Le français à luniversité

Le changement en français. Études de linguistique diachronique

Vilhelmina Vitkauskienė

Référence de l'oeuvre:

Combettes, Bernard, Céline Guillot, Evelyne Oppermann-Marsaux, Sophie Prévost, Amalia Rodríguez Somolinos (dir.), (2012), Le changement en français. Études de linguistique diachronique, coll. « Sciences pour la communication », volume 101, Peter Lang, 409 pages.

Texte intégral

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1Ce recueil de travaux scientifiques sur l’histoire de la langue porte sur différents états de la langue française (du français des origines au français moderne, mais deux périodes ont particulièrement été mises en avant, le français classique et l’ancien français) et présente une large gamme thématique sur de nombreux domaines linguistiques (phénomènes phonétiques, faits de morphosyntaxe et de syntaxe, ordre des mots, temps et aspects verbaux, sémantique lexicale et référentielle, marqueurs du discours). Mais l’ampleur de la thématique en général implique des idées généralisatrices de la part des auteurs de l’ouvrage, ce qui reste à désirer dans ce cas.

2Le livre a été mis à jour à la suite du colloque international DIACHRO, qui a lieu tous les deux ans et rassemble les linguistes travaillant essentiellement dans le domaine de l’histoire de la langue. Par conséquent, l’approche diachronique sert de point de départ pour l’analyse linguistique traditionnelle descriptive et couronne ainsi tous les phénomènes étudiés.

3L’ouvrage a pour objectif de traiter des changements qu’a connus la langue française depuis ses origines, en abordant les différents niveaux de l’analyse linguistique dans une perspective diachronique. Vingt-deux articles scientifiques de chercheurs différents y ont été rassemblés. Tous témoignent de l’actualité et de la vitalité de la diachronie du français non seulement dans le cadre de la linguistique historique, mais aussi moderne.

4Parmi l’ensemble des faits linguistiques étudiés, quelques sujets ont été plus amplement présentés et des suggestions bien originales ont été développées :
— sur l’ancien français (inventorisation des lexèmes disponibles en ancien français ; emplois négatifs des pronoms indéfinis — à l’intérieur de chaque paradigme, il existe des oppositions pertinentes qui donnent lieu à un véritable système ; évolution de la particule grammaticale avant, du pronom quelqu’un, leur polysyntaxie) ;
— sur le français classique (développement du marqueur discursif di de l’ancien français jusqu’au français classique ; l’impératif di connaît dès l’ancien français un emploi interjectif, mais le processus de pragmaticalisation dont il témoigne ne progresse que lentement entre le français médiéval et le français classique : di et di moi interjectifs correspondent, jusqu’à la fin du 17e siècle, encore bien souvent à des auxiliaires injonctifs de l’interrogation comparables à ceux rencontrés dans les textes d’ancien français) ;
— sur la période médiévale : l’oral et ses marqueurs spécifiques en diachronie (l’oral représenté en français médiéval, un accès construit à une face cachée des langues mortes) ; il existe une interaction stricte entre le choix de l’auxiliaire et la télicité. Cette dernière caractérise fondamentalement les constructions inaccusatives, l’analyse qui offre une meilleure explication de l’inaccusativité que celle proposée dans les hypothèses lexicalistes.

5Nous partageons l’avis du comité scientifique, qui a porté une attention particulière aux articles traitant le verbe dans ses relations à la phrase et à ses compléments (rection verbale, transitivité), mais aussi dans sa sémantique aspectuelle et temporelle : les temps grammaticaux ont été étudiés de différents points de vue dans le cadre de la théorie de la grammaticalisation, ce qui apporte un éclairage nouveau sur le système verbal du français. Le verbe étant la pierre angulaire dans le système de la langue française avait suscité l’attention particulière des chercheurs dont les conclusions en disent long : l’emploi contemporain narratif de va+inf. n’est pas la résurrection d’une forme linguistique disparue, mais un avatar, construit lentement depuis le 17e siècle, de la grammaticalisation de aller comme auxiliaire du futur périphrastique ; la comparaison de la distribution et l’évolution du futur en français avec celles de l’espagnol et de l’italien.

6La construction de l’ouvrage est cohérente, mais elle laisse à désirer : des conclusions généralisatrices, des marqueurs chronologiques ou des repères thématiques quelconques, conçus par le comité scientifique, auraient pu améliorer l’aspect visuel et conceptuel de l’ouvrage ainsi qu’ils auraient donné de la solidité aux conclusions tirées de chaque article, auraient contribué à la mise en valeur de l’idée scientifique propagée et de même, ils auraient facilité la lecture du recueil de travaux scientifiques.

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Pour citer

Vilhelmina Vitkauskienė, Le changement en français. Études de linguistique diachronique
Le français à l'université , 18-02 | 2013
Mise en ligne le: 26 juin 2013, consulté le: 18 mars 2019

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Auteur

Vilhelmina Vitkauskienė

Université de Vilnius (Lituanie)

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