Le français à luniversité

Le rôle de l’association des professeurs de français en Ouganda (APFO) dans le développement du français et dans la valorisation de la recherche scientifique en français au niveau universitaire en Ouganda

Milburga Atcero

Texte intégral

1Introduction
L’Ouganda fait partie des pays membres de la communauté de l’Afrique de l’Est qui comprend le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. C’est un pays plurilingue où on parle des langues locales issues de tribus différentes, des langues étrangères comme le français et d’autres (cf. la Constitution ougandaise). La langue française est présente en Ouganda depuis les années 60. Elle est enseignée par les professeurs de français dans quelques écoles primaires, dans certaines écoles secondaires, les universités et certains Instituts supérieurs techniques. Presque tous les professeurs de français en Ouganda sont membres de l’association des professeurs de français en Ouganda (APFO).

2Qu’a fait l’APFO depuis sa création ?
Créée en 19751, l’APFO ambitionne de réunir l’ensemble des professeurs de français ougandais à travers le pays et de faire partager leurs expériences et difficultés rencontrées en exerçant sur le terrain. D’après le site de l’APFO2, cette association rassemble un grand nombre de professeurs membres, met en place des initiatives innovantes à l’aide de partenariats solides et reconnus avec l’Ambassade de France en Ouganda, l’Alliance française de Kampala, le Uganda National Examinations Board (UNEB) — conseil responsable des programmes d’examen en Ouganda, le National Curriculum Development Centre (NCDC) — conseil responsable des programmes d’enseignement en Ouganda, le ministère ougandais de l’Éducation et du Sport, l’Association des professeurs de français d’Afrique et de l’Océan Indien (APFA-OI) et la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF).

3Que fait l’APFO actuellement ?
Aujourd’hui, l’APFO s’efforce de mettre en place des initiatives novatrices dans le but d’encourager les universités à travailler en synergie et en collaboration3. Cette nouvelle approche s’articule autour des éléments suivants :
— harmonisation des programmes;
— préparation d’un syllabus-modèle qui représente un idéal commun, même s’il y avait des variations dans chaque université;
— mise en place du français sur objectifs spécifiques (FOS).

4Le développement du français sur objectifs spécifiques (FOS) partout au niveau national est une priorité pour l’Ouganda selon l’APFO et le Conseil interuniversitaire, qui considèrent que l’avenir du français en Ouganda se trouve dans le FOS. Il est clair que l’intérêt pour le français dans des universités ougandaises est en augmentation, notamment dans les domaines de l’hôtellerie, du commerce, du secrétariat, de la gestion d’accueil et du tourisme (cf Atcero 2013, 2015). Mais comme l’a observé J.J. Richer lors d’une mission d’expertise organisée du 28 mars au 1er avril 2016, il apparaît que tous les curricula d’enseignement du français dans les universités ougandaises relèvent du français de spécialité, avec pour inconvénients d’être très transversaux, de ne viser aucun métier précis et, donc, de poser des problèmes d’employabilité. Il y a donc nécessité dans les curricula de viser quelques métiers prioritaires (par exemple pour le Bachelor of Leisure & Hospitality Management : réceptionniste d’hôtel; hôtesse d’accueil touristique, etc.).

5Il sera nécessaire, par ailleurs, de former les enseignants des universités à la perspective actionnelle particulièrement pertinente en FOS, avec les notions d’action, de tâche, de genres de discours, le monde du travail étant un univers où les pratiques langagières sont très codées.

6La présentation de la perspective actionnelle se fera à partir de la notion de compétence dans le monde du travail et de la mise en évidence des liens entre compétence de communication et tâches, de l’importance de la notion d’action, d’acteur social, et des dimensions psychosociologiques dans motivation/savoir-coopérer/autonomie.

7Il faudra encourager les enseignants du FOS à aborder d’une manière détaillée et à la fois théorique et concrète l’élaboration de formations en FOS, donner un certain nombre d’outils permettant de construire ces formations et indiquer les différentes ressources accessibles en FOS ou pour l’élaboration de formations de FOS.

8Enfin, il sera nécessaire pour l’APFO de sensibiliser à nouveau les responsables des universités sur la nécessité de donner les moyens humains, matériels et horaires afin que les formations en français répondent aux attentes des étudiants et du marché du travail.

