Le français à luniversité

Littérature et jeu : des enjeux essentiels

Haydée Silva

Référence de l'oeuvre:

Marzouki, Samir (dir.), (2013), Littérature et jeu : des enjeux essentiels, coll. « Documents pour l’Histoire des Francophonies », volume 28, Peter Lang, Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 235 pages.

Texte intégral

1Les points de contact entre littérature et jeu sont multiples, tel que le prouve l’ouvrage dirigé par Samir Marzouki et organisé en quatre grandes parties : « Jeux et enjeux poétiques »; « Le mouvement des langues dans le texte »; « Jeux interdits : subversion et parodie »; « Détours, distances et transformations intertextuelles ». Reprenant des interventions réalisées lors d’un colloque tenu en 2005 à l’École normale supérieure de Tunis, 17 auteurs nous y présentent leur réflexion autour du ludique dans l’œuvre d’auteurs parfois prévisibles (Prévert, Perec, Queneau, Villon, Cervantès, E.T.A. Hoffmann, Molière) — dans la mesure où leur production littéraire a déjà fait l’objet de multiples travaux axés sur la notion de jeu —, mais aussi dans celle d’auteurs plus inattendus (Guilleragues, Gaspard, Garmadi, Memmi, Guillevic, Chamoiseau, Corbières, Victor Hugo, Claudel, Gaspard, Richepin, Jacottet…). Le jeu offre également ici une grille de lecture pour la littérature antillaise comme espace marqué par l’entre-deux et pour les récits tristaniens du XIIe siècle.

2Certes, il s’agit parfois de montrer l’absence de jeu dans ces œuvres — ou, plutôt, la faible productivité de la notion de jeu en tant que grille d’analyse et d’interprétation —, mais chaque collaborateur propose sa vision singulière, qu’il s’agisse de mettre en valeur la notion d’entre-deux souvent associée au jeu ou d’exploiter la dimension potentiellement subversive des jeux parodiques, en passant par des notions diverses telles que jeux de mots, scène de l’écriture, humour, diglossie, pataphysique, carnaval…

3Tel que le signale l’avant-propos, « La définition de la notion de “jeu” mise à contribution […] paraît très étendue » (p. 9). En fait, dans la plupart des cas, il n’y a pas de définition du jeu ou du ludique à proprement parler, les auteurs glissant parfois d’un pan de la métaphore ludique à un autre. Littérature et jeu est donc placé sous le signe du multiple, non seulement quant aux approches critiques et théoriques, mais aussi quant aux agents concernés (qui dit le jeu? l’auteur, le narrateur, le critique, le théoricien, le lecteur?) ; quant aux genres abordés (poésie, théâtre, récit, écrits « transgénériques »); quant aux époques représentées (Moyen Âge, XVIIe, XVIIIe, XIXe et XXe siècles, avec une nette prédominance de ce dernier) ou quant aux voix francophones, voire européennes, données à entendre (de nombreux auteurs français sont étudiés, mais aussi des Tunisiens, des Antillais, un Suisse, un Espagnol et un Allemand). Curieusement, malgré la présence de 12 femmes parmi les 17 auteurs de l’ouvrage, aucune des œuvres abordées n’est celle d’une écrivaine.

4À la manière d’un kaléidoscope, dont la richesse tient au jeu instable de ses fragments mobiles et colorés, Littérature et jeu donne à voir des jeux de miroir. Au lecteur de mettre en branle le dispositif ludocritique pour mieux l’apprécier.

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Pour citer

Haydée Silva, Littérature et jeu : des enjeux essentiels
Le français à l'université , 18-04 | 2013
Mise en ligne le: 19 décembre 2013, consulté le: 19 janvier 2019

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