Le français à luniversité

La didactique plurilingue et pluriculturelle à l’épreuve du terrain éducatif. Contraintes, résistances, tensions

Ibtissem Chachou

Référence de l'oeuvre:

Derivry-Plard, Martine, George Alao, Soyoung Yun-Roger, Elli Suzuki (dir.), (2014), La didactique plurilingue et pluriculturelle à l’épreuve du terrain éducatif. Contraintes, résistances, tensions, coll. « PLID – Pluralité des langues et des identités et didactique », Archives contemporaines, Paris, 148 pages.

Texte intégral

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1Les contributions réunies dans cet ouvrage sont issues des travaux qui se sont déroulés dans le cadre du colloque international « Quelle didactique plurilingue et pluriculturelle en contexte mondialisé ? », organisé à Paris, du 17 au 19 juin 2010. Les thématiques développées abordent la complexité des réalités sociolinguistiques et éducatives résultant de la mondialisation accélérée de nos sociétés. Les transformations économiques et les changements géopolitiques que cette globalisation charrie impliquent de réétudier les dimensions pédagogiques et didactiques en milieux professionnels et éducatifs avec l’exigence, pour les chercheurs, de réconcilier les notions nodales de « diversité » et d’« égalité » en renforçant peut-être cette dernière au sein de la pluralité. Un difficile équilibre qui renseigne sur l’aspect problématique et le caractère ardu de l’enjeu d’une didactique plurilingue et pluriculturelle dont l’application ne se fait guère sans « contraintes », « résistances » et « tensions ».

2L’ouvrage se subdivise en deux grandes parties. La première, intitulée « Limites et perspectives des dispositifs plurilingues et pluriculturels », se compose de cinq articles. La seconde, elle, comporte six articles et porte sur « les tensions et impacts de la mondialisation sur les contextes plurilingues et pluriculturels de l’enseignement ».

3Les auteurs des cinq premiers articles ont décrit différents dispositifs didactiques et pédagogiques propres à divers contextes. Ils en ont fait le descriptif et en ont analysé les perspectives et les limites qui sont essentiellement dues, en contextes migratoire et multilingue, au déni des langues et des cultures d’origine et aux représentations conflictuelles que les acteurs de l’école ont à leur égard. C’est ainsi que l’enseignement du FLE en milieu néerlandophone engendre, d’après Juliette Delahaie, des tensions relatives à une conception rigide de la norme, à l’insécurité linguistique et à un statut controversé du français tant sur le plan des représentations que sur celui du statut. Ces écueils sont susceptibles d’être aplanis par une formation à une didactique plurilingue et pluriculturelle. La prise en compte d’une pareille formation, cette fois-ci dans le contexte français, est évoquée par Nathalie Auger et Jérémie Sauvage qui, dans le même ordre d’idées, soulève le problème de la stigmatisation de l’altérité des apprenants allophones par des enseignants qui considèrent l’influence de la langue maternelle comme un frein à un apprentissage efficient du français. Le même traitement est réservé en Allemagne aux langues non scolaires où, de surcroît, les langues romanes font l’objet d’un enseignement rigide et cloisonné. Les circulaires analysées par Birgit Schädlich révèlent des contradictions qui sous-tendent les discours pédagogique et didactique, notamment en ce qui concerne les représentations de la langue et la question de la variation, de même que pour les notions de langue et de culture, ce qui entrave la réalisation d’un projet interculturel résolument PLURI. Ce dernier passe, selon Evangélia Moussouri, par une harmonisation, en France, de la didactique du grec, langue d’origine, et la didactique plurilingue et pluriculturelle. Un tel rapport stipule une redéfinition opératoire de la notion de langue d’origine ainsi qu’un recensement et un développement des compétences dans une optique plurielle et contextualisée. Dans le dernier article, Pascal Ottavi rappelle l’évolution du statut du corse, considéré d’abord comme une langue identitaire, puis envisagé dans le cadre d’une éducation plurilingue sous les effets combinés de « la construction européenne », de « la mondialisation » et des « revendications identitaires locales ».

4La deuxième partie s’ouvre sur une contribution de Velomihanta Ranaivo. Elle y décrit le manque de contextualisation et d’actualisation des savoirs à même de permettre un enseignement optimal des langues vivantes à Madagascar, notamment dans le cadre du système LMD, « un modèle importé d’Europe et appliqué en Afrique ». Le même problème est soulevé par Sanaa Hoteit pour le cas du Liban, où l’enseignement du FLE souffre de plusieurs décalages par rapport à la réalité sociolinguistique de la région et des besoins plurilingues exprimés par les apprenants désireux d’apprendre une langue fonctionnelle plutôt qu’un modèle monolingue déconnecté du terrain. Proche mais encore plus complexe est le cas de l’Algérie où le décalage, analysé par Mohamed Miliani, entre la dynamique du terrain, les politiques linguistiques et les dispositifs didactiques, cause l’échec des formations en langues à l’université et perturbe la construction identitaire de l’apprenant/étudiant, non sans gêner l’ouverture interculturelle préconisée par les textes officiels. C’est en contexte professionnel qu’Eve Lejot analyse les politiques linguistiques internes d’une multinationale. Il en ressort que la cohérence et l’efficacité linguistique priment, car associées à la sécurité, d’où l’enjeu de l’identification des besoins plurilingues des employés. Dominante en entreprise, mais aussi en milieu éducatif, la langue anglaise est perçue en France comme langue hégémonique et menaçante; Françoise Le Lièvre propose de mieux l’intégrer dans la didactique du plurilinguisme, ainsi que le recommandent les directives européennes. Enfin, l’article qui clôture cette partie consacrée aux retombées de la mondialisation sur les contextes d’enseignement nous transporte en Nouvelle-Calédonie, comme pour nous rappeler que les inégalités trouvent encore leurs sources dans les temps coloniaux. En effet, Claire Colombel montre que les rapports diglossiques entre la langue kanake et le français de France continuent d’engendrer des stéréotypes, des discriminations linguistiques et des injustices sociales qui fragilisent une didactique des langues océaniennes encore naissante et en mal de légitimité.

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Pour citer

Ibtissem Chachou, La didactique plurilingue et pluriculturelle à l’épreuve du terrain éducatif. Contraintes, résistances, tensions
Le français à l'université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 17 mars 2015, consulté le: 25 mars 2019

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Auteur

Ibtissem Chachou

Université de Mostaganem (Algérie)

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