Le français à luniversité

Le langage est-il logique ? De la raison universelle aux diversités culturelles

Alma Bolón

Référence de l'oeuvre:

Ghils, Paul, (2012), Le langage est-il logique ? De la raison universelle aux diversités culturelles, coll. « Intellection », numéro 18, Académia, Louvain-la-Neuve, 160 pages.

Texte intégral

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1Dans une époque marquée par le rétrécissement de la pensée spéculative, acculée à une présence quasi confidentielle et sommée de justifier son intérêt pratique, la question posée dès le titre par l’ouvrage de Paul Ghils ne peut être que très bienvenue.

2En effet, la visée uniquement pratique des langues — les langues en tant qu’instruments de communication et en tant que produits à être vendus et achetés sous le format « cours de langue » — laisse de côté toute interrogation quant à la nature de ces entités si particulières. Il suffit de songer à la critique adressée par Ferdinand de Saussure à ses prédécesseurs grammairiens et philologues à propos du manque de réflexion sur la nature de leur objet d’étude pour mesurer la profondeur d’une question toujours en attente quoique pas souvent à l’ordre du jour. Question à la fois théorique et politique.

3Plus particulièrement, l’ouvrage du professeur Paul Ghils prend pour point de départ une interrogation concernant les relations entre le langage et la logique. De ce fait, il réussit à mener sa critique et à inscrire sa réflexion dans une très ancienne tradition, héritière de la Grèce, d’un monde et d’une langue pour lesquels le mot « logos », terme dont nous avons aujourd’hui le dérivé « logique », renvoyait tout à la fois et à la langue et à la pensée.

4Comme l’on sait, la constitution « logique » du « logos » n’a pas manqué d’être mise à mal, notamment par les perspectives issues de la pensée ethnographique, anthropologique et sociologique, toujours soucieuses de rendre compte de la multiplicité et de la diversité.

5En ce sens, le sous-titre du livre de Paul Ghils annonce la couleur : « De la raison universelle aux diversités culturelles ». Cependant, chez Ghils, il s’agit moins d’un parcours qui permet de quitter un terrain (la raison universelle) pour en investir un autre (la diversité culturelle) que d’articuler une réflexion critique sur cette polarité : « L’efficacité de ces diverses démarches suppose, on le voit, que soient évitées les certitudes étriquées d’un relativisme dit postmoderne, pour laquelle toute communication efficace entre membres de communautés différentes deviendrait impossible, ou le présupposé de la communauté universelle, qui veut que tous les hommes communient avec bonheur au sein de la sphère cybernétique. »

6À l’encontre du dogme « culturaliste » et du dogme « logiciste » — du multiple infini et de l’un absolu —, l’ouvrage de Paul Ghils déploie les vastes connaissances de son auteur, qui sont loin de s’arrêter dans le monde issu de Grèce et de Rome, mais qui parviennent jusqu’en Extrême-Orient. Comme souvent l’on a les défauts de ses qualités, on peut regretter à l’occasion un arrêt plus prolongé chez certains auteurs évoqués ou cités par Paul Ghils, car parfois leur nombre nuit à la compréhension de la ligne argumentative suivie par l’ouvrage.

7Néanmoins, sans aucun doute, des lectures si étendues permettent à l’auteur une pensée sans cesse en dialogue avec un patrimoine universel, posé comme « un espace qui puisse revendiquer une forme d’universalisation, plutôt qu’une universalité toute faite ». Espace dont l’enjeu politique — et théorique — saute aux yeux, puisqu’il ne s’agit pas d’un « succédané d’une communication cristallisée dans une mondialisation qui ne serait qu’une pauvre métonymie de l’universel ». Bien au contraire, il s’agit d’une « configuration qui n’exclut pas telle ou telle composante culturelle ou rationnelle sous prétexte qu’elle ne serait pas encore entrée dans l’histoire ou en serait déjà sortie ».

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Pour citer

Alma Bolón, Le langage est-il logique ? De la raison universelle aux diversités culturelles
Le français à l'université , 19-02 | 2014
Mise en ligne le: 16 mai 2014, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Alma Bolón

Universidad de la República (Uruguay)

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