Le français à luniversité

Les créoles à base française

Jonas Rano

Référence de l'oeuvre:

Hazaël-Massieux, Marie-Christine, (2011), Les créoles à base française, coll. « L’essentiel français », Ophrys, Paris, 165 pages.

Texte intégral

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1L’auteure, professeur émérite de linguistique, particulièrement attachée à l’histoire de l’écriture des langues créoles, est une spécialiste reconnue puisqu’elle a publié de nombreux articles et ouvrages sur les créoles, notamment Écrire en créole (L'Harmattan, 1973), Les créoles : l'indispensable survie (Éditions Entente, 1999), Textes anciens en créole français de la Caraïbe : histoire et analyse (Publibook, 2005). L’auteure consacre cette étude exemplaire dans son intention qui est de « donner un aperçu du fonctionnement d'ensemble des langues créoles » et dans le réel sens du mot « créole » qui peut ou devrait servir d’exemple d’écriture d’une langue créole de référence.

2Cette recherche, visant à ce « que les créoles répondent à des règles précises quant à leur prononciation et à leur écriture, que leurs grammaires soient décrites et bien connues », est articulée en sept chapitres et trois parties distinctes. La première compte les chapitres II à IV, la seconde les chapitres V à VI, et la troisième concerne le septième chapitre.

3L’auteure prend appui sur une importante documentation, certes, mais qui, à mon sens, reste trop signalée par ses propres travaux, quand de nombreux spécialistes des créoles comme Merrit Ruhlen, Raymond Relouzat, etc., ont apporté une grande contribution à l’expression écrite des langues créoles.

4Néanmoins, dans son introduction générale visant à instruire sur l’ensemble de la compréhension des langues créoles, l’auteure invoque la dynamique du processus de créolisation qui est ontologique aussi bien qu’anthropologique, sociohistorique que culturelle. Cependant, elle adopte des données indiscutables pour les premières et tout aussi discutables pour les secondes : sans doute ne pense-t-on plus qu'il importe peu de comprendre, mais les travaux philosophiques les plus en vue sont bien souvent rédigés comme si la compréhension pouvait se passer d'élucidations.

5De la sorte, il est intéressant de trouver dans le glossaire l’explication d’un certain nombre de termes techniques appropriés, comme leur exploitation méthodique dans le reste de la démonstration. C’est un ouvrage qui peut prétendre être un guide, un véritable outil pédagogique.

6Quelques traductions douteuses parce que traduites directement du créole sans le préalable du recul nécessaire à la maîtrise des nuances « horizontales » du créole servant de base d’étude convoquent une sorte de sensibilité à la nature spécifique de l’énoncé poétique qui est flottant, polyvalent. Les quelques erreurs relevées (de frappe ou d’imprimerie) pourraient ainsi gêner dans l’analyse scientifique de l’ouvrage. On ne saurait tenir rigueur à l’auteure qui prenant un « k » pour un « c » dans le créole martiniquais — ce manque est signalé chez d’autres spécialistes de la langue qui ont commis cette précipitation — en traduisant abruptement Césaire. Mais ce ne sont là que des nuances, des détails, des approximations qui ne doivent en rien dissimuler l’intérêt de cet ouvrage particulièrement agréable à lire et à comprendre.

7Enfin, concernant l’« avenir des créoles », mentionné dans la conclusion, cet ouvrage répond à une attente : l’ouverture d’un débat constructif, prospectif ; la passion de discourir comme volonté du savoir.Le travail pédagogique y est rigoureux et pourrait servir de base solide à l’enseignement des langues créoles.

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Pour citer

Jonas Rano, Les créoles à base française
Le français à l'université , 17-03 | 2012
Mise en ligne le: 18 septembre 2012, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Jonas Rano

Centre national de la recherche scientifique (France)

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