Le français à luniversité

Refonder l’enseignement des langues anciennes : le défi de la lecture

Mihaela Popescu

Référence de l'oeuvre:

Augé, Dominique, (2013), Refonder l’enseignement des langues anciennes : le défi de la lecture, ELLUG, Grenoble, 315 pages.

Texte intégral

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1Parler dans ce monde ultramoderne des langues anciennes semble sans doute quelque chose de désuet. De plus, croire pouvoir refonder l’enseignement du latin et du grec dans une telle réalité socioculturelle pourrait être considéré comme un fait chimérique.

2Le livre que Dominique Augé — professeure agrégée des Lettres classiques au lycée et docteure ès sciences de l’éducation — propose au lecteur a donc une mission tout à fait ingrate, et l’auteure en est bien consciente. La question écho lancée dès les premières lignes de l’Avant-propos, « Pourquoi s’interroger aujourd’hui sur l’avenir des langues anciennes quand on entend parfois leur fin programmée? », en est un argument. Mais cette question a aussi la fonction de captatio benevolentiae, car le lecteur se trouve — sans s’en rendre compte — déjà intégré au milieu de la trame narrative et scientifique du livre. Et cela se passe grâce à l’expérience de l’auteure, une bonne praticienne du domaine et une spécialiste dans la pédagogie et la didactique des langues. Elle sait très bien configurer et structurer son discours, démontrer et argumenter sa thèse d’une manière cohérente et transparente, en adoptant un style simple, sans ornements rhétoriques. Tout cela pour réinventer la pédagogie et la didactique des langues « mortes ».

3Et cette démarche dont l’objectif général repose sur la découverte d’une nouvelle méthode d’enseignement des langues anciennes « qui fasse des apprenants des lecteurs de la littérature antique » (la quatrième de couverture) réussit à ouvrir de nouvelles perspectives. Bref, il s’agit de renoncer à une pratique « moins strictement disciplinaire » (p. 292) et d’« envisager l’apport des langues anciennes dans une approche de didactique comparée et d’ouverture culturelle » (ibid.).

4Cette nouvelle didactique, fondée sur « l’exemple des pédagogies actives héritées du socioconstructivisme » (p. 12), est présentée au cours des quatre chapitres du livre. Ainsi, dans un premier temps, l’auteure s’efforce-t-elle de faire l’état des lieux sur l’enseignement des langues anciennes en France, prenant en compte des facteurs externes (historiques, sociologiques) ou internes (le manque d’investissement personnel des élèves, des objectifs nouveaux associés à une approche traditionnelle, etc.). Ensuite, après un minutieux survol, constructif et critique à la fois, des autres didactiques disciplinaires, aussi bien que des ressources classiques (les manuels) et modernes (les outils TICE), Dominique Augé construit, dans le troisième chapitre, son propre parcours didactique.

5Une telle perspective pédagogique visant le processus d’acquisition de même que les stratégies d’apprentissage a pour objectif fondamental de « faire des élèves ou des étudiants des lecteurs aptes à entendre les textes anciens et à comprendre, par ce déchiffrement même, le monde d’aujourd’hui et de demain » (p. 42). Pour atteindre cet objectif, le pédagogue doit savoir trouver la spécificité de son domaine d’enseignement pour pouvoir élaborer ensuite une stratégie pédagogique, cohérente et efficace, appuyée sur les technologies modernes.

6Ce livre, didactique et métadidactique à la fois, a le grand mérite de savoir dévoiler au lecteur — grâce aussi à une longue liste d’exemples tirés du terrain — l’actualité des langues et des cultures anciennes dans le monde ultramoderne où nous vivons.

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Pour citer

Mihaela Popescu, Refonder l’enseignement des langues anciennes : le défi de la lecture
Le français à l'université , 19-02 | 2014
Mise en ligne le: 04 juin 2014, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Mihaela Popescu

Universitatea din Craiova (Roumanie)

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