Le français à luniversité

Techniques d’enseignement pour renforcer la participation active des apprenants : l’expérience de l’Université des West Indies Cave Hill

Isabelle Constant

Texte intégral

1Dans le cadre de ses activités de formation continue des enseignants, le centre CETL (Center for Excellence in Teaching and Learning) de l’Université des West Indies à Cave Hill à la Barbade a proposé récemment aux enseignants de l’université une série d’ateliers destinés à apprendre de nouvelles techniques permettant d’améliorer leurs cours. Ces techniques ne concernaient pas seulement la didactique des langues étrangères; je présenterai donc ici comment ces techniques ont pu être utilisées dans mes cours, dont un cours de littérature des Antilles de troisième année, et un cours de pédagogie au niveau de la maîtrise. Ces ateliers (neuf matinées en tout) étaient animés par Tasha Souza, professeur de communication à l’Université de Humboldt State en Californie, et présentaient de nouvelles idées et techniques pour dynamiser les cours. Les ateliers portaient sur la lecture (ou comment s’assurer que les étudiants lisent et les aider à lire de façon efficace), comment faire des présentations PowerPoint intéressantes, comment faire participer les étudiants, comment mettre l’étudiant au centre de l’apprentissage, comment être sûr d’enseigner pour tous les types d’apprenants, comment s’assurer de l’efficacité des discussions en classe, comment faire participer les étudiants aux services à la communauté, comment améliorer l’apprentissage en groupes, et enfin comment faire des présentations magistrales efficaces. Le public était varié et rassemblait des enseignants de plusieurs disciplines : de médecine, de droit, de sociologie, d’informatique ou de langues. Parmi les techniques présentées, nous avons surtout mis en œuvre les techniques suivantes :

2Le blogue1
Cette technique a surtout été utile pour le cours de pédagogie et a apporté une différence importante par rapport aux années précédentes. Elle consiste à inciter les étudiants à créer des blogues sous Google (en créant d’abord un compte Gmail, puis en utilisant l’option « blogger »). L’objectif est de permettre à l’étudiant de participer plus activement au cours, selon ses disponibilités, en postant des documents (par exemple des vidéos) concernant le sujet de la semaine ou en répondant à des questions posées sur le chapitre lu pour le cours de la semaine. Le professeur a accès aux blogues des apprenants et peut commenter les différents sujets postés par eux. Les étudiants peuvent aussi ouvrir leur blogue aux autres apprenants, qui écrivent à leur tour des commentaires. Cette méthode permet au professeur d’être en contact plus étroit avec les étudiants, de suivre leur évolution au cours du semestre et, éventuellement, de noter leurs travaux.

3Il est aussi possible d’utiliser d’autres outils dans le même objectif, tels que Moodle ou Blackboard, qui sont d’autres espaces d’enseignement électronique, mais l’avantage du blogue est que les étudiants créent leur propre page, contenant leurs documents, et qu’il s’agit de leur propre dossier, qu’ils peuvent conserver après le cours. Les intervenants extérieurs ne font que commenter leur travail.

4Animation de classe : la technique des lignes
Cette technique, lors de sa présentation dans les ateliers de formation des enseignants, avait pour objectif de s’assurer de la cohésion du groupe, car étaient présents des membres de toutes les facultés qui ne se connaissaient pas forcément. Les participants à l’atelier ont été répartis en deux lignes se faisant face et devaient répondre à une question (« pour quelles raisons participez-vous à cet atelier ? ») en parlant pendant quarante secondes à la personne située en face, dans la ligne opposée, qui devait écouter en hochant la tête de façon approbative. Puis, les rôles ont été inversés et, enfin, une des lignes s’est déplacée d’un cran et les participants ont recommencé l’expérience avec la nouvelle personne qui leur faisait face. Cette technique fait en sorte que chaque participant doit prêter une grande attention à son interlocuteur, à cause du bruit ambiant causé par les autres participants, et que, lorsqu’ils doivent parler, les participants doivent articuler assez bien pour que leur interlocuteur les comprenne, et s’exprimer assez rapidement pour dire quelque chose de censé en quarante secondes.

