Le français à luniversité

Atelier d’entraînement à la compréhension orale du français québécois : une proposition didactique

Carmen Felicia Saura Rodríguez, Nosley Pérez Castellano et Ariadna Granados Campos

Texte intégral

1Les étudiants de FLE à la Faculté de Sciences humaines de l’Université Centrale « Marta Abreu » de Las Villas à Cuba s’intéressent de plus en plus à la variante linguistique du français parlé au Québec, en raison de la nécessité qu’ils éprouvent de communiquer avec les natifs de cette langue. C’est cette variante du français que nous entendons le plus, en raison du nombre important de visiteurs québécois qui viennent dans notre province, Villa Clara1. Le contact linguistique avec des Québécois s’avère donc important.

2Or, le français québécois possède un grand nombre de particularités, surtout dans la prononciation et le lexique, qui provoquent bien des difficultés chez nos apprenants à l’heure de comprendre l’énoncé de l’interlocuteur québécois. Il nous a donc semblé important de donner à l’apprenant un guide et des supports contribuant à son apprentissage et, surtout, à son entraînement à l’écoute et à la compréhension orale du français québécois. Pour cette raison, on a proposé une sorte de « banque de documents » (documents audio et audiovisuels authentiques), de stratégies et d’exercices, suppléant le manque de bibliographie en français québécois existant dans notre institution.

3Cet entraînement de nos apprenants de FLE est conçu pour se dérouler pendant 16 séances, au rythme mesuré d’une séance hebdomadaire, qui serait insérée dans le programme de cette matière. Cette combinaison de parlures permet aux étudiants de comparer les variantes linguistiques et de se créer, à l’aide de stratégies et d’exercices fournis par leur enseignant, de nouvelles stratégies personnelles d’écoute et de compréhension. L’utilisation de stratégies métacognitives, comme le contrôle de la compréhension orale, parmi beaucoup d’autres, permet à l’apprenant d’avancer dans son apprentissage et de devenir de plus en plus autonome.

4Pendant la première semaine de notre atelier, nous avons réalisé une activité de familiarisation dont l’objectif était de prendre connaissance des caractéristiques du français québécois. Pour ce faire, nous avons mis à disposition des apprenants du matériel didactique (composé d’explications accompagnées d’exemples) pour consultation tout au long du semestre, pour se familiariser, peu à peu, avec le parler québécois.

5À partir de la deuxième semaine, nous avons commencé l’entraînement à la compréhension orale, qui comptait deux étapes. Pendant la première étape de sept semaines, nous avons réalisé la compréhension globale du document. Les apprenants ont pu sans doute identifier et caractériser le document proposé et parler brièvement de son sujet principal et de quelques situations spécifiques. Cela a fait partie du travail de reformulation de l’information saisie.

6Lors d’une deuxième étape, de sept semaines aussi, les mêmes documents ont été réutilisés pour en arriver à une compréhension détaillée, ce qui a permis de les travailler avec un autre regard et a facilité l’activité de compréhension détaillée. En conséquence, les questions ont été plus diversifiées qu’à l’étape précédente, et la vérification de la compréhension globale, ainsi que le repérage d’informations, davantage complexes. Bien évidemment, des questions plus ouvertes ont mené les étudiants à donner des réponses de plus en plus étendues, avec un lexique plus élaboré, à maîtriser et à réutiliser, soit pour l’oral, soit pour l’écrit, dans le but de réaliser une bonne reformulation des idées saisies, ce qui a contribué à évaluer la compréhension orale.

7Chaque étape a compris des moments concernant l’évaluation du travail de compréhension réalisé : la prise de conscience sur le niveau acquis lors de la compréhension orale globale et détaillée d’un document traitant de tel ou tel thème et la prise de conscience sur la possibilité de reformulation de l’information saisie.

8Avec l’adoption de stratégies d’écoute et de compréhension orale plus concrètes et avec le renforcement de celles déjà acquises, nos apprenants ont été capables de repérer des informations, de les hiérarchiser, de vérifier des hypothèses, etc., en ayant entendu des voix différentes de celle de l’enseignant.

