Le français à luniversité

Éducation aux langues. Contextes et perspectives. Mélanges offerts à Jean-Claude Beacco

Haydée Silva

Référence de l'oeuvre:

Stratilaki, Sofia et Raphaële Fouillet (dir.), (2013), Éducation aux langues. Contextes et perspectives. Mélanges offerts à Jean-Claude Beacco, Riveneuve éditions, Paris, 361 pages.

Texte intégral

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1Ces mélanges offerts à Jean-Claude Beacco, universitaire et homme de terrain accompli, permettent de (re)découvrir sous des angles très variés le parcours de ce témoin et acteur du domaine de la didactique des langues et des cultures. Cet itinéraire atteste d’un ensemble d’intérêts et de compétences dont Coste souligne dans l’avant-propos la cohérence totalisante. L’ouvrage offre aussi et surtout la possibilité d’emprunter 16 séduisantes portes d’accès dans ce domaine disciplinaire complexe, afin que chaque lecteur trace son propre chemin.

2Le volume comprend 20 chapitres, répartis en 4 sections thématiques, qui cherchent à rendre compte des 4 voies principales des travaux de Beacco. Chaque section commence par une présentation, suivie de quatre textes dus à la plume de contributeurs émanant de traditions et d’horizons scientifiques différents.

3Ainsi, dans « I. Didactique des langues et des cultures », Portine présente et discute trois notions de conceptualisation, renvoyant à autant de formes de pensée-langage, en lien avec différentes conceptions de la didactique des langues; après une mise au point théorique, il fournit un exemple pratique et évoque des voies de recherche encore à défricher. Weber s’intéresse quant à elle à l’évolution de la didactique de l’oral au XXe siècle; s’appuyant notamment sur la Grammaire de la diction française de Le Roy (1912), elle interroge les différents types de savoir (savants, scolaires, ordinaires) en lien avec les représentations sociales. Rolland aborde pour sa part l’enseignement et l’apprentissage du vocabulaire, en renvoyant à une collection d’ouvrages qui reposent sur des regroupements sémantiques fonctionnels et notionnels, où sont mis en valeur les mots hyperfréquents, polysémiques et à haut potentiel combinatoire. Finalement, Commin présente une recherche en cours, où elle explore les représentations culturelles dans les activités de grammaire proposées dans 35 manuels de français langue étrangère parus entre 1980 et 2000, afin de rendre compte des connaissances que les discours didactiques produisent et font circuler.

4La partie intitulée « II. Politiques linguistiques éducatives, contextes d’enseignement/apprentissage du français » réunit quatre contributions ancrées sur le terrain. Renvoyant à des sources théoriques, à des statistiques et à son expérience personnelle, Tremblay y dresse un bilan critique des différentes politiques linguistiques éducatives en Europe depuis 1954. Ensuite, à partir de l’analyse de prises de position de l’Assesseur Régional de l’Éducation et de la Culture dans 22 articles parus dans l’hebdomadaire italien Le peuple valdôtain entre 2010 et 2012, Cavalli décortique les aléas de la langue comme question de pouvoir. Charconnet, depuis l’archipel du Vanuatu, et sur le mode du cas d’école, livre un témoignage sur les tensions entre anglais et français dans le système scolaire de ce pays, l’un des pays les plus riches au monde en termes de diversité linguistique. Enfin, Capdepont brosse un panorama des politiques linguistiques éducatives en Amérique latine hispanophone aux XIXe et XXe siècles, depuis l’époque du « tout castillan » jusqu’à l’époque actuelle — « temps d’incertitudes, temps d’initiatives » —, en passant par l’ouverture à la diversité européenne, l’établissement de liens privilégiés avec l’Alliance française et l’essor de l’enseignement de masse.

5La troisième partie a pour titre « III. Plurilinguisme, identités, contacts des langues ». Duverger, depuis son expérience en tant qu’inspecteur de l’Éducation nationale, y défend une approche plurilingue dans les écoles françaises hors de France, avec un accent particulier sur l’enseignement/apprentissage de la lecture. Dahlet, qui partage avec Beacco la conviction sur la vertu heuristique et émancipatrice du plurilinguisme, adopte une perspective sociolinguistique pour montrer comment les répertoires langagiers, passés au tamis de la coupure et du mélange, participent aux tensions de la construction identitaire des acteurs sociaux; il propose donc de passer des pluri aux mixilinguismes. Les tensions productives réapparaissent sous la plume de Dreyer qui, mettant en regard les représentations sociales liées au plurilinguisme, et à partir de son expérience à Taiwan, avance des suggestions didactiques pour un travail de (dé)construction des représentations et de (re)connaissance de l’Autre à travers la langue. Pour clore cette partie, Chardenet scrute les frontières linguistiques et les lieux d’interlocution plurilingues, devenus encore plus instables et mouvants à l’ère de la mondialisation et de l’essor des technologies; à travers les notions d’entre-les-langues, tectonique des langues, flux et pôles, et espaces d’interlocution, il pose les éléments pour un interlinguisme méthodologique.

6Dans la quatrième et dernière partie, « IV. Ingénierie de la formation en langues », Bourdet part de la notion de méthodologie circulaire élaborée par Beacco (1995) pour montrer en quoi elle peut constituer un outil pour mieux interroger le savoir-faire enseignant ainsi que l’articulation possible entre perspectives didactique, méthodologique et pédagogique. Riba, en renvoyant aux étapes du projet porté par Beacco pour mettre en place des référentiels pour le français, insiste sur le potentiel structurant de la description des niveaux de référence dans le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR). Pour sa part, sur la base d’expériences autour de l’interaction orale chez des apprenants de niveau A1, Muller reprend la notion de genre discursif pour souligner à son tour le caractère non prescriptif des référentiels et mettre en évidence le besoin de profils différenciés de compétences. Finalement, Blin retrace son cheminement individuel face à la notion d’approche globaliste et illustre, par des exemples issus de son univers professionnel et par une réflexion sur l’interaction langagière, les raisons pour lesquelles le CECR a pu donner lieu à des lectures qui, au lieu de renouveler les pratiques d’enseignement, les perpétuent sous de nouvelles appellations.

7L’ouvrage se termine par une bibliographie chronologique sélective, qui devrait permettre au lecteur de poursuivre de manière plus ciblée son exploration d’une œuvre particulièrement foisonnante et significative.

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Pour citer

Haydée Silva, Éducation aux langues. Contextes et perspectives. Mélanges offerts à Jean-Claude Beacco
Le français à l'université , 19-02 | 2014
Mise en ligne le: 06 juin 2014, consulté le: 25 mai 2019

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