Le français à luniversité

Politique linguistique : faits et théorie

Maxime Z. Somé

Référence de l'oeuvre:

Halaoui, Nazam (2011), Politique linguistique : faits et théorie, Éditions Écriture, Paris, 228 pages.

Texte intégral

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1Nazam Halaoui a été enseignant-chercheur à l’université nationale de Côte d’Ivoire, puis chercheur à l’Université de Montréal et Professeur invité à l’université Sorbonne nouvelle Paris III ; consultant auprès de l’UNESCO et de l’OIF et spécialiste des politiques linguistiques et législatives et des systèmes éducatifs en Afrique, il a publié, en septembre 2011, à Paris, dans la collection Écriture/OIF, Politique linguistique : faits et théorie.

2L’ouvrage est une radiographie de l’institution, de la situation et de l’application de la politique linguistique. Ainsi, à partir d’une multitude de faits et de situations linguistiques de la francophonie, de la lusophonie et de l’hispanophonie, l’auteur donne une « vision théorique sur la politique linguistique » en vue de combler un « vide théorique, méthodologique et pratique ».

3L’auteur a constaté une idée généralement admise dans les années 80 chez beaucoup de linguistes et certains responsables de projets qui considéraient que la politique linguistique ne relevait pas du domaine de la linguistique. La science du langage traite notamment des morphèmes, des phonèmes et des tons. C’est en réaction à cette vision restrictive de la linguistique que l’auteur a publié Politique linguistique : faits et théorie. Méthodiquement, il montre que la linguistique a deux grands domaines. La linguistique interne, qui traite de la morphologie, de la phonologie, de la tonologie, de la lexicologie, et la linguistique externe, qui traite de la sociolinguistique, une « discipline biépistémique » (p. 88). La politique linguistique relève de la linguistique externe.

4À partir des travaux de plusieurs sociolinguistes, Politique linguistique : faits et théorie conclut qu’il y a trois acceptations du concept de la politique linguistique. Une acceptation minimale diffusée par les travaux des sociolinguistes français (Calvet : 1986, 1993 et 1996, Chaudenson : 1989), qui considère la politique linguistique comme « un ensemble de choix conscients effectués dans le rapport entre langue et vie sociale » (p. 20). Par ailleurs, la politique linguistique est perçue par les Canadiens Plourdes (1985) et Joseph-G. Turi comme étant « une législation linguistique » (p. 21). Ce concept a été diffusé dans les pays francophones par Halaoui (1995) et Calvet (2001). Enfin, une acceptation plus large de la politique linguistique est due aux travaux de Ngalasso (1986), qui la définit comme un « choix de la langue… dans tel ou tel domaine de la vie nationale » et enfin comme une décision des « moyens logistiques à mettre en œuvre pour rendre opérationnels » les choix ainsi faits (p. 25).

5L’auteur prend en compte les situations nationales en Afrique pour opposer les approches des pays. Il montre que « la politique des langues coloniales » est différente d’un État à un autre. Ainsi, la Côte d’Ivoire et le Cap Vert, par exemple, vont mener une « politique de confirmation (…) qui perpétue la politique coloniale » (p. 103). Rien ne sera fait en faveur de la promotion des langues nationales. La langue du colonisateur sera confirmée et confortée dans tous les domaines de la vie. En revanche, des États comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger, tout en acceptant le français comme langue officielle, vont mener une « politique de modification » (p. 105), en choisissant la promotion des langues nationales par leur introduction dans le système éducatif et/ou dans les programmes d’alphabétisation. Sur un autre fait linguistique, l’auteur montre les positions variées des pays par rapport à la « politique des langues africaines ». Des pays comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire ont eu une « politique expectative » vis-à-vis des langues nationales. « L’État montre un engagement minimal en matière de langue africaine » (p. 107). Par rapport aux langues nationales des pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad ont mené des actions en faveur des langues africaines. L’auteur qualifie cette situation de « politique linguistique de contribution » (p. 109). Enfin, certains pays, par nationalisme, ont adopté des « politiques linguistiques d’engagement » (p. 110.) Des États comme le Burundi et le Rwanda ont mis de l’avant de véritables moyens (appuis financiers, politiques) pour la promotion des langues africaines.

6Politique linguistique : faits et théories pose clairement les domaines d’intervention de la politique linguistique. Comme toute politique dans tout État démocratique, il y a une nécessité de définir un cadre juridique et législatif. Par conséquent, le champ d’application de la politique linguistique serait le domaine législatif et juridique. Il existe plusieurs typologies législatives, comme l’ont souligné Calvet (1996) et Joseph-G Turi (1994 et 1996) (p. 132). La constitution peut être un cadre où l’on inscrit de manière forte les dispositions de la politique linguistique. On retrouve cette référence constitutionnelle dans beaucoup de pays, qui rappellent ainsi que la langue de l’ancienne puissance coloniale (le français, l’anglais, le portugais et l’espagnol) est la langue officielle. Dans certains pays, la loi ordinaire fixe la politique linguistique (Mali et Niger) (p. 135). Enfin, la législation réglementaire permet de fixer des politiques linguistiques, comme nous l’avons vu avec l’Afrique du Sud pendant et après l’Apartheid (p. 139).

7L’auteur, en somme, aura réussi, à travers la présentation des faits et des situations linguistiques assez variés, à montrer, d’une part, que la politique linguistique relève du domaine de la linguistique et, d’autre part, qu’elle est un fait observable que l’on peut décrire et analyser. L’observation peut porter sur « les politiques nationales, les politiques sectorielles, les politiques de la langue et les politiques de l’enseignement de la langue ».

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Pour citer

Maxime Z. Somé, Politique linguistique : faits et théorie
Le français à l'université , 17-03 | 2012
Mise en ligne le: 02 octobre 2012, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Maxime Z. Somé

Université de Koudougou (Burkina Faso)

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