Le français à luniversité

L’enseignement non natif : identités et légitimité dans l’enseignement-apprentissage des langues étrangères

Claudia Torres Castillo

Référence de l'oeuvre:

Dervin, Fred et Vasumathi Badrinathan (dir.), (2011), L’enseignant non natif : identités et légitimité dans l’enseignement-apprentissage des langues étrangères, E.M.E. & Intercommunications, Fernelmont (Belgique), 284 pages.

Texte intégral

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1Dans cet ouvrage, on perçoit un effort manifeste pour faire avancer la discussion, toujours actuelle, sur l’enseignant « non natif » vis-à-vis du « natif ». On pourra y lire pourquoi cette dichotomie mobilise 19 chercheurs internationaux issus de plusieurs espaces géographiques, qui ont adopté des points de vue critiques différents envers la notion du natif et du non-natif.

2D’après Fred Dervin (cf. préface), « le natif est toujours un personnage privilégié dans l’enseignement apprentissage des langues (…). Il demeure la référence, entre autres, en matière de correction langagière, prononciation, style et “culture” (…) » ; « la vision de l’ouvrage se veut positive envers les non-natifs et cherche à contribuer à la multiplication nécessaire des recherches et réflexions sur leurs positionnements dans le “marché aux langues” ».

3L’ensemble des articles est appuyé par le cercle de Kachru (2006), qui catégorise la légitimité du locuteur en relation avec son origine, car, d’après lui, il ne s’agit pas seulement d’être natif d’une langue, mais aussi de la « variété » parlée. Ce paradigme présente pour l’anglais un cercle intérieur (Royaume-Uni, États-Unis, Australie), un cercle extérieur (Hong Kong, Inde et certains pays africains tels que le Kenya et le Ghana) et un cercle en expansion (tous les pays qui utilisent l’anglais comme lingua franca). Cependant, ce paradigme pourrait s’appliquer aux locuteurs de français et de bien d’autres langues.

4Ce livre comporte trois parties : la première porte sur l’identité et la légitimité de l’enseignant non natif, la deuxième sur l’enseignant non natif vu par les apprenants et une troisième partie montre le regard du corps enseignant.

5Dans la première partie, V. Castellotti introduit les idées qui circulent sur « l’authenticité » de locuteurs natifs et nous propose des pistes pour dénativiser l’enseignement ; ensuite, H. Portine nous aide à appréhender davantage les mythes et réalités du natif enseignant de langues. Pour sa part, M. Derivry se penche sur le sujet en soumettant un panorama diachronique : elle prône une nouvelle « légitimité » basée sur les compétences d’enseignement et d’éducation en langues et culture.

6Dans la deuxième partie, Diane Bedoin prend pour exemple le fait de travailler avec des élèves malentendants et, grâce à ce fait, elle remet en question « la représentation figée du natif » ; si on compare bien, serait-elle réellement un avantage ? Toujours dans cette partie, d’autres chercheurs fournissent des éléments différents pour décrypter les conceptions d’apprenants de Malaisie et de Taiwan, en tenant compte de leurs appartenances ethniques et de leurs premières langues.

7La troisième partie propose des regards sur les images et la motivation du corps enseignant, tout d’abord au Maroc dans l’article de A. Mabrour et K. Mgharfaou. Pour sa part, S. Annous questionne l’identité du non-natif vis-à-vis de la légitimité de ses pratiques. Enfin, M. Roussi et K. Cherkaoui étudient comment se manifeste l’insécurité linguistique, en vue de redéfinir le rôle de l’enseignant de langues.

8Il ne me reste plus qu’à vous inciter à lire l’ouvrage et à participer à ce débat qui concerne la plupart des professeurs de langue dans le monde.

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Pour citer

Claudia Torres Castillo, L’enseignement non natif : identités et légitimité dans l’enseignement-apprentissage des langues étrangères
Le français à l'université , 17-03 | 2012
Mise en ligne le: 24 mars 2014, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Claudia Torres Castillo

Université François-Rabelais de Tours (France)

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