Le français à luniversité

L’Acadie des origines : mythes et figurations d’un parcours littéraire et historique

Anika Falkert

Référence de l'oeuvre:

De Finney, James, Hélène Destrempes et Jean Morency (dir.), (2011), L’Acadie des origines : mythes et figurations d’un parcours littéraire et historique, Prise de parole, Sudbury, 170 pages.

Texte intégral

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1L’Acadie, territoire à frontières floues, suscite depuis ses débuts l’intérêt des voyageurs, écrivains et historiens. Mais c’est avant tout l’Acadie ancienne, celle d’avant le Grand Dérangement, qui s’impose dans les représentations collectives et qui a largement contribué à l’émergence des imaginaires collectifs. Dans cet ouvrage qui regroupe 10 essais de chercheurs tant étrangers qu’acadiens, le paysage de cette Acadie mythique et mythifiée est abordé sous un angle historique, littéraire et linguistique.

2James de Finney et Tania Duclos font état des représentations françaises de l’Acadie des origines de Marc Lescarbot à Rameau de Saint-Pierre qui ont alimenté, de façon considérable, le récit national des Acadiens. Hélène Destrempes nous fait découvrir le regard des essayistes canadiens-français sur l’Acadie vers la fin du 19e jusqu’au début du 20e siècle, en insistant sur l’entreprise difficile de concilier une vision nostalgique et une perspective progressiste et urbaine de l’Acadie alors en pleine modernisation.

3Les contributions de Pierre M. Gérin, Benoît Doyon-Gosselin et Monique Boucher esquissent les traces du mythe fondateur et de la notion d’exil dans la littérature acadienne alors que François Dumont revient sur Acadie perdue de Michel Roy, un essai qui se lit comme un appel à rompre avec la vision romantique d’une Acadie mythique et qui dénonce l’orientation idéologique de l’historiographie acadienne. Ce clivage entre nostalgie du passé et désir de se détacher de l’Acadie des origines est repris et mis en lumière par Jean Morency, qui se penche sur les usages de la reconquête dans les œuvres de deux auteurs phares : Lionel Groulx, défenseur d’une vision édénique, et France Daigle, qui opte pour une lecture ironique du passé acadien.

4L’Acadie des origines apparaît alors tantôt comme un territoire sans nom, si l’on analyse ses variations toponymiques et cartographiques de 1524 à 1769, comme le fait Samuel Arsenault, tantôt comme un nom sans territoire, si l’on se place du côté des généalogistes, comme le montre Caroline-Isabelle Caron. Après tout, pour les descendants québécois, franco-ontariens et franco-américains, être Acadien, c’est se reconnaître comme Acadien. Le mythe de l’ancienne Acadie joue le rôle de source d’identification. Ainsi, les faits historiques s’estompent-ils au profit d’une Acadie hors du temps, qui se situe partout et nulle part. Le flou toponymique qui touche, aux 16e et 17e siècles, ce territoire sans limites clairement définies se reflète dans le problème de la dénomination du français parlé en Acadie et dans la quête du français acadien « authentique », comme le montre Annette Boudreau.

5Dans l’ensemble, les 10 essais du volume esquissent un portrait diversifié des imaginaires collectifs qui renvoient à l’ancienne Acadie, même si l’approche littéraire est clairement privilégiée.

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Pour citer

Anika Falkert, L’Acadie des origines : mythes et figurations d’un parcours littéraire et historique
Le français à l'université , 17-02 | 2012
Mise en ligne le: 09 mai 2013, consulté le: 22 septembre 2017

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Auteur

Anika Falkert

Université d’Avignon et des pays de Vaucluse (France)

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