Le français à luniversité

Impostures interculturelles

Nathalie Auger

Référence de l'oeuvre:

Dervin, Fred, (2011), Impostures interculturelles, coll. Logiques sociales, L’Harmattan, Paris, 137 pages.

Texte intégral

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1L’ouvrage de Fred Dervin intitulé Impostures interculturelles souhaite dénoncer, avec raison, le manque de pertinence de l’utilisation du concept d’interculturalité dans différents domaines : en didactique des langues, en recherche, dans le monde des affaires, et même en littérature. Il était grand temps qu’un auteur s’attèle à cette tâche importante. En effet, comme M. Jourdain, chacun pense avoir sa définition intuitive et juste de la culture, des relations interculturelles et, par voie de conséquence, du multiculturalisme ou du communautarisme. Mais ces expériences personnelles font partie des folk theories, des théories populaires ayant cours au sein des sociétés (via les médias) souvent en complet décalage avec les connaissances de la recherche en la matière.

2Fred Dervin a donc décidé de présenter les conceptions interculturelles d’un certain nombre de professionnels qui travaillent dans des contextes visiblement altéritaires comme les enseignants de langue, les chercheurs, les hommes d’affaires ou de lettres. Car, pour l’auteur, ces publics se doivent d’avoir une connaissance exigeante de l’interculturel, sous peine de donner une vision tronquée et réductrice des autres. Malheureusement, sous la plume ou dans les pratiques de certains enseignants, didacticiens, chercheurs, écrivains ou commerçants internationaux, la conception des relations interculturellesse borne encore à une vision solide de l’autre (selon une variable sociale comme le groupe national, social, le sexe, l’âge, etc.). Dans certains cas plus graves, ces professionnels font preuve de déni face au contexte altéritaire (ce qui compte, c’est avant tout d’enseigner les langues ou de vendre des biens, y compris de la littérature, peu importe la situation), attitude qui revient à nier l’autre (nous n’avons pas besoin de l’interculturel). C’est pourquoi, dans sa première partie, Fred Dervin visite systématiquement ces différents domaines professionnels pour pointer les problèmes d’utilisation de la notion d’interculturel.

3Dans une seconde partie, l’auteur cherche à dépasser les impostures interculturelles qu’il vient de décrire en réintroduisant l’autre en tant que Sujet. Car c’est dans les interactions qu’autrui se définit. L’identité est mouvante, elle se négocie sans cesse dans l’interaction. Le chercheur, aux prises avec sa propre pluralité, est lui aussi complexe. Face à cet abîme inquiétant de la liquidité, tout un chacun continue d’avoir recours à des explications solides pour rendre compte du réel. Dervin propose de s’orienter vers l’analyse de la co-construction de ce qu’il appelle les diverses diversités des sujets en présence, plutôt que de chercher des marques de la diversité culturelle (« chez moi, on fait ainsi, etc. »). L’analyse de discours, qui ne cherche pas la Vérité, mais s’intéresse aux représentations, parfois paradoxales, stéréotypiques et plus ou moins évolutives qui constituent les discours (oraux ou écrits), est un outil de choix. Les discours sont forcément traversés eux-mêmes par diverses voix (le dialogisme) qu’il convient également de prendre en compte. Ces études permettraient de prendre conscience des diversités de chacun, d’apprendre à analyser les situations qui rendent difficile l’intersubjectivité afin, plus généralement, de vivre avec l’autre en évitant les procédés d’illusions et de façades. Voilà un beau programme pour un interculturel renouvelé.

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Pour citer

Nathalie Auger, Impostures interculturelles
Le français à l'université , 17-04 | 2012
Mise en ligne le: 17 décembre 2012, consulté le: 21 janvier 2019

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Auteur

Nathalie Auger

Université de Montpellier III (France)

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