Le français à luniversité

Au tour de l'Afrique

Marc Cheymol

Texte intégral

1Il y a quatre ans, l'année des Jeux olympiques étant aussi celle du congrès de la FIPF et des sommets de la francophonie, c'était à Québec qu'avaient conflué, en 2008, les enseignants de français et les Chefs d'État de la Francophonie.

2Cette année, c'est au tour de l'Afrique d'accueillir, une fois de plus à quelques mois d'intervalle, ces deux événements majeurs pour la langue française. La coïncidence fait sens. Elle a valeur de symbole. Et peut-être celui d'un nécessaire passage de relais.

3Québec qui, par ailleurs, accueillait cette année le premier Forum mondial de la langue française, et l'an dernier encore le 50e anniversaire de l'AUF, rappelant que notre association universitaire, comme d'autres institutions francophones, avait son origine dans la « Belle Province », se présentait comme le berceau des francophonies. Au forum de Québec, l'Afrique se trouvait déjà mise en valeur : en dépit des difficultés pour l'obtention de leurs visas, qui ont touché surtout les Africains et ont donné une visibilité inattendue à leur présence, près de 40 % des participants venaient de ce continent, comme le relève Haydée Silva, ce qui exprime bien le rôle croissant joué par l’Afrique au sein de la F(f)rancophonie. Tel que rappelé aussi dans ce numéro, plus d'un Africain sur deux est francophone et la prospective désigne en priorité l'Afrique, conformément au résultat des études du rapport de l'OIF, comme la région par laquelle le français a un avenir dans le monde.

4Cet état de fait recouvre deux représentations opposées : celle, défavorable, qui considère le français comme la langue du pauvre, une langue de non-développement — alors que l'anglais, comme certaines situations socioéconomiques le font apparaître, serait unilatéralement la langue du progrès —, mais aussi celle d'un atout, qui confère à tous une dangereuse responsabilité : cette sorte d'exclusivité de l'Afrique, pour le français, contraint les francophones à l'innovation ou à l'invention de nouveaux modèles, et les Africains, en particulier, à réussir.

5L'avenir du français, qui en d'autres temps est passé par la France, par le Québec, passe désormais par l'Afrique.

6Que le Sommet des Chefs d'État se tienne du 12 au 14 octobre à Kinshasa, autour du thème « enjeux environnementaux et économiques face à la gouvernance mondiale », est le signe — nous l'espérons — d'une prise de conscience par les Africains de ce défi qui leur est lancé, et d'une prise en charge de leur avenir, qui est aussi notre avenir. Il y a des chances pour qu'y soit solennellement et durablement affirmé le rôle de l'université en tant qu'acteur majeur du développement durable des sociétés.

7Ce serait alors reconnaître aussi l'importance du vecteur que constitue la langue dans la transmission du savoir dans le développement et dans la gouvernance.

8À la suite d'échos des manifestations importantes de Québec et de Durban, le présent numéro décrit quelques cas de figure capables d'en nourrir l'espoir : les témoignages sur l'utilisation du français dans des contextes aussi différents que les maternités au Congo, les centres d'apprentissage au Tchad, la formation des professeurs à l'université en Afrique du sud ou la didactique du FLE au Cap Vert ;  le projet Afripédia, destiné à permettre le désenclavement des universitaires, étudiants et écoliers africains, même dans des lieux où les nouvelles technologies n'ont pas encore branché leurs réseaux en ligne ; les formations en intercompréhension, nées en Afrique (séminaire au Mozambique), revenues récemment en Côte d'Ivoire, en réponse aux demandes créées par le contexte si richement multilingue ; le développement du projet Planète Libre, dont le volume Rabearivelo, qui vient de paraître, annonce un traitement scientifique semblable de l'œuvre des écrivains méconnus de ce continent.

9Mais des expériences innovantes et des projets pilotes ne peuvent, pas plus que la circonstance officielle, être suffisants, et les francophones d'Afrique et de tous les pays ne sauraient s'en satisfaire sans leur apporter leur propre élan.

10Pour la seconde fois cette année, les principaux acteurs, gouvernementaux après les enseignants, se trouvent rassemblés autour de l'Afrique.

11Maintenant, le tour de l'Afrique est venu.

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Pour citer

Marc Cheymol, Au tour de l'Afrique
Le français à l'université , 17-03 | 2012
Mise en ligne le: 09 octobre 2012, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Marc Cheymol

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