5Cette technique a été réutilisée en cours de littérature en langue seconde comme échauffement en début de cours : j’ai posé aux étudiants une question assez générale sur le texte que nous lisions, et une autre fois une question plus spécifique à laquelle ils avaient déjà dû répondre par écrit, mais que nous n’avions pas eu le temps de corriger. Par exemple, question générale : « Quels sont tous les thèmes de Texaco de Patrick Chamoiseau ? » Ou question spécifique : « Quel est le rôle de Marie-Clémence dans le quartier de Texaco ? » Les étudiants se sont levés, ont formé deux lignes et se sont parlé dans un grand brouhaha, mais tous ont parlé de façon à être compris par la personne qui leur faisait face puis l’ont écoutée attentivement. L’ambiance de la classe n’avait pas vraiment besoin d’amélioration, mais cette activité peut être utilisée pour désinhiber les timides et mettre tout le monde plus à l’aise. Cette activité peut être utilisée en début de cours comme échauffement. C’est une bonne alternative aux échauffements habituels qui consistaient généralement en une discussion sur l’actualité ou un jeu divisant la classe en deux équipes avec questions et points. Cette activité a apporté une cohésion au groupe, une variété dans le type d’activités et fait communiquer tous les étudiants sans exception.

6Autre technique d’animation de groupe : la scie sauteuse
Comme les échauffements, les travaux de groupes aussi peuvent s’avérer répétitifs si la technique reste toujours la même. Une autre technique démontrée par Tasha Souza que j’ai utilisée dans mes cours a fonctionné si bien que les étudiants ont continué bien après l’heure de fin prévue. Il s’agit de la technique du jigsaw — la scie sauteuse. Cette activité demande une certaine préparation, et le but est de faire en sorte que les étudiants répondent à de nombreuses questions en un temps relativement réduit et que chacun des étudiants participe. Habituellement, lorsque nous sommes pressés par le temps, je distribue deux questions par petits groupes et nous mettons en commun, mais la scie sauteuse présente l’avantage de répondre ou d’entendre toutes les réponses en un temps record sans l’intervention du professeur qui, on le sait, a parfois tendance à répondre lui-même aux questions ou à laisser les meilleurs étudiants répondre. Dans le cours de littérature, les étudiants ont préparé une liste de réponses à des questions sur le texte que nous étudions. Imaginons seize étudiants dans la classe; le professeur forme quatre groupes (A, B, C, D) et distribue dans chaque groupe et à chaque étudiant un carton avec A1, A2, A3, A4, B1, B2, etc. Tous les étudiants ayant le numéro 1 (et ainsi de suite) sont placés dans un nouveau groupe (les 1, les 2, les 3…) qui va partager ses réponses individuelles à une ou deux questions et vont devenir des experts sur cette/ces question(s) et développer des stratégies pour expliquer la réponse aux étudiants de leur groupe initial. Après une certaine limite de temps, les groupes initiaux se reforment et chaque expert explique ses réponses aux membres de son groupe. Chaque étudiant est donc obligé en tant qu’expert responsable de fournir une réponse claire et complète. Et chaque groupe initial (A, B, C, D) entend toutes les réponses des membres de son groupe. Cette technique apporte un gain de temps pour couvrir de multiples questions, assure une variété et une profondeur dans les réponses, puisque les réponses de l’expert viennent d’un travail effectué d’abord en groupe. Les meilleures réponses, ou les plus intéressantes, seront celles qui seront répétées par l’expert. Aucun étudiant ne peut se contenter d’écouter. La participation est obligatoire et systématique, permettant à certains étudiants plus timides de s’exprimer. Le fait de travailler dans deux groupes différents multiplie les partenaires et permet aux étudiants d’avoir l’opportunité de parler à de nouvelles personnes et d’en entendre de nouvelles.

7Conclusion
Comme on peut le voir, toutes ces techniques, enseignées par Tasha Souza, professeur de Communication à la Humboldt State University, aux enseignants de l’Université des West Indies à Cave Hill à la Barbade, et mises en pratique dans des cours de littérature et de pédagogie d’un département de français, visent surtout à créer une communauté d’apprenants. En effet, lorsque l’on fait partie d’un groupe, il se crée une solidarité naturelle, et aussi la conscience que si l’on ne participe pas, on ne peut être membre à part entière. Personne ne veut être le maillon faible. Ces techniques incitent tous les étudiants à une participation plus active, car ils n’ont jamais le choix de ne pas collaborer : leur présence en classe suppose une présence active.

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BIBLIOGRAPHIE

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Notes

1 Cette technique ne faisait pas partie des techniques présentées par Tasha Souza lors des ateliers de formation des enseignants, mais m’a été proposée par Patricia Atherley, directrice du CETL.

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Pour citer

Isabelle Constant, Techniques d’enseignement pour renforcer la participation active des apprenants : l’expérience de l’Université des West Indies Cave Hill
Le français à l'université , 19-04 | 2014
Mise en ligne le: 01 décembre 2014, consulté le: 15 septembre 2019

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Auteur

Isabelle Constant

University of the West Indies Cave Hill (Barbade)

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