Le français à luniversité

De Québec à Durban, la langue française à l’honneur

Haydée Silva

Texte intégral

1Pour tous ceux qui, comme nous, ont choisi de faire le pari de la langue française à l’université, juillet 2012 aura été un mois particulièrement riche. Deux grandes rencontres de natures différentes, mais complémentaires, méritent particulièrement d’être signalées : le Forum mondial de la langue française (FMLF), qui s’est déroulé à Québec du 2 au 6 juillet, et le XIII Congrès de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), célébré à Durban, en Afrique du Sud, du 23 au 27 juillet.

2Début juillet, près de 1 300 participants en provenance de 104 pays se sont donné rendez-vous à Québec pour une semaine de fructueux échanges lors de la première édition du FMLF. Porté par l’Organisation internationale de la Francophonie, ce forum a été organisé en collaboration avec le gouvernement du Québec, avec le soutien du gouvernement du Canada et de la Ville de Québec. Cependant, il a été essentiellement conçu comme « un grand rassemblement de la société civile où toutes les générations, hommes et femmes, groupes organisés ou individus, universitaires, diplomates ou citoyens [viendraient] partager leur amour de la langue française, leurs craintes, leurs ambitions et leurs espoirs ». Placé sous le signe de la pluralité, le FMLF a réussi la gageure de brasser des participants issus de milieux géographiques, linguistiques, disciplinaires et institutionnels très différents.

3Le programme était extrêmement alléchant. Pour commencer, un très riche volet était consacré aux spectacles, avec en tout une cinquantaine d’activités gratuites et accessibles à tous. L’ouverture du Festival d’été a notamment été dédiée à la langue française avec, entre autres, la présence de Grand corps malade, qui a spécialement composé pour l’occasion un slam interprété sur scène avec plusieurs jeunes ambassadeurs de la francophonie venus des quatre coins du monde. À cela s’ajoutaient près de deux centaines d’activités organisées autour de quatre grands axes thématiques et leurs sous-thèmes respectifs :

41. L’économie, le travail et la formation 
2. Les références culturelles 
3. Le nouvel univers numérique 
4. S’enrichir de la diversité linguistique

5Le souci de réunir des acteurs de la francophonie issus de domaines habituellement cloisonnés était visible : par exemple, pour lancer le débat autour du français dans les milieux de formation, nous étions trois experts universitaires en didactique de la langue, mais aussi un ingénieur, un notaire et un homme politique. Si le professeur africain également invité n’a pu être présent, les jeunes en provenance de ce même continent ont été nombreux à prendre la parole pour évoquer en la problématisant la place du français dans la formation scolaire et universitaire. Près de 40 % des participants au FMLF étaient d’ailleurs africains, ce qui traduit bien le rôle croissant joué par l’Afrique au sein de la F(f)rancophonie.

6Un deuxième souci important, celui de favoriser des nouveaux mécanismes d’échange, a également porté ses fruits : les intervenants ont été priés d’éviter les présentations magistrales au profit des échanges avec la salle. Au-delà des grandes conférences et des séances plénières et semi-plénières, des dispositifs d’interaction relativement moins habituels tels que les discussions dirigées, les travaux en ateliers, le « marché aux idées » ou l’assemblée citoyenne ont été mis en place, dans le but d’encourager un véritable dialogue. Avec plus ou moins de succès, certes, d’autant plus que le foisonnement des activités proposées favorisait l’éparpillement du public, mais le bilan global reste très positif.

7Le numérique a eu le beau rôle, et pas uniquement dans les discours. De nombreux outils technologiques ont été prévus en amont et en aval du FMLF, dont des comptes spécifiques sur deux grands réseaux sociaux, un blogue et la diffusion en direct sur le Web de plusieurs activités. Il est par ailleurs encore possible de visionner la plupart des vidéos en webdiffusion1.

