Le français à luniversité

Francophonie en Lituanie

Vilhelmina Vitkauskienė

Texte intégral

1Dans les pays membres de la Communauté francophone, il existe d’importantes minorités francophones réelles (celles qui parlent le français, cette langue étant leur langue maternelle, officielle ou dominante) et francisantes (celles qui parlent ou apprennent à parler français sans que les individus qui la composent soient des Français natifs). Le nombre de ces dernières s’est considérablement accru avec l’élargissement de l’Union européenne vers l’Europe centrale et orientale, où le français est populaire comme deuxième langue étrangère. C’est le cas de la Lituanie, pays qui est depuis 1999 membre observateur de la Francophonie.

Histoire

2Un ouvrage complet ayant pour objet l’histoire de la francophonie en Lituanie n’est pas encore écrit ; pourtant, des ouvrages qui ont trait aux relations franco-lituaniennes (Grison., 2003, Dutertre, 2009) ainsi que des articles isolés sur la pratique de la langue française en Lituanie (Čebelis, 1967 ; Maindron, 2001 ; Liberiene, 1994 ) ou ceux sur certains moments historiques et culturels liant la France et la Lituanie (Chandavoine., 2003 ; Donabedian, 2000 ; Dručutė,1999 ; Dubietis, 2010) existent. Ils nous permettent d’apprendre que la langue française a laissé de profondes empreintes dans la culture lituanienne, surtout au XVIsiècle. Comme dans toute l’Europe orientale, la langue française a un statut privilégié en Lituanie : celui de la langue de culture et de l’enseignement, pratiquement dès le XVIe siècle. L’histoire lituanienne a été marquée par la présence de souverains d’origine française sur le trône du Grand-Duché de Lituanie (Henri de Valois a régné sur le Royaume polono-lituanien de 1572 à 1574), la période napoléonienne ainsi que les rapports politiques et culturels établis entre les deux pays (Bumblauskas, 2005). L’intérêt pour les langues romanes comme objet d’enseignement, en Lituanie, date du milieu du XVIIIe siècle, mais l’intérêt pour la langue française date d’une époque antérieure. À ce temps fort troublé par des événements politiques, l’ancienne Université de Vilnius occupait une place éminente dans toute la vie culturelle de l’Europe orientale.

3Le premier livre français qui paraît à Vilnius en 1757 (autres éditions en 1798, 1801, 1832) est le dictionnaire français-polonais. Ce petit dictionnaire, sans valeur particulière (son auteur est inconnu), reste pour le moment un fait isolé, et il faudra attendre encore une vingtaine d’années pour que la première grammaire française pour les étudiants du français à l’Académie de Vilnius, parue en 1774 (on connaît 15 éditions, dont la dernière en 1828), inaugure toute une série de publications, dont le nombre augmente sans cesse et témoigne de l’intérêt grandissant pour la langue française : dans la période de 1774 (apparition de la première grammaire française en Lituanie) à 1832 (fermeture de l’Université), le nombre de livres destinés à l’étude du français et édités à Vilnius monte à 33 titres ; avec les rééditions, leur nombre atteint 67 (Čebelis, 1967 : 95).

4Dès 1919, l’ancienne Université de Vilnius était rouverte et, pour affirmer la continuité de sa tradition, elle prit le nom de son fondateur, l’Université de Stéphane Batory. À la chaire de la philologie romane, organisée dès le début même, on enseignait le français, l’espagnol, l’italien, le roumain, le provençal. La Lituanie, privée de son ancienne capitale, Vilnius, organisa une nouvelle université à Kaunas où, dès 1922, fonctionna la chaire de la philologie romane. En 1939, après que la ville de Vilnius fut restituée à la Lituanie, la Faculté des Lettres de l’Université de Kaunas fut transférée à Vilnius et fonctionna dans l’Université de Stéphane Batory jusqu’à sa fermeture par les Allemands en 1943.

5Outre le milieu universitaire, la langue française occupait une place considérable dans l’enseignement secondaire en Lituanie. Les programmes du ministère de l’Instruction publique variaient considérablement d’année en année dans leurs définitions des buts et des exigences pour les langues étrangères dans les années qui suivirent la Première Guerre mondiale.

6À peu près jusqu’à 1930, dans l’enseignement secondaire dominait l’allemand, mais, peu à peu, le français commença à prendre du terrain en l’emportant bientôt définitivement. Avec la réalisation de la réforme des écoles secondaires, entrée en vigueur dès 1936, le français devint officiellement une langue de première importance dans tout l’enseignement secondaire, dont la valeur est assimilée à celle de la langue maternelle par la quantité d’heures assignées à ces deux disciplines par semaine (Čebelis, 1967 : 93).

7En 1944, à Vilnius eut lieu l’ouverture de deux écoles supérieures (l’Université de Vilnius et l’École Normale Supérieure de Vilnius) où furent organisées les chaires de la langue française pour préparer les cadres des professeurs de l’enseignement secondaire, de traducteurs et d’interprètes. Les deux institutions mentionnées continuent à fonctionner de nos jours et l’âme de la francophonie est toujours vivante à la vieille Université de Vilnius (depuis sa fondation en 1579 par les Jésuites français). Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le français a été la langue des élites intellectuelles et la première langue étrangère enseignée non seulement dans les universités de grandes villes, mais aussi dans les lycées et l’ensemble du pays.