9Nous nous sommes basés sur des pistes méthodologiques que Cornaire (1998) propose pour contribuer à l’élaboration d’une didactique dans ce domaine. Nous les avons prises comme des stratégies pour faciliter la compréhension et le travail chez nos apprenants. Ces pistes sont le repérage, l’inférence, le dépassement du dit, l’établissement de relations, le classement et la création.

10Pour l’écoute de documents oraux en classe, les étudiants ont réalisé des activités d’organisation préalable à partir d’une feuille de réponse ou du titre du document. Des questions à choix multiples, des dessins avec des parcours à faire, une localisation de différents endroits sur un plan, etc., ont fait partie des activités du début. Puis, au moyen des questions qu’on leur a posées sur le sujet, sur les éléments de la situation de communication, sur le type d’écoute à pratiquer, etc., les étudiants ont préparé également des stratégies d’attention dirigée et d’attention sélective; ils ont décidé de faire attention à des aspects concrets de l’input ou à des détails spécifiques de la situation de communication et d’ignorer l’information non pertinente. Tout de suite après la phase de planification de l’écoute, les étudiants ont été invités à la vérification des hypothèses formulées auparavant, à la confirmation ou à l’invalidation de ces hypothèses, à partir de la recherche de la cohérence. Les étudiants ont montré une grande confusion et beaucoup de doutes en raison de leurs difficultés dans la compréhension du texte.

11Pour que l’apprenant vérifie s’il a bien compris de façon globale et en détail, nous avons inclus des corrigés, accompagnés parfois de la transcription du texte entendu et des sous-titres, dans le cas de quelques documents visuels. Une fois qu’il a relevé ses erreurs (s’il en a commises) ou les difficultés survenues, il a donc trouvé leur source, c’est-à-dire qu’il a déterminé d’où elles viennent.

12Dans notre démarche, nous avons invité les apprenants à continuer de réfléchir surtout sur le contrôle et l’évaluation de la compréhension orale. Et, afin de les aider à trouver les sources de ces difficultés, nous leur avons proposé une grille avec une liste de causes possibles ayant provoqué la difficulté. Ce qui leur permettrait de s’autoévaluer et d’avoir un vrai aperçu de leur progression en compréhension orale du français québécois.

13De cette façon, en partant du remplissage de cette grille (en forme de portfolio), qui a eu lieu vers la fin de chaque séance, l’apprenant a été capable de se rendre compte de ses propres difficultés et faiblesses. En plus, il a pu demander conseil directement au professeur qui, à partir du critère observé par l’étudiant, a pu l’orienter vers des exercices et des activités en rapport avec le problème rencontré. Et à la fin de l’entraînement, une comparaison des grilles remplies tout au long du semestre a donné à l’apprenant un vrai aperçu de sa progression en compréhension orale du français québécois. Ainsi, l’étudiant a acquis beaucoup plus de responsabilités dans son processus d’apprentissage et, sans doute, il est devenu de plus en plus autonome.

14Les documents, soigneusement choisis, ont montré la réalité linguistique et socioculturelle des Québécois et les activités ont permis de s’entraîner à comprendre oralement ces individus et à acquérir bien des connaissances sur leur langue et leur culture.

15Comme les objectifs d’apprentissage visés dans les activités sont très variés — d’ordre lexicaux, socioculturels, phonétiques, etc. —, ces activités de compréhension orale ont aidé nos apprenants à découvrir des faits de civilisation, du lexique en situation, des accents différents, à reconnaître des sons, à repérer des mots-clés, etc. En reprenant l’écoute, ils ont eu la possibilité de trouver les éléments qu’ils n’avaient pas compris avant et de se faire une idée plus juste de l’énoncé, ce qui leur a permis de préparer une meilleure réponse et de montrer le niveau de compréhension atteint.

16Les activités que nous avons proposées adoptent la forme des fiches pédagogiques pour assurer la cohérence et permettre aux enseignants de bien organiser l’activité d’apprentissage visant une assimilation efficace du contenu par les apprenants.

17Les documents utilisés proposent à l’étudiant des sujets variés se prêtant à la réflexion, à l’analyse et au débat et facilitant la réutilisation de l’information transmise; ils sont authentiques, ce qui permet de profiter de situations de communication quotidiennes, abordent des sujets intéressants et motivants pour l’apprenant et sont réalisés, dans le cas des documents audiovisuels, de façon simple aux yeux de l’apprenant.

