Le français à luniversité

Un troisième séminaire fructueux pour les départements universitaires de français de l’Afrique centrale, Afrique de l’Est et des Grands-Lacs

Miryam Gagnon

Texte intégral

1Le Bureau Afrique Centrale et des Grands-Lacs (BACGL) de l’AUF, en collaboration avec l’Ambassade de France au Burundi et l’Université du Burundi, a organisé le séminaire des départements universitaires de français d’Afrique centrale, d’Afrique de l’Est et des Grands-Lacs, du 9 au 12 juillet 2014.

2Dans la capitale burundaise, au sein des locaux du Centre d’Études des Langues au Burundi (CELAB), cet événement a réuni quelque 35 chefs de départements et enseignants-chercheurs du domaine venus de 15 pays (Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Kenya, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Rwanda, Tanzanie, Tchad, Tunisie).

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3Depuis 2012, le BACGL a déployé un volet d’appui aux départements universitaires de français visant à structurer un réseau des départements de français au sein de la région, à travers des rencontres régionales, une base de données des enseignants-chercheurs, une liste de diffusion, une revue de recherche et des actions spécifiques pour ces départements. Ainsi, il s’agit du troisième de ce type, après ceux menés à Yaoundé, en octobre 2012, et à Malabo, en novembre 2013.

4Ces réunions ont trois objectifs : mettre en valeur des recherches innovantes sur les langues et le français, mobiliser des expertises utiles aux départements de français et évaluer, avec les représentants régionaux réunis, les actions que l’AUF peut développer pour mieux répondre aux besoins des départements.

5Au cours des éditions antérieures, les sujets traités ont été Le plurilinguisme universitaire et l’intégration régionale, Littératures d’expression française à l’université, Nouvelles perspectives didactiques et Enseignement des langues et langues d’enseignement à l’université aujourd’hui. Cette année, le séminaire avait pour thème Usages et fonctions des langues dans la région de l’Afrique centrale, Afrique de l’Est et des Grands-Lacs.

6Le plurilinguisme est un sujet transversal dans la région. Au Burundi, cette thématique est d’autant plus actuelle qu’elle fait écho aux travaux sur la politique linguistique. En effet, le pays hôte est en pleine rédaction de sa politique linguistique et de son texte de loi sur le statut des langues. De plus, il assume le défi de son intégration régionale au sein de l’East African Community (EAC), majoritairement anglophone, tout en maintenant son attachement au français par les travaux engagés pour signer un Pacte linguistique avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et les efforts pour faire reconnaître le français comme langue officielle de travail au sein de l’EAC. Le thème du séminaire entrait donc en résonance avec les problématiques burundaises.

7Le programme1 s’articula autour de cinq moments forts. Dans un premier temps, la séance inaugurale réunit dignitaires et universitaires. Le vice-recteur de l’Université du Burundi, M. Paul Banderembako, le directeur du BACGL, M. Alain Ondoua, l’ambassadeur de France au Burundi, M. Gerrit Van Rossum et l’assistant du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M. Dieudonné Murengerantwari, prirent successivement la parole, devant un parterre de plus de 80 personnes, pour inaugurer l’événement.

8La journée d’ouverture fut consacrée à la présentation de 9 communications scientifiques par des universitaires de la sous-région. Que ce soit le plurilinguisme en Tanzanie, au Rwanda ou encore au sein de la chanson camerounaise, par exemple, les sujets furent variés et les échanges fructueux. La plupart de ces interventions seront publiées dans le quatrième numéro de la revue annuelle Synergies Afrique des Grands-Lacs2. Soutenue par l’AUF, cette revue francophone de recherche en sciences humaines est particulièrement ouverte aux travaux d’aménagement linguistique, de langues et littératures, de lexicologie, terminologie et traduction.

9Un atelier d’approfondissement sur L’harmonisation de la réforme LMD au sein des départements universitaires de français eut lieu, durant la deuxième journée. L’activité, dirigée par M. Mohamed Miled, professeur en didactique du français à l’Université de Carthage (Tunisie), avait pour objectif de délimiter un cadre méthodologique dans la perspective de l’harmonisation des licences/masters des études françaises, selon le système LMD. Une attention particulière fut portée sur les cas pratiques avec la réalisation, entre autres, de deux esquisses de canevas harmonisés pour une licence en sciences du langage et une autre en littératures française et africaine. Introduite au séminaire de Malabo, cette thématique avait suscité beaucoup d’intérêt. Cette journée permit également de valoriser le programme Dialogue d’expertise3, mené conjointement par l’AUF et l’Institut Français. Celui-ci vise à accompagner les départements de français qui le souhaitent dans la réforme ou l’élaboration de leurs cursus de formations.