8Le système éducatif lituanien avait repris bien des traits didactiques français et les principales œuvres de la littérature classique française ont été traduites en lituanien. Après un bref moment de stagnation du système éducatif sous le régime soviétique (1941-1990), puis l’indépendance du pays retrouvée en 1990, « la Lituanie a de nouveau manifesté le désir de renouer avec la tradition d’avant-guerre et s’est attachée à donner une nouvelle impulsion à sa francophonie. » (Maindron, 2008).

Situation actuelle du français

9Dans les établissements scolaires (tant dans le secondaire que dans le supérieur), le français est enseigné aux côtés de l’anglais et de l’allemand. Ce sont les trois principales langues étrangères enseignées en Lituanie d’aujourd’hui.

10Écoles secondaires
Le français est actuellement enseigné dans environ 450 écoles secondaires, en tant que première, deuxième ou troisième langue étrangère. Si, pendant les premières années après l’indépendance, les statistiques montraient une certaine augmentation du nombre d’élèves et d’étudiants en français (plus de 30 000 en 1997, d’après Fabrice Maindron), la situation des langues étrangères dans le système éducatif lituanien est actuellement problématique. D’après le rapport du ministère de l’Éducation et de la Science de Lituanie adressé au Centre culturel français de Vilnius, on peut se faire une idée générale sur la répartition des langues étrangères. Ainsi, durant l’année scolaire 2007-2008, le français était la première langue étrangère, choisie par 5 066 élèves (en 2006-2007, il y en avait 6 533) ; 8 128 élèves l’ont choisie en tant que troisième langue étrangère (en 2006-2007, il y en avait 7 972) ; 464 élèves l’ont choisie en tant que troisième langue étrangère (en 2006-2007, il y en avait 503).

11Il est à noter que le nombre d’élèves apprenant le français commence à baisser depuis 2000. Selon des statistiques portant sur la répartition des langues étrangères à l’école, l’anglais occupe une place grandissante dans le système éducatif. L’allemand, qui jouit d’une présence historique forte, perd lui aussi du terrain en tant que première ou deuxième langue étrangère, de même que le français.

12Écoles supérieures
Actuellement, il y a 50 établissements supérieurs (dont 15 universités nationales, 7 universités privées, 16 collèges d’État et 12 collèges privés) en Lituanie. Tous reçoivent un contingent d’étudiants ayant terminé les écoles secondaires de 12 ans d’études. Donc, côté répartition des langues étrangères, la situation reste comparable à celle dans des écoles secondaires. Dans pratiquement tous les établissements mentionnés, le français est enseigné comme l’une des langues étrangères, le plus souvent comme deuxième langue.

13Cinq universités nationales forment des spécialistes du FLE (français langue étrangère). Chaque année, elles préparent environ une centaine de personnes diplômées qui travailleront dans différents secteurs culturels du pays. L’âme de la francophonie aujourd’hui est bien vivante dans le département de la philologie française de la vieille Université de Vilnius, qui prolonge les traditions de diffusion de la culture française en Lituanie.

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BIBLIOGRAPHIE

Bumblauskas A., (2005), Senosios Lietuvos istorija,Vilnius, Alma littera.

Čebelis D., (1967), Les langues romanes en Lituanie, Kalbotyra, XV, Vilnius, Mintis, p. 93–102.

Chandavoine I., (2003), Prancūzmetis Klaipėdoje ir kas po to. Vilnius, Žara.

Donabedian P., (2000), « La situation de la langue française en Lituanie », Cahiers lituaniens, Automne, no 1.

Dručkutė G., (1999), Les relations culturelles de la Lituanie et de la France. — La Lituanie vers le XXIe siècle. Vilnius, Lithuania in the World.

Dubietis, P., (2010), Les particularités de la diffusion de la francophonie, de la langue et de la culture françaises en Lituanie : l’histoire, le présent, les perspectives — le mémoire de maîtrise dans le département de la philologie française à l’Université de Vilnius.

Dutertre G., (2009), Les Français dans l’histoire de la Lituanie (1009-2009), l’Harmattan, Paris.

Grison J., (2003), « Les guerriers lituaniens de Napoléon Ier », in Cahiers Lituaniens no4.

Liberiene S., (1994), Révision du programme de l’enseignement du français aux étudiants en droit et en économie à l’Université de Vilnius, l’École Normale Supérieure de Fontenay Saint-Cloud, CREDIF.

Maindron F., (2001), « Le français en Lituanie : situation et perspectives », in Synergies Pays riverains de la Baltique, n° 1, http://cla.univ-fcomte.fr/gerflint/Baltique1/fLituanie.pdf, mise en ligne 2008.01.10.

Vitkauskienė V., (2011), La francophonie à la portée de tous : méthode de francophonie (pour les écoles supérieures). Vilnius : Vilniaus universiteto leidykla, 248 pages.

Vitkauskienė V., (2012), Prancūzų kalbos ir kultūros paplitimas pasaulyje. Vilniaus universiteto leidykla , 295 pages.

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Pour citer

Vilhelmina Vitkauskienė, Francophonie en Lituanie
Le français à l'université , 17-04 | 2012
Mise en ligne le: 12 février 2013, consulté le: 26 juin 2019

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Auteur

Vilhelmina Vitkauskienė

Université de Vilnius, Lituanie

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