Le français à luniversité

Audaces et défigurations. Lectures de la romancière portugaise Agustina Bessa-Luís

Anne Aubry

Référence de l'oeuvre:

Dumas, Catherine et Agnès Levécot (dir.), (2015), Audaces et défigurations. Lectures de la romancière portugaise Agustina Bessa-Luís, Cahiers du CREPAL, Hors série numéro 3, Presses Sorbonne nouvelle, Paris, 234 pages.

Texte intégral

1Le cahier hors série numéro 3 du CREPAL, Centre de Recherche sur les Pays Lusophones, soumis à notre examen présente les contributions d’un colloque international consacré à la romancière portugaise et comprend 15 articles rédigés en français ou en portugais. Ces contributions sont regroupées sous différents axes thématiques reflétant la richesse et la prolixité de l’œuvre d’Agustina Bessa-Luís, « l’une des voix les plus importantes du roman portugais contemporain » comme le signale Catherine Dumas dans la préface. Les deux pôles qui structurent ce recueil et qui lui donnent son titre « audace », d’une part, et « défigurations », d’autre part, sont fournis par l’auteure portugaise quand elle répond en 1985 à la question du journal Libération : « pourquoi écrivez-vous ? ».

2« Audace et défiguration » donc, comme impulsion créatrice, l’incertitude étant chez Bessa-Luís un principe d’écriture et le noyau réel de son univers romanesque. La défiguration s’exerce ainsi à différents niveaux d’écriture et de lecture, le premier étant le traitement du personnage, particulièrement avec les différentes occurrences du double. Par ailleurs, Agustina Bessa-Luís fait voler en éclats les limites strictes établies entre la fiction, le substrat historique, le biographique et l’autobiographique, par exemple dans les Livres Impropres. De même, l’auteure portugaise s’emploie à « défigurer » la notion d’identité féminine qu’elle déconstruit avec jubilation, la subversion s’exerçant particulièrement sur le corps féminin lui-même décrit comme excessif, laid ou viril. À ce propos, les critiques cherchent à établir des généalogies d’auteures grâce à divers personnages féminins de Bessa-Luís et de Lidia Jorge. Une autre généalogie qui se dessine également dans ce recueil est celle de Camilo Castelo Branco, principalement grâce à la relecture par Bessa-Luís de l’imaginaire romantique, particulièrement dans Fanny Owen.

3Enfin, le dernier chapitre, intitulé « contiguïtés cinématographiques », rassemble tous les thèmes évoqués au long du recueil. Les récits d’Agustina Bessa-Luís, grâce à leur forte charge visuelle, ont inspiré de nombreux cinéastes. Mais dans ce domaine aussi, les frontières entre littérature, cinéma et arts visuels disparaissent. Et si, parmi les cinéastes qui ont été inspirés par l’œuvre de la romancière portugaise, Manoel de Oliveira joue un rôle déterminant, le mouvement d’aller-retour entre ces deux créateurs marque l’audace de chacun-e d’entre eux, faisant éclater les frontières et les limites esthétiques entre leurs formes d’expression artistique respectives.

4Ce cahier, grâce à la diversité d’approche des différents exégètes, à leur profondeur d’analyse, leur finesse et leur rigueur, offre une vision complète et colorée de l’œuvre d’Agustina Bessa-Luís, à la manière d’un kaléidoscope qui saisit le mouvement, mais ne l’emprisonne pas. Cet ouvrage reflète bien la complexité de la pensée de l’auteure et la richesse de l’écriture de la romancière portugaise dont il renouvelle, actualise et enrichit la critique.

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Pour citer

Anne Aubry, Audaces et défigurations. Lectures de la romancière portugaise Agustina Bessa-Luís
Le français à l'université , 21-01 | 2016
Mise en ligne le: 15 mars 2016, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Anne Aubry

Universidad Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne)

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