Le français à luniversité

Lire et relire Béatrice Poncelet. Une entrée en littérature

Nelly Chabrol Gagne

Référence de l'oeuvre:

Dardaillon, Sylvie, (2013), Lire et relire Béatrice Poncelet. Une entrée en littérature, ELLUG, Grenoble, 397 pages.

Texte intégral

1L’étude, qui se présente en quatre parties, porte sur l’exploitation en classes (CM2, Segpa) des albums de Béatrice Poncelet, dans le but revendiqué d’en comprendre les visées littéraires et culturelles. L’enjeu est de taille pour ce corpus souvent mal connu des médiateurs, voire rejeté en raison de sa complexité.

2La posture de recherche est d’abord explicitée : il s’agit de s’appuyer sur des apports théoriques généraux sûrs, dont les travaux sur la réception (Jauss, Gadamer, Meschonnic), avant de mettre en place une pédagogie à la fois (en)cadrée et originale puis d’interroger les pratiques de lecture collectives. Sylvie Dardaillon analyse ensuite l’univers iconotextuel de l’artiste, polyphonique, intime aussi, déroutant souvent. Les références, qui se spécialisent alors dans le domaine de la littérature de jeunesse (Perrot, Nières-Chevrel, Tauveron), convainquent sans jamais enfermer le lecteur dans une lecture à sens unique. Au contraire, la dimension baroque (en mouvement) et elliptique des albums est remarquée ; leurs non-dits et leurs « non-montrés » encouragent « le dialogue intergénérationnel » et de ce fait semblent appropriés pour l’étude scolaire.

3Les deux dernières parties détaillent les dispositifs pédagogiques qui serviront à pénétrer une œuvre jugée « résistante ». Dans un premier temps, le recours aux entretiens collaboratifs lève en partie les appréhensions des enfants et des enseignants, notamment à l’égard de la nécessité qu’il y aurait de tout comprendre dans un livre. Puis, Sylvie Dardaillon orchestre les activités au sein des classes, à partir des écrits réactifs des enfants, de leurs interprétations et de leurs travaux de réécriture ; ces exercices préparatoires conduisent à l’oralisation de fragments, choisis par les participants. Cette dernière séquence pédagogique, divisée en sept séances, est le point d’aboutissement de l’étude, toujours étayée par des travaux théoriques (Picard, Svenbro, Jean). Ainsi, enfants et adultes testent les effets inattendus de la mise en voix de bouts d’albums sur le corps entier puis prennent conscience que ce passage par la théâtralisation conduit à la lecture littéraire, à l’envie aussi de revenir aux albums avec d’autres interprétations : « La lecture littéraire active aboutit alors à une sorte de discours sur l’œuvre » (p. 335). Le pari semble gagné.

4L’auteure conclut sur la nécessité d’une telle pratique éducative au sein de l’école et au cœur de l’aventure littéraire. Cela signifie toutefois des enseignants mieux formés et conscients que le sens déborde toujours le texte (Siméon).

5Si nous regrettons certains manques (un découpage des parties en chapitres et sous-chapitres plus clair, d’autres titres de spécialistes de l’album dans la bibliographie, l’identification des écoles engagées dans cette expérience) et certaines affirmations (l’album est-il un genre ? pas sûr ; l’expression « notre auteure » marque un peu trop l’appropriation), l’étude de Sylvie Dardaillon a des qualités indéniables : précise, approfondie, nourrie, originale et agréable à lire, non seulement elle permet d’avoir un regard critique sur l’œuvre d’une artiste trop méconnue, mais encore elle devrait trouver place dans la bibliographie de chaque professeur des écoles en formation initiale et continue, car il y est constamment question de la construction du sujet lecteur et de « l’écologie de la réception ».

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Pour citer

Nelly Chabrol Gagne, Lire et relire Béatrice Poncelet. Une entrée en littérature
Le français à l'université , 19-01 | 2014
Mise en ligne le: 24 février 2014, consulté le: 17 juin 2019

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Auteur

Nelly Chabrol Gagne

Université Blaise Pascal (France)

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