Le français à luniversité

Le français en Amérique centrale : langue de recherche ? recherches sur la langue ?

María Gabriela Vargas Murillo

Texte intégral

1En Amérique centrale, région majoritairement hispanophone, le français dispute le droit d’être enseigné avec d’autres disciplines et langues. La présence des langues indigènes en concurrence avec l’espagnol complique encore plus le panorama linguistique de l’enseignement et ses priorités. Chaque pays gère sa relation avec le FLE d’une manière différente, mais, en général, le statut de la langue dans ces endroits converge vers les besoins et les manques. Région à très forte influence anglo-saxonne et dépourvue de politiques linguistiques claires à vocation plurilingue, l’Amérique centrale rencontre des difficultés pour intégrer le français dans la recherche et développer la recherche autour du français. Le dénominateur commun des six petits États où le FLE possède un statut très hétérogène et qui la constituent s’avère le désir récent d’une mise en évidence des initiatives scientifiques. La situation du FLE dans chaque pays illustre les possibilités et les limites des possibles recherches en langue française, soit qu’elle s’utilise comme langue de rédaction des rapports, soit qu’elle devienne l’objet d’étude en tant que langue étrangère enseignée.

2Le Costa Rica : plus 150 ans de FLE et d’ALE
Les premières exportations de café en 1820 depuis le Costa Rica ont marqué le début d’une relation avec l’Europe, qui s’est focalisée surtout sur la France et l’Angleterre. À partir de cette époque, les premiers établissements secondaires ont inclus dans leurs programmes d’études des cours de français et d’anglais. De nos jours, le Costa Rica continue à être le seul pays en Amérique centrale où le français est enseigné d’un bout à l’autre dans la plupart des niveaux du système éducatif. Le nombre de professeurs de FLE atteint presque le millier1, et le nombre d’élèves, environ trois cent soixante mille en 20132. Bien que la prédominance de l’anglais soit évidente, le français a pu conserver un statut obligatoire néanmoins difficile à défendre, malgré une absence ressentie de politiques linguistiques. Grâce à une ferme volonté des acteurs du FLE, le Costa Rica vient d’être admis comme membre observateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et devra garantir la bonne place du français dans son système éducatif.

3Le Salvador
En 1993, un enseignement facultatif du FLE a été introduit au Salvador. Avec la promesse d’un poste, quelques professeurs ont suivi une formation professionnelle pour l’obtention du « profesorado en enseñanza media ». Néanmoins, le statut du FLE au Salvador n’a pas cessé de se détériorer. L’influence anglo-saxonne et la politique monolingue du gouvernement ne laissent pas d’espace aux autres langues étrangères au sein de l’enseignement. L’Association salvadorienne des professeurs de français (ASPROF) a dressé un bilan du statut du FLE au Salvador lors d’une réunion au ministère de l’Éducation en janvier 20113. Sa présidente signalait la conception du français comme « atelier culturel » au lieu de langue étrangère et l’inexistence de programmes officiels. Selon son bilan, on ne compte que 12 enseignants de FLE en poste dans le ministère, 6 institutions publiques qui dispensent des cours de français, et on constate une diminution progressive du nombre d’élèves apprenant le français dans le système éducatif salvadorien, le niveau atteint par ces élèves étant généralement le A1.

4Le Guatemala
L’enseignement du FLE au Guatemala reste inexistant dans le second degré du système éducatif public. Seul le CALUSAC (le centre de langues attaché à l’université de San Carlos) dispense des cours regroupant quelque 500 étudiants par semestre. La formation universitaire des professeurs FLE n’existe pas non plus au niveau universitaire, et l’Alliance Française se charge de la formation continue de ses propres enseignants.

5Le Honduras
Deux universités assument la formation initiale des enseignants de FLE, et la coopération française s’avère très importante pour son fonctionnement. L’intérêt envers le français du tourisme s’est développé au cours des dernières années.

6Le Nicaragua
L’enseignement du FLE au Nicaragua reste facultatif dans quelque 20 établissements nationaux. Les filières rattachées au tourisme, à l’enseignement et à la traduction sont mises en place par l’UNAN.

7Le Panama
L’université de Panama propose une filière spécifique pour la formation de professeurs de français, bien que la langue reste facultative dans le pays.

8Panorama universitaire régional par rapport à la recherche
En général, la recherche universitaire est réalisée de manière systématique et organisée dans tous les pays de l’isthme, et les efforts de regroupement régional ont commencé à porter des fruits par rapport à l’organisation des informations sur les sites Web des universités. Les universités les plus reconnues de la région se sont associées depuis 1948 pour réussir l’intégration de l’enseignement supérieur et ont établi des liens culturels et scientifiques veillant à améliorer non seulement la qualité, mais aussi le nombre de recherches. La Confédération Universitaire Centraméricaine — dont l’organe suprême est le Conseil Supérieur Universitaire Centroaméricain (CSUCA) — est devenue l’opérateur régional de la plupart des initiatives nationales et atteint peu à peu l’objectif de renouveler et de mettre à jour les listes de chercheurs et des recherches universitaires en Amérique centrale. Certes, la recherche scientifique porte très souvent sur des thèmes propres à la biodiversité et à l’agriculture, sans pour autant négliger les thèmes culturels et éducatifs.

9Les universités formant la Confédération4 sont en ce moment :

  • Guatemala : Universidad de San Carlos de Guatemala (USAC).

  • Belice : Universidad de Belice (UB).

  • El Salvador : Universidad de El Salvador (UES).