9Que peut faire l’APFO dans le futur ?
D’autres volets envisagés par cette association en collaboration avec le Conseil interuniversitaire se résument en quelques questions qui sont notamment :
— comment publier dans la revue Synergies ? (la visite du rédacteur en chef de Synergies Afrique Grands Lacs est prévue pour aider les professeurs à publier dans Synergies)
— comment avoir une journée des langues dans chaque université ?
— comment mettre la Francophonie en valeur pendant le mois de mars, avec l’appui du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) ?
Parmi ces questionnements, la valorisation de la recherche devient une nouvelle mission pour l’APFO.

10Qu’entendons-nous par « valoriser une recherche » ? D’après Milot (2005), la valorisation de la recherche désigne le fait de conférer aux travaux ou aux résultats de la recherche scientifique une ou plusieurs valeurs ajoutées symboliques ou matérielles à leur valeur initiale, à travers la mise en œuvre de pratiques spécifiques par les enseignants-chercheurs (publications, contractualisation de recherche...). Cette auteure nous démontre l’importance de la valorisation de la recherche qui, selon elle, constitue un enjeu majeur pour les acteurs et les institutions de la recherche en mettant en lien avec le développement professionnel des enseignants-chercheurs. L’implication de cette définition pour l’APFO et pour les universités ougandaises enseignant le français et/ou en français est que l’APFO devra renforcer la recherche et les publications scientifiques des professeurs en/sur le français et devra fournir davantage d’occasions pour partager des expériences et des réflexions sur l’enseignement/apprentissage en Ouganda et dans la région.

11On peut ainsi émettre l’hypothèse que le développement de la recherche et des publications constitue un enjeu majeur pour les enseignants de français des universités ougandaises et que l’APFO, à travers ses partenaires, devra appuyer les enseignants dans leurs efforts de s’inscrire dans la recherche régionale et internationale. L’APFO encourage les rencontres entre les professeurs des universités. L’objectif est de les inciter à faire de la recherche et surtout à publier leurs travaux et de favoriser des réunions de discussion sur le thème de l’enseignement du français.

12Il n’existe actuellement dans les universités ougandaises aucun centre de ressources dans lequel les étudiants, qui vivent dans un contexte où le français est quasi absent (aucun journal en français; pas d’accès à RFI, TV5 Monde; pas de cinéma diffusant des films francophones), pourraient venir consulter la presse francophone, regarder ou écouter des médias francophones, écouter de la musique francophone, etc. L’APFO pourrait alimenter ces centres avec des ressources appropriées pour que les étudiants des universités en bénéficient aussi. Pour le moment, les centres de ressources de l’APFO proposent de la documentation destinée surtout aux écoles secondaires.

13Enfin, l’APFO pourra jouer un rôle de groupe de pression en aidant et en motivant les institutions nationales diverses (politique, affaires, relations internationales, universitaire, scientifique), par la sensibilisation et le plaidoyer, pour les persuader de l’importance que revêt l’apprentissage du français en Ouganda.

14Comme aujourd’hui, partout où le FOS n’est pas enseigné, le nombre d’étudiants diminue, le développement des sections FOS sera un enjeu primordial pour l’ensemble des universités. Cela dépendra aussi de la qualité des échanges que l’APFO aura sur l’enseignement du FLE, et plus particulièrement du FOS, avec les universités ougandaises ainsi que son engagement très fort dans le développement du français. C’est là que l’on verra une orientation politique essentielle de cette association pour le développement du français partout et toujours.

15Elle devra encourager les universités à devenir membres de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), qui vise à favoriser le développement d’équipes de recherche internationales engagées dans des problématiques émergentes et à renforcer les réseaux universitaires afin de favoriser l’innovation et le renforcement de la pertinence sociale, scientifique et technologique des résultats de recherche. Aujourd’hui, la possibilité de devenir membre associé de l’AUF ouvre une autre piste pour développer le français langue étrangère et le FOS dans les universités et pour participer aux séminaires régionaux organisés par l’AUF. Par ailleurs, l’adhésion des universités ougandaises à l’AUF permettrait à ces dernières d’entrer en réseau avec d’autres universités, voire d’autres instituts membres de l’AUF, pour ensuite entreprendre des projets conjoints qui pourront renforcer, entre autres, l’offre de formation aux métiers de l’enseignement et de l’ingénierie de la formation aux professeurs de FOS. À travers cette adhésion, on pourra envisager de mettre en œuvre une démarche de mise en réseau des programmes multilatéraux et bilatéraux avec les pays voisins. Ainsi, l’AUF pourra accompagner les universités à relever leurs défis persistants ou émergents centrés sur l’apprentissage et l’enseignement de la langue française en Ouganda.