18Nous avons proposé aussi une fiche d’activités correspondant à chaque document ou à chaque extrait. Les documents ont été regroupés dans cinq grands thèmes, choisis à la suite des résultats d’une enquête sur la motivation des étudiants. Chaque document, en fonction de ses caractéristiques, peut être travaillé plusieurs fois, ce qui garantit la (ré)activation du lexique étudié, la suite d’un sujet non achevé, l’observation d’un même sujet avec un œil différent et, peut-être, une meilleure reformulation des idées saisies.

19Après avoir analysé les résultats de notre démarche, il nous paraît adéquat d’affirmer que l’« Atelier d’entraînement à la compréhension orale du français québécois » permet à nos apprenants d’acquérir de nouvelles connaissances linguistiques et socioculturelles de cette région francophone, ce qui pourrait entraîner une meilleure préparation à la communication avec le Québécois natif et un enrichissement considérable en matière de langue et de culture. Il contribue à sociabiliser l’apprentissage au travers du travail collectif et coopératif pendant toute la période, par l’entremise des activités les activités en tandem, en équipes, les mises en commun avec le groupe-classe, etc., ce qui démontre que notre démarche répond aussi aux principes de la perspective actionnelle. Et, grâce à l’exploitation des documents authentiques, cet atelier fomente la sensibilisation des apprenants à la compréhension et, peut-être, à l’utilisation des différents registres de langues.

20Enfin, notre atelier permettra toujours d’y ajouter d’autres documents et de nouvelles activités, ainsi que d’étendre l’expérience à d’autres institutions où les apprenants ressentent le même besoin ou la même envie.

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BIBLIOGRAPHIE

BANDERA, M., L. RUSO, J. E. GUADARRAMA, (2009), Mémoire « Un film, une langue : le français de Québec », sous la direction de Mme Ivelyse Artaud, FLEX, Université de La Havane.

BEAUDET, S., (1996), Réussir le DALF. Entraînement à la compréhension orale. Unité B2, Didier, Paris.

BROWN, H. D., (2001), Teaching by Principles. An Interactive Approach to Language Pedagogy (second edition), Longman, New York.

CORNAIRE, C., (1998), La compréhension orale, CLE International, Paris.

HALL, C., A. K. HOPE, (2010), Teaching and Testing Receptive Skills. Dans Seventh International Conference on Foreign Languages, Communication & Culture (WEFLA 2010), Universidad de Holguín, Holguín.

MENDELSOHN, D. J., (1994), Learning to listen: A strategy-based approach for the second language learner, Dominie Press, San Diego.

PLOQUIN, F., (2006), « Qu’est-ce qu’une fiche pédagogique ? », L’actu du FLE. [En ligne] http://www.rfi.fr/lffr/articles/075/article_611.asp (consulté en mars 2010).

ROST, M., (1991), Listening in Action: Activities for Developing Listening in Language. Teaching, Prentice Hall, New York.

VALIENTE, M. J., (2008), Régulation métacognitive du contrôle de la compréhension orale en FLE, Porta Linguarum 9, p. 79-91.

VANDERGRIFT, L., (1998), La métacognition et la compréhension auditive en langue seconde, Canadian Journal of Applied Linguistics, 1-2 (11), p. 83-105.

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Notes

1 Villa Clara reçoit environ 32 100 touristes annuellement. (Source: Dirección comercial, Delegación GAVIOTA, Villa Clara).

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Pour citer

Carmen Felicia Saura Rodríguez, Nosley Pérez Castellano et Ariadna Granados Campos, Atelier d’entraînement à la compréhension orale du français québécois : une proposition didactique
Le français à l'université , 19-04 | 2014
Mise en ligne le: 22 décembre 2014, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteurs

Carmen Felicia Saura Rodríguez

Universidad Central “Marta Abreu” de Las Villas (Cuba)

Nosley Pérez Castellano

Universidad Central “Marta Abreu” de Las Villas (Cuba)

Ariadna Granados Campos

Universidad Central “Marta Abreu” de Las Villas (Cuba)

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