexical, syntaxique, discursif et de morphosyntaxe verbale. La conclusion plaide en faveur de l’idée que l’apprenant apprend moins s’il n’est pas impliqué et si l’enseignant préfère les pratiques directives. Sophie Le Gal parle de « La formation linguistique des conseillers en télécommunication au Maroc. Le cas de la communication médiée par ordinateur » (p. 171-183). L’analyse et l’interprétation des données sont menées rigoureusement, débouchant sur une proposition de programmation du français langue professionnelle ayant comme composantes une méthodologie et des principes à suivre dans les cours de français. L’auteure souligne la nécessité de donner une attention importante aux composantes linguistique, socioculturelle, discursive/pragmatique et stratégique afin de pourvoir une bonne formation aux professionnels.

4L’ouvrage se clôt par la quatrième partie, concernée avec des réflexions à propos des programmes TIC d’enseignement et de formation en FLE et la formation des formateurs. Les deux articles de cette section, « Les TIC pour l’enseignement du FLE en Jordanie. Réflexions sur l’architecture du site Internet » (p. 187-203), de Rana Kandeel, et « Contextualisation du discours d’enseignement. Avantages d’un cours e-learning de français langue étrangère pour des débutants arabophones » (p. 205-225), de Carine Zanchi, montrent, d’une part, que l’intégration des TIC dans l’enseignement du français ne peut pas se faire sans des formations appropriées pour l’utilisation des ressources et l’existence des divers espaces de communication et, d’autre part, que les TICE offrent une alternative à l’absence de manuels de français contextualisés en milieu arabophone, entraînant l’apprenant à découvrir tout seul le texte écrit français et à communiquer au moins de manière virtuelle.

5La thématique du volume et la problématique abordée à travers des expériences d’enseignement dans le domaine francophone viennent révéler le nécessaire chaînon entre linguistique et linguistique appliquée. Les réflexions théoriques sont bienvenues en tout début de la monographie, mais elles accompagnent heureusement toutes les études et les analyses présentées dans l’ouvrage, en pouvant servir de point de départ pour des recherches ultérieures dans les mêmes domaines. La troisième section de la monographie, celle qui concerne la programmation, peut être particulièrement utile à des enseignants des universités pour remédier aux éventuels défauts des cours dispensés actuellement. L’ouvrage est utile à des formateurs de FLE, de FOS ou de français professionnel, à des doctorants dans le domaine de la didactique, de la formation, de l’éducation et de la pédagogie.

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Pour citer

Anca Gâţă, Discours et communication didactiques en FLE
Le français à l'université , 21-02 | 2016
Mise en ligne le: 09 mai 2016, consulté le: 25 août 2019

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Auteur

Anca Gâţă

Université Dunarea de Jos de Galati (Roumanie)

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