16En conclusion, nous avons voulu démontrer que le rôle de l’APFO est indispensable dans le développement du français et dans la valorisation de la recherche scientifique en français au niveau universitaire en Ouganda, mais nous pensons aussi que cette association devra s’investir davantage dans l’accompagnement des professeurs de français relativement à l’évolution de leur métier, notamment par la mise en place d’un projet de professionnalisation d’un département ou centre de français universitaire.

17L’APFO devra penser à organiser un colloque régional des chercheurs et enseignants de français qui aboutira à une première publication dans ce domaine en Ouganda. Il serait fondamental et très utile de professionnaliser le centre de langues ou le département de français, notamment par le biais de la formation à distance et la mobilité des apprenants, car une telle formation permettrait aux universités de préparer au mieux la gestion de leur département de langues étrangères. Il serait intéressant d’envisager une amélioration et une modernisation des techniques de l’enseignement, notamment par l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement. Devenir membre ou membre associé de l’AUF pourrait fournir des occasions pour réfléchir ensemble, en réseau, sur une perspective de l’avenir du FOS et du FLE en Ouganda.

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BIBLIOGRAPHIE

ATCERO, Milburga, (2015), « Usages et fonctions des langues dans la région de la Communauté de l’Afrique de l’Est et la région des Grands Lacs », Usages et fonctions des langues dans la région de l’Afrique Centrale, de l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs, Synergies Afrique des Grands Lacs, numéro 4, Revue du Gerflint [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://gerflint.fr/Base/Afrique_GrandsLacs4/AfGrandsLacs4.html (consulté le 29 mars 2016).

ATCERO, Milburga, (2013), « Les technologie de l’information et de la communication (TIC) et le développement de l’expression orale en français sur objectif spécifique (FOS) dans le contexte ougandais », Thèse de doctorat (non publiée), Université Sorbonne Nouvelle, Paris.

La constitution de l’association des professeurs de français en Ouganda de 1975.

Les objectifs de Jean-Paul de Gaudemar pour l’AUF [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://www.umc.edu.dz/index.php/component/k2/item/1007-les-objectifs-de-jean-paul-de-gaudemar-pour-l-auf (consulté le 29 mars 2016).

MAILHOT, Chantale, Patrick Pelletier et Véronique Schaeffer, (2007), « La valorisation de la recherche : une nouvelle mission pour l’université ? », La Revue canadienne d’enseignement supérieur, volume 37, numéro 1 [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://journals.sfu.ca/cjhe/index.php/cjhe/article/view/183546 (consulté le 29 mars 2016).

Points Communs — Recherche en didactique des langues sur objectif(s) spécifique(s), N° 1 │ 12-2013. En ligne : http://www.francais.cci-paris-idf.fr/wp-content/uploads/downloads/2014/04/Points-Communs_D%C3%A9c_2013_n1.pdf

The Constitution of the Republic of Uganda (1995). Uganda Government Printers, Kampala.

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Notes

1 cf. la constitution de l’association des professeurs de français en Ouganda de 1975 et d’après le site http://apfo-uga.fipf.org/accueil

2 http://apfo-uga.fipf.org/a-propos

3 cf compte-rendu de réunion : troisième réunion du Conseil interuniversitaire pour le français en Ouganda, 15/01/16.

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Pour citer

Milburga Atcero, Le rôle de l’association des professeurs de français en Ouganda (APFO) dans le développement du français et dans la valorisation de la recherche scientifique en français au niveau universitaire en Ouganda
Le français à l'université , 21-02 | 2016
Mise en ligne le: 29 avril 2016, consulté le: 10 décembre 2018

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Auteur

Milburga Atcero

Makerere University Business School (Ouganda)

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