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10Chaque année, cette rencontre régionale sert à évaluer les actions de l’année en cours et à dégager les priorités à mener en appui aux départements de français. En effet, le plan d’action du BACGL se fonde sur les perspectives développées par les chefs de département réunis en séminaire pour mieux répondre à leurs besoins et créer des synergies.

11Durant l’année 2014, l’AUF a lancé trois appels d’offres régionaux pour des stages professionnels, des interventions professionnelles au sein des départements et du perfectionnement à distance (FOAD). Ces actions n’ont pas trouvé un écho satisfaisant et le tir a été réajusté à Bujumbura. Deux actions structurantes et plébiscitées se dégagent pour l’année 2015 : le financement d’ateliers de perfectionnement en présentiel pour les enseignants-chercheurs sur des thématiques qui leur sont utiles et des interventions couplées de mission d’enseignement et de bourse de perfectionnement. Cette dualité permettra de pallier provisoirement un déficit de compétences pendant que la ressource locale est formée en vue de prendre le relai.

12En prélude au séminaire, une enquête en ligne avait été effectuée auprès de 200 cadres et enseignants-chercheurs des départements de français de la région afin de connaître au mieux leurs besoins pour bien cadrer la programmation 2014-2015 du BACGL. Parmi les réponses obtenues, le soutien à la recherche grâce à l’organisation de séminaires, la participation aux colloques et l’aide à la publication est l’action la plus sollicitée. Les mobilités de perfectionnement formation-recherche sont également souhaitées; tandis que les formations à distance, les mises à niveau linguistiques, les dotations pédagogiques et l’intervention de professionnels constituent les activités jugées les moins utiles. Ainsi, ces résultats présentent un relatif décalage entre les actions de l’AUF et les besoins sur le terrain. Les orientations prises à Bujumbura permirent de rectifier le tout.

13Ce temps de réflexion permit aussi de faire le point sur l’avancement de la communauté virtuelle des départements universitaires de français4 et de présenter les programmes et les outils mis en œuvre par l’AUF pour les départements.

14Finalement, un atelier d’écriture, animé par le Pr Jean-Claude Makomo de l’Université Officielle de Bukavu, a clôturé cette rencontre régionale. Les interventions en 2014 sont essentiellement tournées sur la professionnalisation des départements de français et la recherche. Cet atelier de formation et d’expérimentation permit de valoriser le volet « Littérature », une part importante des départements universitaires de français. Cet aspect sera aussi renforcé par la publication d’une Anthologie de la littérature de l’Afrique centrale et des Grands-Lacs, en 2015.

15Au regard des travaux réalisés et des retours des participants, ce séminaire fut une réussite que les médias burundais soulignèrent à travers une bonne couverture médiatique5. L’Université du Burundi et l’Ambassade de France au Burundi contribuèrent à ce succès, et nous souhaitons renouveler nos remerciements à leurs égards. Ces rencontres représentent un espace unique d’échange et de dialogue pour les collègues de l’Afrique centrale, de l’Afrique de l’Est et des Grands-Lacs. Les instants de convivialité autour du dîner offert par l’Université du Burundi et lors d’une excursion dans la réserve de la Rusizi ont permis de renforcer ces liens professionnels autant que personnels.

16Rendez-vous l’année prochaine avec un nouveau thème et une nouvelle destination...

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Notes

1 Programmation disponible au http://www.auf.org/media/adminfiles/Programme_s%C3%A9minaire2014.pdf

2 Les 3 numéros de Synergies Afrique des Grands Lacs sont disponibles en ligne: http://gerflint.eu/publications/synergies-afriques-des-grands-lacs.html

3 Voir le site http://dialoguedexpertise.org/ pour la présentation de cette initiative.

4 Lien de la communauté virtuelle des départements universitaires de l’Afrique centrale, des Grands Lacs et Afrique de l’Est: http://www.savoirsenpartage.auf.org/groupes/20/

5 Les entrevues sont en ligne au http://www.bi.refer.org/spip.php?article455

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Pour citer

Miryam Gagnon, Un troisième séminaire fructueux pour les départements universitaires de français de l’Afrique centrale, Afrique de l’Est et des Grands-Lacs
Le français à l'université , 19-03 | 2014
Mise en ligne le: 22 septembre 2014, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Miryam Gagnon

Volontaire internationale de la Francophonie - Chargée de projet pour le soutien aux départements universitaires de français pour l’Afrique Centrale, Afrique de l’Est et des Grands Lacs

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