Le français à luniversité

Points de vue sur le Forum Mondial de la Langue Française de Québec, 2-6 juillet 2012

Texte intégral

1Le premier Forum Mondial de la Langue Française s'est tenu à Québec du 2 au 6 juillet 2012 à l'initiative de l'Organisation Internationale de la Francophonie. Il a accueilli 1 300 participants francophones en provenance de 104 pays pour débattre sur l’actualité et l’avenir de la langue française. L'Agence universitaire de la Francophonie a proposé et subventionné la participation de trente jeunes chercheurs de tous horizons. Nous donnons aujourd'hui la parole à cinq d'entre eux, qui nous font part de leurs réflexions sur cet événement pionnier.

2Pour la première fois dans l'histoire de la Francophonie, un espace fut créé dans la perspective de permettre aux acteurs de la société civile et, en particulier, à la jeunesse de tous les pays francophones de la planète, de s'impliquer et de travailler, comme acteurs véritables, à l'avenir de la Francophonie en tant que valeur commune au-delà des différences. L'un des points forts de ce Forum tenait au fait que la jeunesse y fut considérée comme l'avenir même de la « Francophonie de demain ». Aujourd'hui, il ne s'agit pas uniquement de la Francophonie dite institutionnelle, des sommets des chefs d’État et de gouvernement, mais d'une Francophonie où la société civile, et particulièrement la jeunesse, est désormais considérée comme un pilier essentiel et la « gardienne » de la langue française. Cependant, beaucoup reste à faire pour assurer la survie du français et de la Francophonie en général, si l'on tient compte des enjeux multiples et multiformes de la mondialisation. Le Forum pourrait être considéré comme le fer de lance de cette « bataille ». Il faut une réflexion constante sur la Francophonie. Ce Forum fut, pour moi, un événement très enrichissant tant sur les plans académique, professionnel que personnel. Et il a inculqué à la jeunesse cette « conscience » de ce qu'elle représente dans l'espace francophone. Elle devra donc assumer cette responsabilité : être la Francophonie de demain !
Gédéon Jean
(Avocat au barreau de Port-au-Prince, Haïti)

3La diversité des activités et des thèmes lors du forum a été l’objectif primordial des organisateurs. Des conférences, des tables rondes, des cafés culturels, des ateliers ont mis l’accent sur quatre grandes thématiques : la diversité linguistique, les références culturelles, le nouvel univers numérique et l’économie, le travail et la formation. Ce premier rendez-vous fut un événement exceptionnel dans l’histoire de la francophonie en rassemblant des jeunes participants en tant que créateurs et promoteurs de la langue française. Manifestation linguistique et culturelle, le Forum fut un grand espace de rencontre et de partage des expériences personnelles des participants qui ont exprimé leurs points de vue et qui ont débattu des problèmes et des défis relatifs à la situation actuelle et à l’avenir de la langue française. La jeunesse francophone du monde entier a été transformée en une famille francophone vivant dans un petit village, le Forum, unifié par la langue de Molière. Selon M. Bernard Cerquiglini, recteur de l’AUF : « Le forum a été un passage de flambeau ; la francophonie de demain est là avec les jeunes dynamiques. »   
Fairouz Salmane
(Université C. Doukhali, Maroc)

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4Le Forum était l'occasion de considérer les enjeux relatifs au français comme langue internationale à l’heure de la mondialisation. Mais la présence des pays non francophones au Forum a prouvé que la francophonie dépassait le cadre de la Francophonie institutionnelle. Les interventions de Pete Selleck, président et chef de la direction Michelin Amérique du Nord, d'Henri Lopes, ambassadeur du Congo-Brazzaville à Paris, de Marie-Christine Saragosse, directrice générale de TV5Monde, de Claude Hagège, linguiste, et de Rithy Panh, cinéaste, entre autres, ont démontré la vitalité de la langue française dans plusieurs domaines. « Le plus important, c'est de changer les choses [...] C'est de faire en sorte que la langue française ne meure pas, qu'elle se perpétue et qu'elle arrive véritablement à s'imposer dans l'économie, dans la recherche et dans l'éducation », a affirmé le poète sénégalais Amadou Lamine Sall. Le volet festif du Forum, qui a inclus la projection de documentaires, l’organisation de concerts et de jeux sur la francophonie, a contribué à dynamiser les échanges et à montrer la richesse des expressions culturelles. Avant de clore le Forum, les participants ont proposé une liste de 15 priorités qu'ils jugent essentielles pour l'évolution de la francophonie. L'affirmation du français dans le monde des affaires, l'éducation, la recherche, les industries culturelles et la communication figurent parmi elles. Les jeunes souhaitent aussi promouvoir la mobilité des francophones et la féminisation de la langue française pour reconnaître l’égalité des genres.
Babusha Verma
(Université de Dehli, Inde)

