Le français à luniversité

Francontraste : l’affectivité et la subjectivité dans le langage

Elisaveta Popovska

Référence de l'oeuvre:

Pavelin Lesic, Bogdanka (dir.), (2013), Francontraste : l’affectivité et la subjectivité dans le langage. Actes du 2e colloque francophone international de l’Université de Zagreb, 11-13 avril 2013, Éditions du CIPA, Mons, 472 pages.

Texte intégral

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1La publication réunit les actes du deuxième colloque international « Francontraste » qui s’était tenu du 11 au 13 avril 2013 à l’Université de Zagreb. Il avait été organisé à l’occasion du centenaire de la naissance de Petar Guberina (mort en 2005), académicien, professeur à l’Université de Zagreb et l’un des fondateurs de la méthode verbo-tonale et de la conception SGAV (structuro-globale audio-visuelle de l’enseignement/l’apprentissage des langues). SGAV représente une approche méthodologique qui a enrichi les études linguistiques et a révolutionné la didactique des langues en mettant l’accent sur l’affectivité et la subjectivité dans le langage. Ces deux concepts quasiment interchangeables sont explorés dans le cadre des quatre sections qui constituent l’ouvrage : les sciences du langage, l’activité traduisante, l’enseignement du FLE et les études littéraires.

2Comme le titre de la publication (le thème du colloque) l’indique, la majorité des contributions traite l’approche non formaliste dans les études linguistiques. Cette approche définit, depuis Benveniste et surtout depuis Kerbrat-Orecchioni, la subjectivité dans le langage comme présence du locuteur dans tout acte langagier par l’intermédiaire des indicateurs (déictiques ou marques modales) qui traduisent non seulement l’opinion, mais aussi les affects de l’énonciateur. L’apport de Guberina consiste en sa vision globalisante de la langue parlée en tant qu’unité des faits lexicologiques et non lexicologiques, d’où la priorité donnée à la communication orale dans l’interaction, associant le verbal au suprasegmental (effets sonores) et à la mimogestualité (effets visuels), de même qu’à l’approche situationnelle à la fois psycholinguistique et interculturelle.

3Puisque l’investissement théorique concernant cette problématique est essentiellement l’affaire des linguistes, il est tout à fait compréhensible que la majorité des études se rangent dans la section sciences du langage. Toutes les contributions introductives (plénières) renouvellent l’insistance sur la différence entre la langue et la parole/le discours et réaffirment que l’intervention du sujet communicant est une condition sine qua non de la parole, se manifestant aussi bien dans les modalités énonciatives grammaticales (à valeur linguistique) que dans les modalités énonciatives expressives (à valeur stylistique). S’ensuivent des contributions plutôt ancrées à la pragmatique et privilégiant l’approche comparative/contrastive. Ces contributions (pour n’en mentionner que quelques-unes) examinent les données verbo-tonales de la forme interrogative en langues française et espagnole; les variations axiologiques des insultes en français et en croate; le style comme « subjectivation » selon le modèle de Bally; l’expressivité dans le discours scientifique; la subjectivité dans les petites annonces du « cœur »…

4La section concernant l’activité traduisante envisage, d’un côté, la traduction des marqueurs de subjectivité de la langue française dans la langue cible (roumain, croate, slovène) et, de l’autre côté, l’importance de la subjectivité du traducteur dans l’acte traductif. Le corpus est constitué d’œuvres de Perrault, de Maupassant, de Pérec, de même que de discours de politiciens français et slovènes.

5La section concernant la didactique du FLE est présentée par plusieurs études, dont l’une est applicative, et pose la question du comment enseigner la syntaxe affective du français comme la mise en relief aux russophones; une autre est axiologique, démontrant à quel point la compétence plurilingue des étudiants polonais influence leurs compétences en savoir-être; une troisième est socioculturelle, détectant un plus grand investissement affectif des étudiants suédois dans leur choix du français en tant que langue étrangère, ce qui les différencie de leurs collègues qui choisissent une autre langue plutôt pour des raisons utilitaires…

6La section littéraire débute par l’incontournable question de la subjectivité dans la poésie, car le sujet dans le discours poétique n’est pas un concept fixe, mais « une valeur qui se découvre sans cesse dans son devenir ». D’autres contributions examinent la présence des marqueurs de subjectivité dans les récits autobiographiques, la projection de l’histoire subjective sur fond d’histoire objective dans les littératures asiatiques francophones, la charge subjective dans les romans à la deuxième personne, la représentation affective des ruines dans les œuvres d’art…   

7Les 47 contributions qui constituent cet ouvrage abordent la problématique concernée sous différents angles et se caractérisent par une grande inventivité dans leurs approches, ce qui fait émerger « une réflexion pluridisciplinaire et contrastive, toujours dans l’optique des études francophones ». Par le fait même qu’elles soient susceptibles de marquer des résultats originaux dans de nombreuses disciplines, ces études ainsi que cet ouvrage tracent les perspectives d’un positionnement de la langue française dans un contexte mondial.

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Pour citer

Elisaveta Popovska, Francontraste : l’affectivité et la subjectivité dans le langage
Le français à l'université , 19-04 | 2014
Mise en ligne le: 22 décembre 2014, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Elisaveta Popovska

Université Saints Cyrille et Méthode (République de Macédoine)

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