Le français à luniversité

L’image de l’enfant dans les conflits

Abdelmajid Mekayssi

Référence de l'oeuvre:

Attikpoé, Kodjo et Jean Foucault, (2013), L’image de l’enfant dans les conflits, coll. « Références critiques en littérature d’enfance et de jeunesse », L’Harmattan, Paris, 270 pages.

Texte intégral

1En une introduction et quatre parties, l’ouvrage fait le tour de la question de l’image de l’enfant dans les conflits en s’intéressant à celui-ci dans un contexte de guerre ou conflictuel de manière générale selon des perspectives historiques et/ou géographiques pour les trois premières parties. Quant à la quatrième partie, elle adopte une approche générale, éducative. Dans la première partie, intitulée « Approche de l’enfant-victime en Afrique subsaharienne », les articles se penchent sur la situation des enfants victimes et des enfants soldats dans les BD africaines francophones : les auteurs proposent une analyse historique et discursive pour définir la BD africaine, en relever les spécificités et en identifier les producteurs et les récepteurs. Par ailleurs, entre innocence et anonymat, l’enfant reste toujours une victime de L’Intérieur de la nuit à Contours du jour qui vient de Léonora Miano. Dans le dernier article de cette partie, « Dire la guerre : la parole de l’enfant-soldat », sont analysées les « multiples situations de paroles et la manière dont ces mises en abyme successives sont relayées par la mise en scène ». Françoise Heulot-Petit conclut sur l’idée que l’enfant, grâce au théâtre et à la prise de parole dramatique, devient un partenaire actif.

2L’image de la mort et de l’enfant de la guerre d’Algérie au conflit israélo-palestinien, tel est l’axe fédérateur des articles de la deuxième partie. Anne Schneider s’intéresse donc à l’évolution du statut de l’enfant acteur ou spectateur dans un corpus d’ouvrages de littérature de jeunesse. Pour ce qui est du genre qu’analyse Pierre-Louis Fort, il n’est ni album ni BD ou les deux à la fois, mais il permet d’évaluer la portée de la mort et le rôle qu’elle joue dans l’œuvre littéraire pour la jeunesse : mort/tension ; mort/scène ; mort évitée. Quant à Gharraa Mehanna, elle mesure l’impact des conflits sur la vie sociale de l’enfant ; elle analyse la représentation de la famille pour étudier l’influence des parents sur la découverte du monde par l’enfant. Ensuite, elle analyse comment la fiction reflète le réel et dévoile les différents statuts de l’enfant, pour enchaîner enfin sur la dimension politique du social.

3Dans la troisième partie, intitulée « L’image de l’enfant dans les conflits pour les enfants d’Europe », Daniel Aranda s’intéresse à l’image de l’enfant médiateur dans la littérature de jeunesse française de 1914 à 1918, alors que Mariella Colin présente l’image de l’enfant comme stéréotype de deux figures : l’enfant italien, supérieur et dominant, et l’enfant éthiopien, inférieur et dominé. Cette littérature tout aussi stéréotypée cible principalement la jeunesse italienne pour la conforter dans sa situation de force. L’article de Karine Lapeyre traite, dans le cadre de la guerre d’Espagne, les images de l’enfant victime de la barbarie fasciste, l’enfant protégé par la République et l’enfant acteur dans le conflit. Après la fin du conflit, l’enfant est instrumentalisé pour promouvoir une nouvelle situation. Béatrice Finet étudie le personnage de l’enfant victime de la Shoah, lequel personnage permet d’ancrer l’histoire dans la mémoire. Dans l’article intitulé « Donner à lire l’illisible », Christine Moulin, en terme d’énonciation, s’appuie sur la notion de tension entre narration textuelle et narration iconique afin de montrer comment la littérature de jeunesse prend l’enfant à témoin pour raconter dans divers objectifs notamment instructif, didactique ou militant.

4Dans la partie IV, qui porte le titre « Approche générale, éducative », les auteurs du premier article, « Images d’enfants en guerre, pour quelle éducation ? » s’interrogent sur le rôle de l’enfant-héros dans la fiction, sur les valeurs défendues et sur la réception. La portée didactique est mise en avant au détriment de la valeur littéraire : « Entre didactique et littérature, le récit historique permet donc au jeune lecteur de se construire en tant qu’individu et en tant que citoyen » (p. 230). Dans le deuxième article, « L’enfant et la guerre aux éditions Rue du Monde », le thème de l’enfant et la guerre devient un choix éditorial pour interpeller le lecteur et promouvoir la paix, notamment en matière de personnage et de langage, de polyphonie et de poétique. Pour Isabelle Smadja, enfant sauveur ou enfant soldat, dans les deux cas, l’enfant évolue en contexte de combat.

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Pour citer

Abdelmajid Mekayssi, L’image de l’enfant dans les conflits
Le français à l'université , 19-01 | 2014
Mise en ligne le: 24 février 2014, consulté le: 25 mai 2019

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Auteur

Abdelmajid Mekayssi

Université Mohammed V – Agdal (Maroc)

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