Le français à luniversité

AUF-ScholarVox. La bibliothèque numérique de l’Agence universitaire de la Francophonie

Éric Briys

Texte intégral

1Le 9 mars 2011, l’Agence universitaire de la Francophonie a annoncé que ses 41 campus numériques se dotaient d’une bibliothèque numérique, pluridisciplinaire et communautaire conçue par Cyberlibris1 (http://auf.scholarvox.com). Cette bibliothèque permet à chaque étudiant, professeur ou chercheur quelle que soit sa localisation géographique de :

  • disposer d’un catalogue pluridisciplinaire (Sciences économiques et commerciales, Sciences de l’ingénieur, Sciences humaines et sociales) riche d’environ 15 000 ouvrages provenant des collections de près de 300 maisons d’édition parmi les plus prestigieuses du monde;

  • consulter chaque ouvrage en ligne, en texte intégral, sans limitation du nombre d’utilisateurs simultanés, partout dans le monde, aussi bien sur un ordinateur PC/Mac que sur une tablette tactile iPad;

  • accéder à des fonctionnalités essentielles dans un contexte académique (création d’étagères thématiques ou professorales, annotation d’ouvrages, partage de notes et de commentaires, création de groupes de lecture).

2Il s’agit d’une initiative originale qui, s’appuyant sur la Francophonie académique, montre que les barrières d’accès au livre sont abolies. Chacun des membres de la vaste communauté scientifique francophone fédérée par l’AUF dispose d’un même outil d’apprentissage et de recherche qui contribue précisément, par son aspect communautaire, à renforcer les liens scientifiques d’un bout à l’autre de la planète.

Philosophie générale

3On admettra volontiers qu’en matière de livre académique, ce n’est pas tant la propriété de ce livre qui compte que la possibilité d’avoir accès au contenu à tout moment, quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Cette dimension de l’accès permanent paraît d’autant plus importante lorsque l’on considère le taux d’obsolescence souvent rapide des ouvrages concernés. La bibliothèque numérique de l’AUF est ce lieu privilégié d’accès aux livres dans leurs dernières éditions. De ce point de vue, les institutions académiques du Sud sont à parité avec celles du Nord : elles bénéficient des mêmes ouvrages, qui peuvent tous être consultés par des centaines, voire des milliers d’utilisateurs simultanés. Le rationnement inhérent au livre papier (qui souvent se conserve mal en milieu tropical) est donc éradiqué.

4Mais la facilité d’accès sans rationnement n’est que l’un des atouts offerts par la bibliothèque numérique de l’AUF. L’accès et la découverte y sont deux ingrédients indissociables. En effet, la valeur ajoutée d’une bibliothèque numérique réside aussi et peut-être surtout dans la découverte d’ouvrages que l’on ne connaît pas et que l’emploi du moteur de recherche permet de repérer rapidement. Cet effet de sérendipité est une donnée essentielle de cette bibliothèque numérique lancée par l’AUF et conçue par Cyberlibris (www.cyberlibris.com). Chacun peut y faire de belles découvertes et ainsi enrichir son bagage académique.

5Cet enrichissement n’est toutefois pas un exercice solitaire. C’est un exercice partagé. La bibliothèque numérique s’appuie sur la force de la communauté académique qu’elle nourrit. En la matière, la Francophonie académique couvre un vaste territoire géographique et fédère de nombreux étudiants, professeurs et documentalistes dans le monde. C’est pourquoi le site qui donne accès à cette bibliothèque est résolument communautaire : la Francophonie académique peut s’y voir en action, en mouvement. Chaque utilisateur peut opter pour un profil public. Lorsqu’il ajoute un livre à son étagère personnelle, cette action sera relayée aux autres membres, qui en tirent un double bénéfice : celui de découvrir un livre utilisé et donc recommandé par un utilisateur et celui de repérer un membre de la communauté académique francophone, quand bien même celui-ci serait distant de plusieurs milliers de kilomètres. En conséquence, la lecture traditionnelle du livre (un livre, un lecteur) devient une lecture sociale (un livre, plusieurs lecteurs). Par exemple, lorsqu’on lance une recherche en texte intégral, il est possible de post-filtrer la liste des ouvrages obtenus et de ne retenir que ceux qui figurent sur les étagères d’autres membres, en particulier de professeurs. Le tri algorithmique (fréquence du mot-clé recherché) est accompagné d’un tri communautaire qui ajoute une dimension d’expertise à la liste des ouvrages retenus.

Le rôle des professeurs et des documentalistes

6Comme on vient de le voir avec l’exemple du tri communautaire, le rôle des professeurs est crucial. Pour que ce tri communautaire soit possible, il est impératif que les professeurs aient au préalable constitué des « étagères » qui puissent servir de support bibliographique à leurs enseignements. Ce faisant, ils bonifient le processus d’identification des livres et permettent de renverser « la tyrannie du manuel unique ». Chaque cours peut être illustré et renforcé par la sélection de lectures multiples que le pédagogue a soigneusement préparées.

