Le français à luniversité

Médiativité, polyphonie et modalité en français : études synchroniques et diachroniques

Antonia-Ferihan Ciolac

Référence de l'oeuvre:

Anscombre, Jean-Claude, Evelyne Oppermann-Marsaux, Amalia Rodriguez Somolinos (dir.), (2014), Médiativité, polyphonie et modalité en français : études synchroniques et diachroniques, Presses Sorbonne nouvelle, Paris, 268 pages.

Texte intégral

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1L’ouvrage intitulé Médiativité, polyphonie et modalité en français réunit des travaux qui se situent au carrefour de trois domaines de la sémantique pragmatique, des domaines qui habituellement ne sont pas abordés ensemble. Le volume débute par la Présentation du livre et il contient deux grandes sections, intitulées Synchronie (7 études) et Diachronie (6 études); il s’achève par des indications bibliographiques générales concernant chacun des trois problèmes majeurs mis en relation : 1. la médiativité, 2. la polyphonie, 3. la modalité, associée à la modalisation. Cette bibliographie finale ainsi que les pages introductives appartiennent à Jean-Claude Anscombre, l’un des trois coordonnateurs de cet ouvrage. Dans sa présentation du volume, l’auteur précise et explique ce type d’approche. Il souligne également que la problématique qui permet de grouper ensemble toutes ces études relevant du champ de la sémantique énonciative « concerne en particulier le placement du locuteur dans la constitution du sens de l’énoncé » (p. 7). Il est bien connu que la polyphonie considère tout énoncé comme mettant en jeu une multiplicité de voix, alors que la médiativité fait intervenir les sources qui sont à l’origine du savoir du locuteur. À son tour, la modalité permet au locuteur d’exprimer son attitude par rapport à la situation décrite. Par ailleurs, si l’on inclut dans la médiativité une certaine position du locuteur concernant les différentes sources qu’il révèle, une relation se laisse percevoir entre la médiativité, la polyphonie et la modalité. C’est cette relation que ce volume se propose d’illustrer.

2La section intitulée Synchronie contient des études qui se penchent sur le fonctionnement du français contemporain. Les auteurs de ces travaux s’intéressent aux rapports entre le dialogisme / la polyphonie et la médiativité (Jacques Bres, Dialogisme, médiativité : le jeu dialogique du futur et du conditionnel français dans le marquage d’une source indirecte par ouï-dire et par conjecture, p. 19-34), entre la modalisation et la médiativité en tant que stratégies discursives (Pierre Patrick Haillet, p. 51-66), entre la polyphonie et la médiativité dans le marqueur émergeant on va dire (Agnès Steuckardt, p. 67-84), entre la médiativité et la modalisation (Laurence Rouanne, qui s’occupe de si on peut dire comme marqueur d’un métadiscours, p. 85-100). Dans les pages de son étude, s’appuyant sur une réflexion épistémologique détaillée, Zlatka Guentchéva soulève, entre autres, la question des « marqueurs dits “médiatifs” » (Peut-on identifier, et comment, les marqueurs dits “médiatifs” ?, p. 35-50). Ce sont des marqueurs de même nature qui sont visés lors de l’analyse des tournures comme qui dit argent, dit dépenses (Sonia Gómez-Jordana Ferary, p. 101-118) et les gens disent que P (Christiane Marque-Pucheu, p. 119-135).

3Pour justifier la présence dans ce volume de la section intitulée Diachronie, Jean-Claude Anscombre souligne dans sa Présentation : « Tous ceux qui ont par exemple travaillé sur des connecteurs ou des marqueurs de discours savent à quel point la perspective diachronique peut éclairer un comportement en synchronie qui paraît illogique, et même suggérer certaines pistes invisibles au seul examen des faits » (p. 13). C’est pourquoi, dans l’article intitulé « Les marqueurs médiatifs sous l’angle diachronique : données et problèmes. Le cas de comme on dit et tournures affines » (p. 139-158), l’auteur se propose de retracer l’évolution diachronique des marqueurs médiatifs génériques depuis l’ancien français, en partant de la tournure comme on dit du français contemporain. Ainsi Jean-Claude Anscombre établit-il la liste des principaux marqueurs de ce type pour chaque étape depuis l’ancien français et il s’arrête, en particulier, sur des marqueurs médiatifs génériques, tel ce dist li vilain. Amalia Rodríguez Somolinos (p. 159-178) discute un autre marqueur médiatif de l’ancien français : il m’est avis que, ce m’est avis. Evelyne Oppermann-Marsaux s’intéresse aux emplois du marqueur discursif dea (du moyen français jusqu’au français classique). C’est toujours en diachronie que sont traitées les constructions en adv. que p, à partir du cas de heureusement que (Juliette Delahaie, p. 223-242), ainsi que le parcours polyphonique de puis que à puisque (María Luisa Donaire, p. 197-222). La section s’achève par une étude consacrée au conditionnel de reprise (fréquemment appelé aujourd’hui le “conditionnel des journalistes”). Patrick Dendale (p. 243-259) s’est proposé de s’arrêter dans son étude sur l’apparition en français de cet emploi du conditionnel et sur le traitement de cet emploi dans les grammaires du XVIe au XXe siècles, tout en soulignant à la fin : « L’utilité de ce genre de recherches historiques est de donner des éléments qui permettront d’avancer peut-être un jour dans la description du conditionnel de reprise » et de préciser si le conditionnel de reprise « signale invariablement la reprise à autrui et le refus de prise en charge […] » ou bien une seule de ces notions (p. 256).

4Par la démarche choisie, qui considère comme non-vide l’intersection des trois domaines évoqués dans son titre, médiativité, polyphonie et modalité en français, ce volume s’avère non seulement intéressant pour les lecteurs avisés, mais également nécessaire et utile à d’autres recherches de sémantique pragmatique, qui pourront adopter un point de vue similaire.

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Pour citer

Antonia-Ferihan Ciolac, Médiativité, polyphonie et modalité en français : études synchroniques et diachroniques
Le français à l'université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 25 mars 2015, consulté le: 25 mars 2019

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Auteur

Antonia-Ferihan Ciolac

Institut de Linguistique de l’Académie Roumaine « Iorgu Iordan – Al. Rosetti » (Roumanie)

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