  • Honduras : Universidad Nacional Autónoma de Honduras (UNAH), Universidad Pedagógica Nacional Francisco Morazán (UPNFM), Universidad Nacional de Agricultura (UNAG).

  • Nicaragua : Universidad Nacional Autónoma de Nicaragua (Managua et León), Universidad Nacional de Ingeniería (Nicaragua) (UNI), Universidad Nacional Agraria de Nicaragua (UNA).

  • Costa Rica : Universidad de Costa Rica (UCR), Universidad Nacional de Costa Rica (UNA), Instituto Tecnológico de Costa Rica (ITCR), Universidad Estatal a Distancia de Costa Rica (UNED).

  • Panamá : Universidad de Panamá (UP), Universidad Tecnológica de Panamá (UTP), Universidad Autónoma de Chiriquí (UNACHI), Universidad Especializada de las Américas (UDELAS), Universidad Marítima Internacional de Panamá (UMIP).

  • República Dominicana : Universidad Autónoma de Santo Domingo (UASD).

10Il n’existe pas de filière pour devenir enseignant de FLE dans toutes les universités du CSUCA, et les propositions de formation des enseignants viennent souvent des Alliances françaises où les diplômes ne sont pas valides au niveau universitaire. À partir de cette base, il est difficile de concevoir un grand développement des chercheurs en langue française ou des publications spécialisées en français dans les universités de la région.

11Zoom sur la recherche en français dans la région
Dans les catalogues des universités membres du CSUCA, il n’y a pas de registre disponible sur les recherches menées en français — ce qui ne signifie pas nécessairement leur inexistence. Il est possible de trouver des ONG (au Salvador par exemple, une de ces organisations5 mène des recherches en français sur l’éducation comparée) ou des initiatives issues de projets de coopération internationale ou encore des sources privées, mais sans information organisée disponible pour connaître exactement leur thème, leur durée ou leurs implications. Au niveau des conventions universitaires, des stagiaires français, par exemple, réalisent parfois des recherches à l’UNA sur le thème de l’eau, mais leurs rapports ne sont pas diffusés dans le pays d’accueil et ne font pas partie des réseaux ou des registres nationaux. Les chercheurs de langue française sont plutôt des étrangers faisant un stage, des fonctionnaires des ambassades ou encore des délégués des entreprises ou des universités dont la trace se perd facilement.

12Zoom sur la recherche en FLE au sein des pays centraméricains
Aucun registre régional sur la recherche spécifique portant sur le FLE n’apparaît clairement dans les sites des universités centraméricaines, sauf ceux de l’UNA et l’UCR au Costa Rica. De cette sorte, nous vérifions que l’invisibilité constitue le plus grand obstacle au développement des initiatives de recherche dans le domaine du FLE. Les départements de FLE comptent peu de professeurs titulaires, ce qui diminue sensiblement les possibilités de devenir responsables de projets de recherche dans leur spécialité avec des fonds destinés à ce domaine. Très souvent, les recherches menées en FLE ont été réalisées dans le cadre d’un master et les universités d’accueil des candidats conservent le travail réalisé sans en assurer une diffusion. L’apport des Centraméricains devient de cette façon invisible dans leurs propres pays.

13Néanmoins, au niveau régional, les chercheurs FLE existent et publient des livres et des articles, participent aux congrès internationaux et contribuent dans leurs pays au progrès des connaissances dans le domaine. Pour les identifier, malheureusement, il faut connaître leurs noms, probablement la seule façon de les trouver dans un moteur de recherche. À l’intérieur de la région, cela ne pose pas trop problème, puisque le réseau d’amitié et les connaissances datent de longtemps auparavant, mais aux yeux du grand public et des autres chercheurs du monde, il est vraiment difficile de déterminer le nombre et les domaines de spécialisation des experts, ce qui peut constituer un frein au développement des projets internationaux.

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BIBLIOGRAPHIE

Ambassade de France au Salvador [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://www.ambafrance-sv.org/ONG-francaises-au-Salvador (consulté le 15 février 2015).

Autissier, Anne-Marie et Jean-Michel Djian, (2002), « Culture et langue française en Amérique centrale : Évaluation rétrospective de la coopération menée par la France, entre 1996 et 2001, dans les domaines culturel, linguistique et éducatif avec le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Panama et le Salvador ». Ministère des Affaires Étrangères, Direction générale de la coopération internationale et du développement, juillet 2002 [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://www.oecd.org/countries/panama/36487575.pdf (consulté le 16 février 2015).

Consejo Superior Universitario Centroamericano (CSUCA) [en ligne]. Disponible à l’adresse: http://www.csuca.org/index.php?option=com_content&view=article&id=117&Itemid=153&lang=es (consulté le 15 février 2015).

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Notes

1 En accord avec la liste officielle du COLYPRO en 2014 par rapport aux enseignants inscrits.

2 D’après les deux inspectrices nationales de FLE du ministère de l’Éducation publique.

3 Mention d’Isabelle Vallejo-Malgouyres dans son mémoire de master 2 en FLE, de l’Université Stendhal Grenoble 3, http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00950361/document

4 D’après le site Web du CSUCA.

5 Selon le site officiel de l’Ambassade de France au Salvador.

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Pour citer

María Gabriela Vargas Murillo, Le français en Amérique centrale : langue de recherche ? recherches sur la langue ?
Le français à l'université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 23 mars 2015, consulté le: 21 janvier 2019

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Auteur

María Gabriela Vargas Murillo

Universidad Nacional de Costa Rica

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