7En tant que spécialistes de leurs domaines respectifs, les professeurs doivent offrir aux utilisateurs la possibilité d’identifier rapidement les livres qui leur sont nécessaires et, dans le contexte de cet exercice, il n’est d’ailleurs pas rare que les professeurs eux-mêmes découvrent des ouvrages pertinents qu’ils ne connaissaient pas.

8Dans cet effort de prescription, les professeurs ne sont pas seuls. Ils peuvent compter sur l’appui des documentalistes qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, ont un rôle déterminant et permanent à jouer. Par exemple, ils sont en mesure de constituer des groupes de lecture spécialisés dont ils deviennent les animateurs. Ce faisant, ils renforcent les dispositifs existants de la bibliothèque numérique. Le métier de bibliothécaire passe donc d’une activité où la manutention des livres (achat, déballage, tri, stockage, prêt, réparation, pilon, etc.) est souvent prépondérante à une activité d’animateur-prescripteur de communautés thématiques. Les bibliothécaires ont le temps et l’expertise que les utilisateurs (en particulier les néophytes) n’ont pas ou plus.

Des dividendes riches

9Le numérique ne se résume pas à de simples tuyaux réduisant les distances et le temps d’accès aux livres pertinents. Il transforme en profondeur la notion même de bibliothèque. Une bibliothèque numérique est très différente d’une bibliothèque physique. Toute bibliothèque physique comprend deux espaces disjoints que l’on peut résumer sous la forme suivante : Bibliothèque physique = livres + lecteurs

10La bibliothèque numérique, quant à elle, s’émancipe de cette relation statique. Le plus court chemin d’un livre à un autre n’est plus cette étagère physique sur laquelle reposent sagement les livres dans l’attente d’être empruntés. La géométrie d’une bibliothèque physique est euclidienne.

11Celle de la bibliothèque numérique ne l’est pas. Dans une telle bibliothèque, il y a plus d’une « étagère » entre les livres et les lecteurs : toutes ces étagères, façonnées par les utilisateurs, finissent par jeter des ponts parfois inattendus entre livres et entre utilisateurs. Ces ponts véhiculent de l’information et, dans le même esprit que précédemment, on peut donc écrire : Bibliothèque numérique = information

12Cette information, qu’il faut saisir et interpréter, permet de résoudre trois problèmes cruciaux :

  • identifier les communautés d’affinités;

  • identifier la bibliothèque idéale de chacun et recommander à chacun les livres que d’autres, qui appartiennent à la même communauté d’affinités, ont lus mais qu’il n’a pas encore découverts;

  • identifier la structure idéale de la bibliothèque, dans son ensemble, idéale pour chacun d’entre nous.

13Le troisième volet est bien connu des bibliothécaires « euclidiens », qui investissent beaucoup de temps dans la classification et le rangement corollaire des ouvrages. Malheureusement, le résultat de ce travail est statique. Il faut comprendre que chaque utilisateur, par ses comportements de consultation, génère des renseignements qui peuvent être décortiqués et astucieusement mis en scène. Dans la bibliothèque numérique, tout se passe comme si chaque bibliothécaire pouvait regarder par-dessus l’épaule de chacun des lecteurs de sa bibliothèque, enregistrer l’information, la retraiter et, enfin, inviter chaque lecteur à changer de chaise pour se rapprocher des lecteurs qui lui sont proches.

14L’enjeu est fort. Il s’agit de dépasser les frontières institutionnelles des campus numériques et, ce faisant, de générer de véritables synergies de savoir partagé au sein du vaste ensemble de la Francophonie.

15On l’aura compris, l’ambition de la bibliothèque numérique de l’AUF est dense. C’est celle d’une communauté qui, par ses comportements de lecture, modèle sa bibliothèque; celle d’une bibliothèque qui, par ses outils multiples et sa propension à la découverte inattendue d’ouvrages, façonne l’expertise de ses utilisateurs. C’est ce chassé-croisé permanent entre livres et lecteurs, où qu’ils se trouvent, qui donne à la bibliothèque numérique de l’AUF son caractère unique.

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Notes

1  Cyberlibris a développé d’autres bibliothèques basées sur une vision similaire. On citera par exemple www.bibliovox.com, destinée aux bibliothèques municipales et départementales, http://cdi.scholarvox.com, destinée aux CDI des collèges et des lycées, ou encore www.smartlibris.com, destinée aux familles. Ce dernier service a été conçu pour une utilisation de type iPad.

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Pour citer

Éric Briys, AUF-ScholarVox. La bibliothèque numérique de l’Agence universitaire de la Francophonie
Le français à l'université , 16-02 | 2011
Mise en ligne le: 30 août 2011, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Éric Briys

Cofondateur, www.cyberlibris.com

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