8La présence des jeunes a été particulièrement active et importante : intervenants, organisateurs, participants actifs aux discussions, ils ont aussi animé avec passion et professionnalisme, tout au long de la semaine, la Radio Jeunesse des Amériques2. Plusieurs des participants — jeunes et moins jeunes — n’ont par ailleurs pas hésité à arborer le carré rouge pour marquer leur soutien au mouvement étudiant québécois. Malheureusement, plusieurs dizaines de jeunes engagés en faveur de la francophonie à travers le monde n’ont pas pu se rendre à Québec, à la suite de problèmes liés à l’obtention du visa canadien, malgré la prise en charge offerte par diverses instances francophones. C’est en partie pour cette raison que la mobilité au sein de la Francophonie a été choisie comme la première des quinze priorités identifiées lors de la clôture du FMLF (le texte complet de cette déclaration finale peut être consulté en ligne3.

9La mobilité des étudiants, des professeurs et des chercheurs est sans doute aujourd’hui l’une des priorités des universités francophones. Parmi les autres motions finales, citons ici celles où les établissements d’enseignement supérieur ont un rôle clé à jouer : la promotion du français et du plurilinguisme ; l’accès universel des populations francophones aux technologies ; le soutien à l’alphabétisation numérique ; la production et la numérisation des contenus francophones ; la création de communautés d’apprentissage et d’entraide ; la réflexion depuis l’université sur l’enseignement du français à l’école ; enfin, la production et la diffusion de la recherche scientifique en français. Ces propositions, qui cherchent à exprimer les préoccupations communes à l’ensemble des participants à ce forum citoyen, ont moins valeur de manifeste institutionnel que de programme d’action, visant à orienter les initiatives présentes et à venir en faveur de la langue française.

10Plusieurs des principes et des points forts du FMLF que nous venons de citer ont guidé l’organisation d’une manifestation ayant placé elle aussi la langue française au cœur de ses préoccupations, et qui arrivait quant à elle à sa treizième édition : le congrès mondial de la FIPF.

11Signalons d’abord le choix de tenir pour la première fois le plus grand rassemblement international des professeurs de français sur le continent africain : il s’agissait de reconnaître, tel que l’affirme Jean-Pierre Cuq, président de la FIPF, « que l’Afrique est le continent qui a le plus grand nombre d’apprenants, réels et potentiels, et aussi le plus grand nombre d’enseignants. C’est dire qu’une part importante, pour ne pas dire majeure, de l’avenir du français se joue sur ce continent. »

12Si le FMLF a été placé sous le signe du débat, le congrès de la FIPF l’a été plutôt sous celui de la mutualisation de réflexions et d’expériences relatives à l’enseignement et à la diffusion de la langue française dans le monde, marquées par une dynamique « entre mondialisation et contextualisation ». Davantage axé sur la dimension didactique, le congrès de la FIPF a néanmoins accordé une place importante aux divers acteurs de la francophonie. Dans ce sens, il convient sans doute de saluer l’initiative visant à créer un séminaire spécifiquement consacré aux jeunes chercheurs. Jeunes chercheurs, jeunes professeurs, étudiants et élèves ont été explicitement invités à « présenter des projets créatifs et originaux ». Cela s’est traduit par des propositions associant le français au théâtre, à la poésie, à l’écriture créative ou encore au tango.

13Au congrès de la FIPF, comme au FMLF, il a été parfois très difficile de faire son choix, même si des désistements de dernière minute ont réduit le nombre important d’options en concurrence. Trois axes thématiques ont été proposés : « oser le français », pour interroger le statut de cette langue depuis la perspective de la sociolinguistique, des politiques linguistiques et de la didactique ; « regards croisés », pour mettre en contraste les modalités d’apprentissage et d’enseignement du français selon des contextes spécifiques ; « cultures, culture… », pour mettre en valeur la notion de diversité en général et de diversité culturelle en particulier.

14Bref, sur la grille de mots croisés de la francophonie actuelle, le mois de juillet 2012 aura inscrit, par ordre alphabétique : Afrique, alternatives, citoyenneté, culture, dialogue, diversité, économie, engagement, innovation, jeunes, mobilité, recherche, réseautage, technologies…

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Pour citer

Haydée Silva, De Québec à Durban, la langue française à l’honneur
Le français à l'université , 17-03 | 2012
Mise en ligne le: 19 février 2013, consulté le: 15 septembre 2019

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