5Le Forum Mondial de la Langue Française était une curieuse expérience. Un rendez-vous avec le français qui a pris une forme, un corps physique qu'est la société civile dans sa plus grande diversité. On a pu voir le français vivant, hors des manuels et des grammaires, qui constitue toute une communauté active, tant en littérature qu'en économie. Les buts principaux de cette considérable réunion étaient de prôner cette langue, de la développer dans les différents domaines de la vie, de l'utiliser de plus en plus au quotidien, mais aussi de soulever les nombreux problèmes qu'elle affronte. Les aspirations des organisateurs du Forum ont-elles été atteintes ? Une réussite incontestable. Le Forum était un événement riche en personnalités et en activités qui ont esquissé des points de départ dans la réflexion des participants. Des thèmes comme l'importance du multilinguisme en milieu social et professionnel, la mobilité des francophones dans le monde moderne, la recherche scientifique et les atouts du français face à l'anglais, l'enseignement et ses méthodes, le numérique en français, le rôle des politiciens pour renforcer l'utilisation de la langue — voilà quelques-uns des grands titres autour desquels était organisé le Forum. De surcroît, le rassemblement de jeunes participants aux côtés de représentants d'organisations et d'agences, d'enseignants et d'universitaires a abouti à un échange précieux, espérons-le, pour la diffusion et la transmission de la langue à l'avenir. Toutefois, étant la première édition de cette envergure, le Forum reste un événement trop grand pour répondre à toutes les questions. Au cours des discussions, le temps s'avérait souvent insuffisant pour le grand nombre de réactions, témoignant de l'implication active du public. Aussi, les jeunes n'avaient pas souvent la parole, ni n'animaient d'ateliers. C'étaient plutôt des professionnels expérimentés qui faisaient part de leurs conceptions, alors que les jeunes auraient pu exprimer leur vision de l'enseignement, de l'état du français dans leur milieu, donner leur avis sur l'amélioration de la situation de la langue dans toutes les thématiques énoncées, car c'est la jeunesse qui composera la société civile de demain, et son opinion compte à présent.
Gergana Zlatinova Georgieva
(Université de Sofia Saint Kliment Ohridski, Bulgarie)

6Concernant l’univers numérique, il ressort des propositions que les programmes d’enseignement « de et en français » doivent intégrer la formation en technologies de l’information et de la communication. Il serait d’ailleurs préférable de commencer l’initiation à l’informatique dès l’éducation de base. Cependant, il ne faut pas se contenter de créer les conditions pour favoriser la familiarité avec le monde du numérique. Il faut également faire en sorte que les utilisateurs puissent y trouver des opportunités qui répondent à leurs attentes et à leurs centres d’intérêt. En l’occurrence, pour ce qui est des chercheurs ou des étudiants, il faudrait qu’ils puissent consulter en français les résultats de recherches dans différents secteurs d’activité, quelle que soit la langue dans laquelle la version originale a été publiée. De même, il faudrait rendre accessible aux non-francophones le fruit des travaux effectués en français. Par ailleurs, un autre point essentiel du Forum a concerné la nouvelle vision à impulser à la francophonie. En effet, il s’agit désormais de s’inscrire dans la dynamique d’une francophonie multilingue qui ne se livre pas à une compétition avec les autres espaces linguistiques, mais au contraire s’ouvre aux autres langues, que celles-ci aient un caractère international ou national. Ainsi, les locuteurs des autres langues pourront accepter de s’initier au français sans risque de perdre leur identité linguistique et, inversement, les francophones pourront en faire autant, car comme le déclarait à juste titre Son Excellence Abdou Diouf, « une langue ne peut survivre à l’enfermement ; elle ne circule jamais mieux qu’avec ses locuteurs ». Monsieur Bernard Cerquiglini, Recteur de l’AUF, ne disait pas autre chose quand il affirmait que « l’unilinguisme est le nouvel analphabétisme ».
Tano Anselme Camille N'Da
(Institut de la Francophonie pour l'Administration et la Gestion, Bulgarie)

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Pour citer

Points de vue sur le Forum Mondial de la Langue Française de Québec, 2-6 juillet 2012
Le français à l'université , 17-03 | 2012
Mise en ligne le: 11 février 2013, consulté le: 19 mars 2019

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