Le français à luniversité

Introduction

Philippe Thoiron

Texte intégral

1Parler de traduction à l’université, c’est savoir que la première des questions abordées concerne le statut de la traduction qui peut être l’outil du traducteur ou celui du professeur, professeur de langue puis professeur de traduction. Le professeur de langue utilise la traduction à des fins didactiques qui culminent avec l’évaluation d’une performance dans la langue à apprendre. Le duo thème-version demeure bien installé dans les départements de langues étrangères des universités françaises. On constate cependant que l’évolution de la composition du public étudiant pose problème : le français n’est plus systématiquement la langue maternelle des apprenants et une piètre performance peut être attribuée à des défaillances en langue-cible, ou en langue-source, ou aux interférences d’une troisième langue. On est donc amené à tenir compte du multiculturalisme et du multilinguisme des groupes d’apprenants. Aly Sambou aborde ces questions à partir d’observations conduites au Sénégal et propose une approche dite « intégrée » dont il n’est pas interdit de penser qu’elle pourrait convenir ailleurs que sur le continent africain.

2Une autre question fréquemment soulevée concerne l’utilité d’un enseignement de traduction à l’université si l’on excepte la traduction-apprentissage. Ce n’est que dans les années 1970 que les universités françaises, dont les penchants pour la professionnalisation étaient notoirement peu marqués, ont été sollicitées pour développer des départements de Langues Étrangères Appliquées prenant en charge la formation de traducteurs et d’interprètes. L’usage de l’adjectif « appliquées » conduisait inévitablement à des choix de domaines parmi lesquels le droit, l’économie et les sciences avaient les belles parts. La terminologie devint incontournable et son enseignement s’intégra à celui de la traduction. On s’aperçut vite que la terminologie elle-même devait être associée à la connaissance des contenus disciplinaires. La formation du traducteur intègre aujourd’hui des cours d’initiation aux domaines d’application, et certains souhaitent que ces cours soient dispensés en langue étrangère. Les évolutions récentes des outils du traducteur ont été très rapides et le passage des dictionnaires papier aux bases de données et aux mémoires de traduction a augmenté le volume et la diversité des composantes dans les formations. Thierry Fontenelle décrit ici les travaux du Centre de traduction des organes de l’Union européenne, et on notera qu’il met soigneusement en garde contre des apprentissages figés : méthodes et techniques évoluent, et rien ne remplace le recours à l’esprit critique lorsqu’il s’agit de faire face aux « choix cornéliens » qu’impose un approfondissement de la formation de base du traducteur.

3Le statut de la traduction au sein de la francophonie, elle-même partie intégrante d’un monde multilingue et globalisé, a considérablement évolué lorsque les principes qui régissaient la position du français dans le monde ont dû être abandonnés. La place croissante de l’anglais dans la diffusion des connaissances a pu conduire à l’abandon de publications en français par des chercheurs francophones qui se mirent en quête de traducteurs. Notre langue devenait aussi bien langue-cible que langue-source et la Francophonie découvrait d’autres vertus à la traduction. Pour que le français demeure présent au plan international et permette l’accès à une information dont les sources sont multilingues, le recours à la traduction s’est imposé. Marc Van Campenhoudt montre ici combien la place prise par la traduction a conduit la Francophonie à envisager une « révolution copernicienne ».

4Ces contributions offrent des approches bien différentes de la traduction, mais elles la débarrassent toutes les trois de ces oripeaux ancillaires dont l’Université française l’avait parfois dotée. Elles la placent, au contraire, au centre d’un dispositif, bien appuyé sur une formation spécifique réfléchie et évolutive. La place du français dans le monde d’aujourd’hui est aussi à ce prix.

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Pour citer

Philippe Thoiron, Introduction
Le français à l'université , 18-02 | 2013
Mise en ligne le: 27 juin 2013, consulté le: 17 juin 2019

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Auteur

Philippe Thoiron

Professeur honoraire, coordonnateur (1999-2006) du Réseau Lexicologie Terminologie Traduction de l’AUF

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